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Kesa : le vinyle libère ses sillons

mardi 12 mars 2013, par Jean-Luc Hinsinger

Son street-art recycle les disques dans un concert visuel poétique

Sans remonter au théâtre d’ombres que l’on n’hésite pas à qualifier d’ombre chinoise en rapport avec ses origines supposées ; sans rappeler le cabaret le Chat noir (1) ou les « Idées noires » de Franquin, bandes dessinées à la philosophie grinçante … qui, enfant, n’a pas été fasciné par les jeux de mains et leurs ombres portées figurant tête de lapin, d’éléphant ou de chien ?
C’est dans ces sillons que s’inscrivent les saynettes de vie animalière de l’artiste Kesa. Installées en hauteur, hors de portée, elles ne s’adressent pas au passant regard rivé au sol, mais à celui, tête en l’air, l’œil gourmand.

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Dès le collège, Kesa n’est pas du style à se lover dans le moule, même si, maladresse de jeunesse, il signe ses premiers tags et grafs en copiant le blase d’un aîné : Asec… Pas vraiment charmé le mec !… Cesa ?… Euh… ça le fait pas non plus ! Kesa ?…, ah ouais, so much better !
La suite sera une longue séquence « Paris-Tonkar » (2) associé à différents groupes de la région, de Grenoble à Lyon. Grafs à tout va sur tout ce qui transporte ou est censé générer du lien (trains, métros, ponts, tunnels) jusqu’à ce qu’une certaine société nationale des chemins de fer démontre qu’avec elle tout n’était pas vraiment possible. En résultent gardes à vue, fichage et amendes … De quoi réfléchir…

Et retourner le disque sur la Face B (3) aux ambiances plus tempérées (boulot, appartement, copine, collection de vinyles)… mais manquant rapidement de fun !… Besoin de bouger, de changer d’air… Saut à la plage suivante, direction Brasil…
« Sais-tu au moins ce que tu cherches Gringo ? » (4) Pas si sûr… Mais Kesa plonge avec volupté dans les entrailles de São Paulo, grouillantes de peintures murales, pochoirs et autres graffitis. N’ayant pas été immunisé, le virus le reprend, c’est la rechute !
De retour à Lyon, malgré quelques sessions de graffitis, il a envie de franchir un palier. Rapidement, Kesa laisse l’activité « vandale » aux annonceurs publicitaires, troupes de choc du libéralisme qui dégradent et enlaidissent la cité à notre corps dépendant, pour en prendre le contrepied en enrichissant les murs d’œuvres conçues à partir de et autour du vinyle !
Amoureux d’un support dont l’avenir se réduit à « ouïe d’oreille », Kesa décide de les magnifier en exposant leurs rondeurs aux yeux de tous. Aux sillons aphones, il offre une voix différente : picturale. Des notes parées de poils et de plumes : oiseaux, chiroptères, mais aussi félidés et rongeurs… heavy rock pour l’aigle ou new-age pour les chauve-souris…

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Oui, Kesa aime la galette quand elle est bien faite, délicatement chauffée et assouplie afin de créer par jeux de découpes des êtres auxquels il offre l’ivresse de l’émancipation associée aux incertitudes de l’autonomie…
Les rendez-vous de Kesa sur les murs lyonnais et parisiens sont en principe informels et imprévisibles, … mais ponctuels sur ceux du Cabinet d’amateur, où il effectue son retour cet automne en compagnie de quelques amis lyonnais !


1. Le Chat Noir, cabaret hyper branchouille parisien de la fin du XIXe siècle. Henri Rivière y créa de nombreuses pièces de théâtre d’ombres dans les années 1886-1897.
2. Paru en 1991, Paris-Tonkar de Tarek et Sylvain Doriath est le livre culte qui recense les années graffitis des années 80 en région parisienne.
3. La Face B d’Akhenaton du groupe de rap marseillais IAM.
4. Extrait d’Eldorado, Bernard Lavilliers.


Repères :

www.facebook.com/KesaStreetArtist

https://www.youtube.com/watch?v=-YFTFRjt8gY


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