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Juifs et Arabes en France : l’unité cachée

jeudi 29 mars 2012, par Nidam Abdi

On n’a jamais dit à Mohamed Merah qu’il existe peut être sur terre un Moïse Merah.

Que fait-on dans une école juive ? Que véhicule-t-elle comme valeurs ? Si on ne sait pas répondre à ces deux questions d’une manière explicite, il est évident que nous relevons de cette grande ignorance qui représente la tendance majoritaire des Français. Des Français d’ici et venus d’ailleurs. On peut penser que si Mohamed Merah avait eu la moindre perception de l’enseignement judaïque, il n’aurait jamais commis un acte aussi ignoble. Une chose très simple à remarquer : on n’a jamais dit à Mohamed Merah qu’il existe peut être sur terre un Moïse Merah. La promotion d’une diversité à la française est axée depuis 10 ans (au moins), uniquement sur l’entregent, la constitution discriminatoire de petites élites, marquises et barons visibles de ces minorités dites visibles. Tout cela au détriment de la transmission généralisée du savoir et d’une valorisation possible des apports culturels. Tout cela nous a amené dans cette impasse collective du vivre-ensemble. Ces immenses gâchis du savoir et de la culture ont été entretenus par Nicolas Sarkozy, candidat et président, qui aura préféré alterné les petits égoismes communautaires avec les attaques clivantes, tout comme une certaine gauche paresseuse, elle, se sera contentée de vagues discours culpabilisateurs.

Laghouat, la ville du pays d’origine de Mohamed Merah, où l’on mangeait indifféremment de la viande hallal et casher

Le jour anniversaire même de la signature des accords d’Evian, Mohamed Merah a rappelé un drame franco-algérien qui sanctionne le rapport des deux pays au bout de 50 ans de décolonisation : il n’y a plus de juifs algériens en Algérie et ils sont tous en France, en Israël et à travers le monde. Il y a beaucoup de Français en France d’origine algérienne et qui vivent la relation au juif de France, essentiellement avec le prisme du conflit israélo-palestinien.
Récemment, un rabbin affirmait à un musicologue venu l’enregistrer, avoir petit enfant fréquenté en Algérie l’école coranique et judaïque. Il croyait même avoir appris en premier, des sourates du Coran bien avant les textes du Talmud Torah. De même, ses petits copains musulmans découvraient en même temps le kaddish sur les bancs de l’école juive. C’était à Laghouat, au sud de l’Algérie, le pays d’origine de Mohamed Merah. Une ville où indifféremment on mangeait de la viande hallal et casher.

Cette ville a donné au chant bédouin, Abdellah Ben Kerriou, un immense poète du XIXe siècle encore chanté dans le Maghreb. Au nord de Paris, il y avait un concierge juif qui connaissait tout les textes du « maître de la poésie amoureuse saharienne  » et « de la pureté des âmes ». Ishak était venu en France au lendemain des accords d’Evian. Dans sa petite loge, Ishak vivait dans la nostalgie, entouré de ses 78 tours de chants algériens dont les interprètes étaient indifféremment juifs et musulmans. Le concierge accueillait souvent et durant des mois dans sa loge de la rue Championnet, des chanteurs algériens de grande notoriété. Ishak couchait sur le tapis, laissant son lit à l’interprète qui n’aurait pu avec ses pauvres dinars se payer la chambre d’hôtel. Il arriva même certains soirs que l’interprète téléphona à Ishak, afin que ce dernier se pointe dans les cafés de l’immigration et poser la première pièce sur le plateau pour que la clientèle ouvrière se décide à faire de même. Parfois, dans la loge du concierge Ishak, située dans un immeuble de la ville de Paris, on apprenait des choses de la civilisation arabe qu’aucune grande école française n’enseigne aujourd’hui. Alors Ishak, originaire de Laghouat où il avait étudié autant le coran que le Talmud Torah, partait parfois dans de longues digressions autour de son prénom : « Je porte le même prénom qu’Ishak El Mawssili, kurde, juriste, musicologue, philologue, poète et premier à introduire au 9ème siècle la musique chez un Calife de l’islam, Harun El Rachid... Je vais maintenant vous expliquez l’apport d’El Mawssili à la musique arabe ». N’étant pas réglementés par les horaires de l’Éducation nationale, les cours du concierge de Laghouat pouvaient durer jusqu’au petit matin.

