Kerouac sur la route de l’IA et du Deep learning

Le 23 novembre 2018, par Rédaction les influences

Première mondiale d’une traduction en apprentissage profond, premier roman écrit par une intelligence artificielle qui rend hommage à Jack Kerouac... L’influence de l’IA dans le travail intellectuel a commencé avec des enjeux sociaux, culturels et politiques.

#Société

Immatériel. Il y a du nouveau sur le sujet de la délégation de l’homme à la machine. En attendant l’ère des véhicules autonomes, l’intelligence artificielle investit bien d’autres secteurs de notre vie. Le travail intellectuel par exemple. Le 18 octobre, Florent Massot a publié L’Apprentissage profond dont la traduction de l’américain au français a été réalisée par une intelligence artificielle. Le petit éditeur Jean Boîte, lui, vient d’éditer un hommage à Kerouac écrit par un réseau de neurones artificiels.

800 pages, 69 euros... Le livre papier L’Apprentissage profond, publié fin octobre, est co-édité par les éditions Florent Massot et deux start-up, Quantmetry, qui se consacre aux recherches appliquées de l’Intelligence artificielle, et l’allemande DeepL spécialisée dans la traduction automatisée basée sur le Deap Learning (ou l’apprentissage profond en français). Principe du Deep Learning : la machine est capable d’apprendre par elle-même au fur et à mesure sans l’intervention de l’homme. L’ outil d’intelligence artificielle mis au point par les deux entreprises se veut d’un niveau et d’une qualité bien supérieurs aux logiciels de traduction automatique genre Google Translate.
Ces dernières années, ces logiciels ne cessent de s’améliorer mais « ils ne dispensent toujours pas l’homme d’un travail de relecture attentif, de corrections et d’ajustements, afin de garantir la qualité et l’intelligibilité de la traduction » font valoir les co-éditeurs dans un communiqué. Même si l’IA a abattu un chantier textuel en un temps record, soit deux mois seulement de traduction ( 80% de temps gagné, estime Quantmetry), reste qu’il a du être relu très soigneusement par des spécialistes du CNRS.

Le livre a été traduit en seulement deux mois par une intelligence artificielle, et relu par des spécialistes du CNRS. Le lecteur est humain.

Notons que le dessin de la couverture du livre, lui aussi, a été réinterprété par IA. Quant au texte, son contenu, sa profondeur intellectuelle ? Il faut là aussi, tout comme la relecture des experts humains, bio-artisanalement lire le pavé ligne à ligne, avec notre pauvre tête. Enfin, celle du lecteur ciblé. Il s’agit, rappelons-le, d’un manuel de référence, « offrant une vision d’ensemble et les prérequis mathématiques indispensables aux ingénieurs logiciel et étudiants qui se lancent dans ce domaine », a décrit le grand critique littéraire Elon Musk, par ailleurs cofondateur de Tesla. Pour les start-up de l’IA, cette première mondiale d’une traduction automatique recèle un fond très politique : «  Quantmetry prévoit de mettre à disposition l’outil pour accélérer la diffusion du savoir scientifique dans la communauté francophone d’ici la fin d’année ou le début d’année prochaine. C’est aussi un manifeste pour défendre la francophonie dans l’enseignement des disciplines scientifiques car, comme l’a bien noté Cédric Villani, on ne pense pas les mathématiques de la même manière en anglais et en français. »

Le journaliste Hubert Guillaud du site Internet Actu, lui, s’est plutôt enthousiasmé pour une initiative de la petite maison d’édition parisienne Jean Boîte. Elle a édité 1 The Road, un hommage à Kerouac écrit par Ross Goodwin, avec l’aide essentielle d’un réseau de neurones artificielles. « Nous y sommes ! La machine a rencontré Kerouac, Kesey, Wolfe et Thompson. Après le LSD, les hallucinations de l’IA traversent à leur tour l’Amérique !  » s’emballe le journaliste sur son compte Instagram. 1 The Road, en effet, fait partie de ces expériences qui ouvriraient de nouvelles perceptions, détaillait encore cet observateur des impacts des l’IA sur nos sociétés et nos manières de penser dans un long article.

Il s’agit d’un un livre écrit par une voiture. Ross Goodwin, créateur d’intelligences artificielles, a équipé une Cadillac d’une caméra de surveillance, d’un GPS, d’un microphone et d’une horloge connectés à une IA. Le conducteur humain a voyagé de de NewYork à la Nouvelle-Orléans, se nourrissant en roue libre, de la bonne vieille tradition du road trip littéraire américain. Le dispositif numérique permettait l’écriture automatique d’un manuscrit, ligne par ligne, sur de longs rouleaux de papier qui remplissaient les sièges arrière de la voiture. L’histoire mondiale de la littérature retiendra peut être la première phrase de la voiture intelligente : « It was seven minutes to ten o’clock in the morning, and it was the only good thing that had happened. »
1 The Road a été rédigé en anglais. Soutiendrait-il l’épreuve de la traduction en français par le deep learning ? Nouvelles technologies ou pas, la France reste elle une nation littéraire. L’IA pour se voir instituée passe par ce média terriblement archaïque qu’est le livre papier. Mais l’aventure entame tout juste sa route et ses bifurcations.
Jean Boîte est un habitué de ces livres prototypes au croisement de l’art, des nouvelles technologies et de la Net-écriture. Dans son catalogue, figure un essai comme un manifeste, signé du poète Kenneth Goldsmith traduit par l’écrivain François Bon, L’écriture sans écriture. En substance : L’écriture à l’épreuve de l’intelligence artificielle pourrait très bien changer de nature et de statut. Goldsmith offre un beau vertige théorique. Extrait : « « Si la peinture a réagi à la photographie en devenant abstraite, il semble improbable que l’écriture ne fasse pas de même par sa relation à Internet. Il semble que la réponse de l’écriture – se faisant plus l’héritière de la photographie que de la peinture – pourrait être de devenir mimétique, de se contenter de reproduire, y puisant surtout des méthodes de distribution, en proposant de nouveaux moyens de réception et de lectorat. Les mots pourraient très bien n’être pas écrits seulement pour être lus, mais pour être partagés, déplacés parfois par les humains, plus souvent par des machines, nous fournissant une occasion extraordinaire de reconsidérer ce qu’est l’écriture, et définir des rôles nouveaux pour l’écrivain. »




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