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Il déterre le cadavre du pétainisme

dimanche 28 juin 2009

Dans « On a volé le Maréchal ! », récit historique captivant et plein de verve, l’historien Jean-Yves Le Naour retrace un étonnant fait-divers : en 1973, un commando de militants pétainistes a enlevé le cercueil de l’ex-Maréchal, enterré à l’île d’Yeu. Objectif : réhabiliter Pétain en imposant au gouvernement sa sépulture à Douaumont, haut-lieu de mémoire de la Première Guerre mondiale, pour mieux faire oublier son sinistre rôle dans la Seconde.
Vingt-cinq ans après, Pétain et les pétainistes bougent-ils encore ?

Le 25 avril 2009, forts de leur habitudes mais de moins en moins nombreux, une poignée de militants de l’ADMP (Association pour la défense de la mémoire du maréchal Pétain) s’est rendue à Cauchy-à-la-Tour (Pas-de-Calais), dans la maison natale de l’ex-Chef de l’Etat français et ex-maréchal, condamné à mort en 1945 par la Haute-Cour de justice, gracié par de Gaulle, incarcéré, puis enterré à l’Ile d’Yeu en 1951.

Depuis 1992, l’ancien corps de ferme est devenue la propriété de l’association qui en a conçu un petit musée à la gloire de Pétain et du pétainisme, au grand dam du bourg cauchois.

Une messe (traditionnaliste) fut dite. Une gerbe, déposée. Un vigoureux « Maréchal, nous voilà », entonné. Et un discours, prononcé par Hubert Massol, président de l’ADMP depuis février 2009. « Nous voulons rétablir la vérité historique » a t-il martelé, comme ses prédécesseurs (général Weygand, Jacques Isorni) depuis la création de l’association en 1951. « Apolitique » a rajouté celui qui fut l’un des gros bras de Jean-Louis Tixier-Vignancourt, avocat d’extrême droite, et candidat à la présidentielle de 1965. Cet ancien élu jusqu’en 2008 du conseil municipal d’Asnières sous l’étiquette MNR est également l’un des principaux pieds-nickelés d’un fait-divers extravagant, raconté par l’historien Jean-Yves Le Naour dans son récit « On a volé le Maréchal ! »

Dans la nuit du 19 au 20 février 1973, à la tête d’un commando de six militants pétainistes, Hubert Massol extrayait du minuscule cimetière de Port-Joinville sur l’île d’Yeu, le cercueil en chêne du maréchal, dont les restes, à leur grand étonnement, étaient parfaitement conservés. Ils embarquèrent la dépouille dans une fourgonnette, et commençait alors une cavale croquignolesque de 48 heures qui, de défection de complice en amateurisme jusqu’à la traque policière, conduisit Philippe Pétain dans le box d’un parking miteux des puces de Saint-Ouen. Alors qu’ils voulaient faire chanter le gouvernement en lui imposant la translation des cendres du militaire à l’ossuaire de Douaumont pour le réhabiliter en tant que héros de la Première Guerre et non traître et petit dictateur de la Seconde, la tentative s’achevait en eau de boudin.

Arrêté, Hubert Massol, adhérent de l’ADMP, prit sur lui toute la responsabilité du raid et les quelques mois de prison, sans oublier la lumière médiatique qui fait toujours de lui une personnalité héroïque dans le microcosme. Mais les enquêteurs, eux, soupçonnèrent l’avocat Jean-Louis Tixier-Vignancourt, experts en coups fourrés ou tordus, d’être le cerveau du projet.

De 1951 à 2009, la double mission des pétainistes

En exhumant ce fait-divers, proliférant de personnages pittoresques et de chimères idéologiques, Jean-Yves Le Naour souligne la vivacité d’une revendication qui perdure encore, et où tous les coups tactiques sont permis.

L’ADPM s’est fixé une double mission : la révision du procès de 1945 et la réhabilitation de Pétain en inhumant ses cendres à l’ossuaire national de Douaumont. Pour ce, même si cette famille au propre, les héritiers, et au figuré, les politiques, se déchire et se dispute les restes du « Vieux », elle n’ hésite pas à faire le siège des présidents de la république successifs, devenant au fil des circonstances gaullo-compatibles ou mitterrandophiles. De 1968 à 1992, de Pompidou à Mitterrand, ils se réjouirent ainsi de voir fleurir la tombe du maréchal par l’Elysée tous les 11 novembre.

À l’occasion de la présidentielle de 2007, l’ADMP appela encore le président de la république Jacques Chirac à faire un geste d’honneur et de « réconciliation nationale ». En 2008, cette association organisait également un pèlerinage à Verdun, à la faveur du 90e anniversaire de l’armistice de 14-18, pour mieux ramener leur héros dans ce giron historiquement fréquentable. Hubert Massol qui a repris le flambeau de la présidence, après la disparition en janvier du nonagénaire général Jacques Le Groignec, fait partie de la deuxième génération de pétainistes de l’ADPM. Lui, pour arriver aux objectifs de l’Association, mise désormais sur une opinion publique moins vive à réagir que dans les années 50-70 sur cette mémoire noire du général Pétain.

