Accueil Influenceurs Idéathèque Couveuse Panorama

Bookmark and Share

Il a écrit l’histoire de l’immigration sous l’Empire romain

mercredi 9 décembre 2009, par Emmanuel Lemieux

Du IIe au IVe siècle, l’Empire romain a eu une politique soutenue d’immigration. Jusqu’au jour où les Goths ont fait sauter le système impérial. L’historien italien Alessandro Barbero rappelle cette histoire oubliée.

L’immigration est nécessaire, et sous-utilisée partout dans le monde. Telle est l’analyse d’une vaste étude statistique commandée par le PNUD (Programme des Nations-Unies pour le Développement). Toutefois, l’enquête inédite, très concentrée sur la valeur de la liberté de circulation de l’individu, aborde peu le sujet de l’intégration des groupes, de ses possibilités et de ses impacts dans des sociétés d’arrivée aux modèles très variés. Elle avoue même sa perplexité devant un monde aujourd’hui en pleine récession financière et économique, et pas vraiment prêt à accueillir.

Or, le psychosociologue allemand Harald Welzer, dans son essai, Les guerres du climat, sur les violences générées par les dégradations de la planète, souligne de son côté l’extrême difficulté des sociétés à absorber des millions d’ « immigrés climatiques » à venir, et qui n’iront pas vraiment où ils le veulent.

Le futur des politiques d’immigration est brouillé, un historien et écrivain italien en a exhumé son passé dans l’Empire romain. Elément du débat, Alessandro Barbero ne cache pas que son objet de recherche a été stimulé par les interrogations plus ou moins sincères et les polémiques actuelles sur les immigrés qui viennent cogner aux portes de l’Europe.
Un pays prospère, malgré ses inégalités. Une frontière militairement délimitée et qui veille à filtrer les immigrés, poussés par la faim ou la peur des guerres. Une administration gouvernementale qui gère au cas par cas les arrivants, pour raison économique ou humanitaire. L’historien italien Alessandro Barbero propose dans son livre, « Barbares », un reflet saisissant des actuelles politiques européennes, à travers l’étude et la perspective d’ensemble des statuts des déportés et immigrés légaux ou clandestins dans l’Empire romain, du IIe au IVe siècle. Le reflet est saisissant, mais il sera bien difficile d’en tirer une conclusion définitive pour le XXIe siècle.

De façon administrative, par l’argent ou de force, des tribus entières de barbares sont réimplantées sur le pourtour de l’Empire aux frontières floues. Peu de racisme, un consensus sur ces ressources humaines importantes : « Leur intégration culturelle et religieuse à l’Empire a été une réussite, aussi bien avant l’époque des invasions que durant cette époque et après, explique l’auteur. Ils ont accepté assez facilement le christianisme, la langue latine (Goths, Lombards et une bonne partie des Francs abandonnant sans broncher leur parler teutonique), et même quelques notions de droit romain. Après l’installation forcée des Goths, autonomes et armés, sur le sol de l’Empire, et leur mutinerie à Andrinople (Turquie, 378) provoquant l’un des plus grands désastres militaires romains, le gouvernement a simplement renoncé à gérer l’entrée de la main-d’oeuvre barbare comme il l’avait fait pendant des siècles. » Le glas de sa politique d’immigration entraîne « de fait l’évanouissement de l’autorité romaine dans les provinces . »

Plus décisif pour l’historien : cette incapacité impériale signe la perte d’autorité de l’Empire, fait éclater la notion de territoire romain opposé au monde barbare, et favorise la création des royaumes francs ou alamans.


Repères :

Rapport Mondial sur le développement humain 2009, PNUD, La Découverte, 238 p., 29 €. Site : http://hdr.undp.org. Barbares, d’Alessandro Barbero, Tallandier, 352 p., 23 € (2009).

Lire également sur Harald Welzer en rubrique Une idee, un jour :
Il décrit la 3e guerre mondiale ecolo


Poster un nouveau commentaire

idees numero 1

La revue papier.
Soutenez-nous, commandez-le
à votre libraire, faites-le connaître,
ou abonnez-vous en cliquant ici.

Nous ! | | CGU | Archives | Administration
Copyright © 2009 - 2016 Cicero| Tous droits réservés
La reproduction totale ou partielle sans permission est interdite.