Intox toute !

Le 20 septembre 2014, par Christian Harbulot

Les fabricants de ces manipulations de l’information prolifèrent désormais dans tous les camps

#James Foley #sous-commandant Marcos #Ukraine
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La guerre de l’information fait rage : vidéos provocatrices de l’Etat islamiste sur les décapitations d’otages, films de propagande et de contre propagande sur la situation en Ukraine, affrontements d’images entre le Hamas et Israël à propos de Gaza, polémiques visuelles sur les multiples rebondissements de la guerre civile en Syrie, ... La liste ne cesse de s’allonger. Ces événements ont tous un point commun : la production de connaissances infirmant ou validant la thèse de tel ou tel camp. On assiste même aujourd’hui à des démonstrations particulièrement fouillées de thèses « audacieuses », à l’image du site www.cercledesvolontaires.fr, qui souligne l’hypothèse d’un montage concernant le meurtre atroce de James Foley par des bourreaux de l’État Islamique. Pour les animateurs de ce site, « toute cette affaire serait en fait un coup monté, une opération spéciale sous faux-drapeaux, servant à mobiliser l’opinion publique occidentale par le biais émotionnel. Le tout, au moment où le gouvernement américain intensifie ses bombardements sur l’E.I. et a même appelé à une mobilisation internationale… ».

Si les exécutions des deux autres otages (un second journaliste américain et un Britannique officiant pour une ONG française) compliquent un peu la pertinence de la démonstration, il n’en demeure pas moins vrai que nous sommes pris au piège de ces guerres informationnelles tous azimuts. Même Dieudonné, pourtant rompu à ce type d’exercice, a mal mesuré sa marge de manœuvre, en tant que comique. You Tube a décidé de censurer son site (www.dieudosphere.com) après qu’il ait cru bon de tenter une comparaison acrobatique entre les exécutions filmées de l’Etat islamique et les pratiques de décapitation sous la Terreur en 1792 et durant la période coloniale.
Les opérations de désinformation montées par les Etats-Unis lors des guerres avec l’Irak (faux témoignage d’une proche de l’ambassadeur du Koweït aux Etats-Unis, fausses preuves sur l’existence des armes de destruction massive de Saddam Hussein) ont créé un précédent. Une démocratie pouvait mentir pour renforcer sa légitimité pour agir.

On ne gagne pas à tous les coups avec de tels procédés

Après les attentats de septembre 2001, la théorie du complot avait servi de bouclier de protection contre ce type de spirale informationnelle. Les polémiques lancées sur les faits n’ont pas déstabilisé la thèse officielle qui reste celle des principaux médias. Cette parade bien pratique a aujourd’hui perdu de sa puissance dans la mesure où le problème n’est plus le complot mais la prolifération de ce type de manipulation.
Les fabricants d’intox œuvrent désormais dans tous les camps. Il ressort de ce sordide constat que la franchise pas plus que l’abjection ne sont des clés de succès. Le sous commandant Marcos au Mexique, connu pour son apologie de la non violence, a été un des premiers mythes sacrifiés sur l’autel d’Internet. La subversion aux accents poétiques n’est pas forcément imparable. Mais la barbarie à l’état pur peut connaître aussi de cuisantes défaites. Les activistes tchétchènes en savent quelque chose. La diffusion sur le Web d’une vidéo montrant certains d’entre eux en train de ridiculiser un jeune prisonnier russe avant de l’égorger ont détruit leur image « d’authentiques résistants » pour de très longues années.



Repères :

Retrouvez Christian Harbulot sur www.ege.fr



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