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Il défend Thierry Henry contre Emmanuel Kant

mercredi 2 décembre 2009, par Emmanuel Lemieux

Vive le mensonge ! Jean-François Dortier approuve dans son livre, Les Humains mode d’emploi, la petite triche de Thierry Henry contre la pureté obsessionnelle du philosophe Emmanuel Kant qui, si elle était appliquée au pied de la lettre, transformerait la société en enfer permanent.

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Bio-express. Jean-François Dortier. Fondateur en 1990 du magazine Sciences Humaines, et journaliste. Il est entre autres l’auteur de L’Homme, cet étrange animal (2004), et a dirigé Le Dictionnaire des sciences humaines (2004). Dernier ouvrage : Les Humains, mode d’emploi (Editions Sciences Humaines, 2009).

Allez, stop, coucouche. On siffle la fin du match moral. La main de Thierry Henry ? une peccadille et un sentiment tellement humain : ce geste pas très beau, le footballeur l’aura nié dans un premier temps, pour se protéger soi-même, en utilisant la figure d’un beau mensonge dit égoïste (70% des mensonges), puis dans la foulée, il aura menti par omission à ses équipiers, à son staff, à l’arbitre et au public par pur altruisme : 30% des mensonges servent à protéger ses proches. Rien que du classique. C’est du moins la thèse de Jean-François Dortier, créateur et directeur du mensuel Sciences Humaines, et qui vient de publier " Les Humains, mode d’emploi", un livre pareil à une amusante pochette-surprise d’érudition sur l’état des savoirs de la nature humaine.

Le mensonge, au même titre que le bonheur, l’amour, l’âme, la peur ou la soumission, asticote les sciences humaines depuis longtemps. "La fréquence des mensonges de toutes sortes fait donc supposer qu’ils ne sont pas une pathologie de déséquilibrés ou de pervers, mais qu’ils font partie de la vie normale", avance le journaliste. La vie sociale sans mensonges serait un Enfer sur terre. La franchise permanente araserait toute relation.

Aidez à tuer votre ami

Pour s’en convaincre, Jean-François Dortier a exhumé l’exemple fou du philosophe Emmanuel Kant. Dans ses vieux jours, intellectuellement fossilisé, il a rédigé un opusucule intitulé "D’un prétendu droit de mentir par humanité" (1797). Il soutient mordicus qu’on doit toujours dire la vérité, qu’elle qu’en soit les conséquences. Kant imagine même un exemple radical pour étayer cette thèse. Un tueur s’aviserait de frapper à votre porte et vous demanderait si votre ami qu’il veut zigouiller, et que vous avez hébergé pour le protéger, est bien là, il faudrait lui dire absolument la vérité. Mentir serait détruire le système de "l’impératif catégorique", ce pilier de la morale kantienne. Enfreindre cette règle d’airain, même dans ces circonstances, reviendrait en effet à tout dérégler et faire perdre toute valeur aux règles.

Donc, aidez à tuer votre ami, sinon c’est le mensonge qui tue la vie sociale. L’autre argument du philosophe va même plus loin : si vous mentez au tueur, et que pendant ce temps-là, votre meilleur ami en profite pour prendre la poudre d’escampette, c’est peine perdue : le tueur a toutes les chances en partant de croiser votre ami dans la rue, et en ce cas là votre mensonge aura été le responsable de sa condamnation à mort. Donc, tenez-vous à la règle de la vérité, toute la vérité, rien que la vérité. Mais l’arbitre Dortier, lui, ne tient pas à refaire le match. Thierry Henry : 1. Kant : 0.


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