« Un vent de révisionnisme, au sens étymologique, semble souffler sur les esprits contemporains qui n’acceptent plus de penser en noir et blanc, affirmait-il en avril 2006, à l’occasion du centenaire de la naissance de l’ex-maréchal. L’opinion accepte de moins en moins la politisation de la mémoire et la culpabilisation du Peuple français. Elle rejette avec force cette tendance à l’aliénation des esprits qui conduit à une repentance unilatérale. Ce détournement de la Mémoire qui est une falsification inacceptable de notre Histoire, suscite néanmoins quelques réactions inattendues chez certains historiens ou intellectuels conformistes qui se sont élevés contre les lois liberticides qui régissent l’enseignement officiel. »

Réduite à sa plus simple expression, la communauté pétainiste ne semble pas vraiment en situation d’exhumer le cadavre politique de Pétain. « Aujourd’hui, Pétain est oublié sur son île, accablé par le verdict de l’histoire, et la France a enfin réussi à enterrer ce cadavre dans le placard en regardant son passé dans les yeux, conclut Jean-Yves Le Naour. Je sortirai par la grande porte ou pas du tout, disait le condamné à ses avocats. Ca ne sera pas du tout. » Mais les traits du pétainisme, même boulotté par les vers, eux, ne sont-ils pas encore capables d’être recyclés par une autre idéologie autoritaire contemporaine ?


Repères :

« On a volé le Maréchal ! », de Jean-Yves Le Naour, Larousse, 203 p., 16 €


Par dadale 12 mai 2013 : Il déterre le cadavre du pétainisme

il me parait important que maintenant, le marechal doit etre vu comme le héros de la premiere guerre mondiale car il ne faut pas occulté le role important q il a eu dans cette premiere periode noir de la france. le jugé uniquement sur le gouvernement de vichy serait de reduire son oeuvre à une pietre action


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Par plutonle 20 septembre 2012 : Il déterre le cadavre du pétainisme

On a du mal à comprendre cette haine anti-pétainiste si l’on ne prend pas en compte les intérêts complémentaires des gaullistes et des communistes, complices de l’Histoire. Les uns pour justifier le coup de force contre le détenteur légitime du pouvoir, les autres pour faire oublier leur collaboration avec deux systèmes totalitaires, aggravée du sabotage des armes françaises et de la trahison.

Pour le malheur de la France, De Gaulle a permis aux communistes de sortir des poubelles de l’histoire d’où ils n’auraient jamais dû sortir, communistes qui se sont crus ensuite obligés de faire de la surenchère dans "l’antifascisme" par les massacres de la prétendue "épuration".

Il est curieux que des historiens, ou prétendus tels, en remettent une couche à chaque occasion. Sans doute parce que la peinture des gros mensonges a facilement tendance à s’écailler.


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Par François Delplale 6 juillet 2009 : Une anecdote sur le général Le Groignec

J’ai un peu connu Le Groignec (le prédécesseur de Massol à la tête des Amis du Maréchal). Ce n’était pas un malhonnête homme. Un jour, vers 1995, il donnait une conférence, autorisant les questions écrites venues de la salle. Je demandai : "Pétain et Weygand, lorsqu’ils concluent l’armistice, espèrent-ils vraiment une victoire anglaise, ou sont-ils persuadés que l’Angleterre elle-même va bientôt conclure la paix ?"

Eh bien il n’osa pas répondre qu’ils espéraient une victoire anglaise, ce qui pourtant est un article de base de la foi pétainiste, et était sous-entendu dans toute la conférence. Mis au pied du mur, il répondit : "Ils ne l’ont jamais dit, ne parlons pas à leur place !"


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    Par J-Ble 1er janvier 2012 : Une anecdote sur le général Le Groignec

    J’aurai bien aimé vous y voir en juin 1940 !. C’est facile de juger les faits depuis son clavier d’ordinateur en 2011. Tout le monde misaient sur un arrangement entre les Anglais et les Allemands car la situation semblait désespérée pour les premier. Sans W. Churchill,C’était plié.

    Le Groignec avait l’immense avantage sur vous d’avoir été un acteur de l’époque. Il as connu cette ambiance de désorganisation totale et de panique générale.

    Il n’a pas pus vous répondre et vous a donné une explication tout à fait recevable. C’était un historien sérieux.

    Vous feriez mieux de juger les nains actuels qui ne se préoccupent que du AAA* et qui disent le contraire de ce qu’il déclaraient il y’a quinze jours.

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