En 2012, la France se situe à des années-lumière de sa grande école orientaliste, de l’érudition fécondée par des professeurs juifs dont les noms sont encore encore gravés dans les pierres de la Sorbonne

Alors, y a-t-il des valeurs communes entre juifs et musulmans dans la société française d’aujourd’hui ? Les médias français les véhiculent-elles et pourquoi sommes-nous tant frappés par cette paresse intellectuelle ? Autant de questions qui pointe un paradoxe dans la médiatisation de l’après-drame de Toulouse. On n’apprend rien de la part de cette tripotée d’experts de l’islamisme et de l’affrontement israélo-palestinien qui encombre les plateaux de télévision. A croire que nous avons simplement affaire à des journalistes du faits divers glauque qui viennent répéter les même litanie sur le terrorisme islamiste et el Al-Qaïda. En 2012, la France semble se situer à des années-lumière de sa grande école orientaliste, de l’érudition fécondée par des professeurs juifs dont les noms sont encore encore gravés dans les pierres de la Sorbonne : Levi Provençal, Claude Cahen, Amnon Shiloah...

Aucun média n’a donc eu la réaction de convier ce duo réjouissant, un juif et un musulman qui tournent dans les banlieues françaises pour défendre et présenter une culture musicologique commune : Rachid Aous est éditeur, producteur et musicologue à la connaissance profonde de l’art arabo-andalou. Quant à Simon El Baz, c’ est un artiste, spécialiste du « Matrouz », cet art marocain où juifs et musulmans excellent dans le chant arabo-hébraïque. A des élèves le plus souvent des mêmes origines de plus en plus lointaines qu’eux, Rachid Aous et Simon El Baz expliquent que la société andalouse cosmopolite du premier millénaire, fonctionnait telle que notre république laïque d’aujourd’hui, mais simplement avec des codes différents. Une forme de République de l’époque où de même poètes juifs et musulmans écrivaient des poèmes (khardja) mozabes. C’est à dire lorsque l’un construisait un vers, l’autre ajoutait le suivant. Cette histoire de « Khardja » qui a été au siècle dernier, une des grandes découvertes de l’art poétique de l’époque arabo-andalouse, fut mise à jour en 1948 à Oxford par Samuel Miklos Stern. Un éminent islamologue hongrois qui après l’école juive en pays magyar, a été initié au science de l’islam à l’université hébraïque de Jérusalem.

Ainsi, si depuis la nuit des temps, les Arabes ont emprunté aux Grecs et les Européens aux premiers, notre société française semble figée dans l’ignorance des valeurs que peuvent se partager juifs et musulmans. Des valeurs qu’on n’a simplement pas inculqué à Mohamed Merah, dont le nom veut peut-être dire quelque chose en arabe comme en hébreu.


Repères :

- Site web consacré à la ville de Laghouat, au sud d’Alger et à son poète Abdellah Benkerriou
http://aladecouvertedelaghouat.over-blog.com/article-21413516.html

- Site web de l’association El Mawssili, basée à Saint denis dans le 93 et qui bénévolement transmet le savoir musique andalou de l’école d’Alger.
http://www.elmawsili.com/1.aspx

- Evariste Lévi-Provençal : Séville musulmane au début du XIIer siècle. Le traité d’ibn ’Adbun sur la vie urbaine et les corps de métiers, éditions Maisonneuve & Larose.
Claude Cahen : L’Islam, des origines au début de l’Empire ottoman, éditions Hachette Littérature.
Amnon Shiloah : La musique dans le monde de l’islam aux éditions Fayard. Traduction Christian Poché.

- Article consacré à Rachid Aous sur le blog des éditions La Brochure, lors d’une visite du côté de Toulouse.
http://la-brochure.over-blog.com/article-rachid-aous-a-toulouse-51260645.html

- Le site web de l’artiste Simon El Baz
http://matrouz.com/elbaz.html

- Page du site web de la bibliothèque du CNRS consacrée aux publications de Samuel Miklos Stern
http://bibliotheque.irht.cnrs.fr/opac/index.php?lvl=author_see&id=27608


Par JPGrumbergle 1er avril 2012 : Juifs et Arabes en France : l’unité cachée

En Andalousie, les juifs étaient traités comme des chiens, comme des sous-hommes. Nombre de grands auteurs en ont apporté la preuve abondante. Le meilleur sans doute, que l’on doit lire si l’on entend aborder le sujet est « L’exil au Maghreb, La condition juive dans l’islam" de David Littman et Paul Fenton.

- David Littman

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