Il psychanalyse les brèves de Sarko

Le 19 juin 2009

Depuis les élections européennes, il serait contre-productif de critiquer Nicolas Sarkozy. Alors autant prendre au sérieux ses propos : ce qu’a fait dans un livre qui vient de sortir, le psychanalyste Ali Magoudi, en étudiant les verbatim du candidat présidentiel devenu président, et ce qui fait froid dans le dos.

#Alain Badiou #Casse-toi pov’con #Nicolas Sarkozy #Yasmina Reza
JPEG - 8.1 ko
Portrait d’Ali Magoudi pour Idee@jour

« Alors casse-toi pov’con ! » « Je serai un président zen. » « J’irai chercher la croissance avec les dents. »,… Le moins littéraire des présidents de la Ve république ne cesse d’asticoter les professionnels du verbe et les écrivains. Yasmina Reza aura suivi ce petit garçon à la légère claudication dans sa conquête dramaturgique du pouvoir. Alain Badiou, en octobre 2007, aura ressuscité sa notoriété philosophique avec son opus « De quoi Sarkozy est-il le nom ». Avec Ali Magoudi, il vient d’entrer dans une forme de consécration : la psychanalyse en version originale par celui là même qui observa les méandres vénitiennes d’un François Mitterrand et le brut de décoffrage Jacques Chirac.

Postfacier à un livre de recueil des meilleures brèves sarkozyennes, c’est-à-dire celles qui se sont tatouées dans l’époque plus durablement qu’un simple effet de provocation volatile, Ali Magoudi nous fait passer en quelques pages de la jubilation d’un personnage à la Jarry à une plus obscure et inquiétante silhouette du pouvoir.

Un maréchal dialogué par Michel Audiard

En apparence, Nicolas Sarkozy est comme un maréchal dont les monologues ont été troussés par des émules de Michel Audiard. Illustration : « Une taxe sur les couches-culottes. Une taxe pique-nique. Et puis quoi encore ? S’il y avait une taxe sur la connerie, on n’aurait plus de problèmes de déficit budgétaire. »
(Source : Le Canard Enchaîné, septembre 2008, à propos du ministre de l’Ecologie Jean-Louis Borloo.)
Son storytelling à lui serait comme l’omniprésence d’un
« Vous savez pourquoi je suis tellement populaire ? Parce que je parle comme les gens. » (Source : Marianne, 14 avril 2007). Ou encore : « Aller contre moi, c’est aller contre l’opinion. » (Source : Journal Du Dimanche, 24 septembre 2006).

Le livre en question s’intitule « J’vais vous dire un truc... » Comme une collection de moustiques intempestifs, on peut se délecter une fois qu’ils sont bien aplatis, de leur vibrionnement.
« Dans le monde, la seule voix qui a porté, c’est la mienne » a t-il jeté avec aplomb.

« L’omniprésence égotique »

Pour Ali Magoudi, mais pas que lui, on finit par rire jaune. Qui croire en effet dans ce concentré ?
« Moi-même j’ai créé mon personnage en transgressant certaines règles de la pensée unique. Je crois en la transgression, mais ce qui me différencie des libertaires, c’est que pour transgresser il faut qu’il y ait des règles, il faut qu’il y ait l’autorité des lois » (Source : Philosophie magazine, avril 2007).

Le psychanalyste du pouvoir présidentiel décèle chez Nicolas Sarkozy plusieurs traits qui se précisent de plus en plus au fil de son mandat présidentiel, et notamment son goût pour les têtes de turc et la recherche de querelles dans la visée de se livrer à des duels imaginaires. Ali Magoudi estime que ce président-là n’instruit pas une relation symbolique avec le peuple dans toutes ses composantes, mais se comporte comme s’il demandait réassurance de son pouvoir à chaque français, alter ego après alter ego.

Anxiogène, cet « omniprésident » possède une « mégalomanie si peu fondée sur des qualités personnelles pérennes que son ego, toujours au bord du gouffre, doit être restauré en permanence. » Décidément, « l’omniprésence égotique, marque de fabrique du sarkozysme triomphant, revendiquée dans tous ses excès par l’intéressé lui-même, masque mal le trait essentiel qui estampille cette démarche politique : l’homme ne respecte pas les places symboliques qu’il est supposé incarner. »

Magoudi : « Ainsi, jour après jour, s’établit un état de dépendance où il devient impossible de vivre sans Nicolas Sarkozy. » Une brève de Sarkzozy du 16 avril 2009 (Libération) : « L’important dans la démocratie c’est d’être réélu. »
On rit encore dans la salle ?



Repères :

« J’vais vous dire un truc… », postface d’Ali Magoudi, La Découverte, 8,90 €


Par Gillesle 26 juin 2009

J’vais vous dire un autre truc ! Ma mère, qui a 90 ans et n’est même pas psychanalyste, est arrivée aux mêmes conclusions que le Dr Magoudi, ainsi que des dizaines de blogueurs (comme chacun peut l’apprendre en lisant les blogs politiques), par simple observation des gestes et déclarations du président. Donc, à quoi sert d’être psychanalyste, en l’occurrence ?

Répondre a ce message

    Par Larryle 24 juin 2010

    t’as raison d’autant que lui-m^me a besoin d’être "psychanalisé" et le résultat de ses travaux avec les ados restent à débatre et surtout faire une évaluation ce que refusent tous les Freudiens et lacaniens de la gauche caviare.
    L’argent du contribuable est utilisé par les philosophes du bien être psy au d’être distribuer aux nécessiteux.


    Répondre a ce message


Poster un nouveau commentaire


Le Caoua des idees L'article du jour
Paradoxe, alors qu'une industrie s'inspirant de la nature est en train de se développer, le changement climatique et le saccage de la planète détruisent le plus grand gisement naturel d'idées. Lire l'article

ABONNEZ-VOUS, C’EST NOTRE TOURNÉE !

Le Caoua des idées est notre projet de quotidien numérique des idées, disponible par abonnement, que nous lancerons en mars 2019.

En attendant, abonnez-vous gratuitement à notre newsletter : au fil des jours, vous bénéficierez en premium de nos contenus et découvrirez l’état d’esprit d’un beau projet éditorial.