Jérôme Garcin

Le 15 juin 2009

Journaliste et biographe de Jean Prévost, il vient de préfacer Le Sel sur la plaie, roman exhumé par les éditions Zulma. Pourtant malgré de réels efforts de mémoire et la réédition de toute son oeuvre romanesque, ce romancier résistant reste dans le hall des pas perdus de la république des lettres. Trop résistant pour l’époque ?

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Jérôme Garcin (Darius pour L’Agence Idea)

1901-1944. Jean Prévost aura parcouru comme un éclair la littérature, le journalisme, les essais mais aussi les sports, le goût du débat, l’idée moderne de la paternité, la passion Baudelaire, le plaisir Montaigne. Enfin, l’héroïsme de la résistance aura fait de lui un éclair brisé trop vite. L’écrivain se sera perdu dans la mémoire de la Libération. Jusqu’en 1994, année où le journaliste Jérôme Garcin publie sa biographie, « Pour Jean Prévost » (Prix Médicis 1994 de l’essai, et 2000 pour le poche ; Gallimard). Un titre comme une excuse, celui d’un oubli dommageable. François Mauriac : « Jean Prévost a donné plus que sa vie, il a donné sa pensée et ce qu’il faut oser appeler son génie. »

Grand résistant mort à quarante-trois ans au pied du Vercors en 1944, Jean Prévost avait été un écrivain, mais aussi un essayiste et un intellectuel parmi les plus originaux de l’entre deux-guerres. Le normalien fou de Stendhal, proche du Front Populaire, antimunichois et favorable à une intervention en Espagne, occupa l’arène du débat public, tout en conservant l’humour de soi et une méfiance de chardon pour les castes. « Ceux qu’on appelle les libéraux ne pensent qu’à créer des élites et à les organiser » estimait celui qui aimait la compétition à la loyale, la compétition des idées et des actes.

L’oubli malgré tout

Le Sel sur la plaie (1934) qui vient d’être réédité chez Zulma est un roman de revanche, de conquête et de leurre. Même si on ne boude pas son plaisir, ce n’est pas son meilleur livre, on peut préférer sa suite politique et tragique, La chasse du matin (1937). Reste un style, une sorte de « balzacisme-stendhalisme », comme l’analyse Jérôme Garcin dans sa préface. Un roman glissé entre les chiens et les loups des années Vingt, qui efface le monde ancien et replet des notables de province ou des castes parisiennes sous perfusion d’auto-suffisance. Le héros est un Rastignac à l’envers, qui échappant à une injustice (la fausse accusation du vol d’un condisciple) dans le milieu parisien des étudiants en droit, fuit la ville et fera fortune et influence à Châteauroux. Il efface le monde ancien en imprimant et en disant les choses à sa place. Grâce aux nouvelles technologies de l’imprimerie et aux techniques du marketing et de la distribution qui commencent à faire jour, le héros de Prévost révolutionne la presse locale, invente la réclame murale, lance des almanachs, macule sa honte et inquiète la bourgeoisie. Jean Prévost brosse ici un tableau effervescent des années 1920, et avec une clarté passionnée, raconte ce monde de l’imprimerie, de la publicité et du débat politique qu’il connaissait si bien. Sous le fauve social, se dissimule pourtant un homme pétrifié par le doute, une sexualité absente, une intimité filandreuse. « S’il n’ignore pas que le combat est aisé et que son public n’est guère exigeant, Crouzon feint d’avoir gagné une grande victoire : moins sur les Castelroussins que sur lui-même. Il ne pleure plus, il fait pleurer », écrit Jérôme Garcin.

« Choisir pour soi seul »

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Jean Prevost (source : Editions Zulma)

« Il ne s’est pas passé avec Prévost ce qui se produit actuellement comme engouement pour la réédition des livres d’Henri Calet, de Raymond Guérin ou de Georges Perros, analyse Jérôme Garcin pour IDEE A JOUR. Depuis 1994, nous sommes parvenus à le sortir de l’oubli, c’est indéniable. Combien, du côté de Goderville ou Louviers, de rues, de places ou de collèges, sans oublier un timbre en préparation, souhaitent rappeler son souvenir ? Mais Jean Prévost en tant que romancier n’a pas vraiment percé et réalisé sa deuxième vie littéraire. » Il est comme un fantôme en station dans le hall des pas perdus de la république des lettres. « Pourtant « Les Frères Bouquinquant » (1930) reste son petit chef d’œuvre.

« Le romancier a sans doute vieilli ou reste enfermé dans une époque, convient Jérôme Garcin, mais l’essayiste et le journaliste Prévost, eux, se défendent toujours. Le résistant Prévost également survit très bien. » Son « Amours des sports » (1925), ou « Dix-huitième année », texte préféré du biographe, constituent des essais lumineux et qui résistent de manière insolente. Au fond, c’est dans le mouvement que Jean Prévost est à son meilleur d’une lucidité pleine d’énergie.

« Être un esprit libre, un homme libre, c’est prendre sa part des problèmes dont nous dépendons tous, et que personne ne peut résoudre : la destinée et la politique, écrivait-il. Refuser de s’en mêler, c’est s’abandonner aux pires esprits, ceux qui se croient sûrs et s’arrogent l’autorité aux présomptueux et aux fanatiques. Le courage de choisir la clairvoyance, de choisir pour soi seul, la générosité de vouloir que chacun choisisse, telle serait la liberté : qu’une seule de ces vertus lui manque et elle meurt ».
A l’heure du « bougisme » pour s’exonérer de tout engagement un peu profond, le fantôme Jean Prévost, lui, est bien plus rapide que l’époque. Ce n’est pas grave. Il nous attend un peu plus haut.



Repères :

www.zulma.fr


le 23 novembre 2009

Après Stendhal, Jean Prévost et après Jean Prévost
Jerôme Garcin.

j’ai eu le grand privilège de filmer le témoignage du Général Leray et son épouse née Mauriac ainsi que L’amphithéatre de l’université de Lyon où Jean Prévost a soutenu sa thèse de doctorat "La création chez Stendhal "
pour le Fond Documentaire Jean Prévost.
Si Jerôme Garcin, n’avait pas publier en 1994,
ce magnifique livre "pour jean Prévost "
Il serait inconnu au bataillon, Monsieur le Capitaine Goderville, et écrivain.

Son plus beau mot R E S I S T A N C E.

Merci à Jerôme Garcin, le fils spirituel de Jean Prévost.
Comme dirait les québécois : "une chance qu’on ça "
Malika Zghal
Réalisatrice-documentariste
Montréal, Québec.

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