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L’Allemagne au-delà du mur des clichés

lundi 23 septembre 2013, par Christian Harbulot

La réélection facile d’Angela Merkel s’explique aussi par sa volonté de réinventer une forme de puissance non pas militaire mais culturelle

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La victoire relative d’Angela Merkel aux élections du Bundestag ne se résume pas à la remarque de Daniel Cohn Bendit (chronique sur Europe1 du lundi 23 septembre) comme quoi l’Allemagne va continuer à diriger l’Europe et la France se limiter à regarder passer les trains. Un ouvrage paru dans sa traduction française en 2013 permet de dépasser le niveau des petites phrases de circonstance. En rédigeant le manuscrit de L’Allemagne disparaît (Éditions Toucan 2013), Thilo Sarrazin ne s’attendait certainement pas à vendre deux millions d’exemplaires. Cet économiste et historien, membre du SPD, a fait carrière au Ministère des Finances avant de devenir membre du directoire de la Bundesbank. Sa thèse est simple : l’Allemagne est condamnée à disparaître si elle ne réagit pas. Deux raisons expliquent cette sentence pessimiste : le déclin démographique et la manière d’intégrer les immigrés.

Contrairement aux écrits français qui traitent du déclin de la France, l’ouvrage de Thilo Sarrazin ne fait pas dans le frontal. Il est beaucoup plus habile. Prenant en compte la marge de manœuvre très étroite de l’écriture allemande post seconde guerre mondiale, ce social-démocrate prend bien soin de ne pas tomber dans le nationalisme. Il cible la faille majeure irréfutable, la chute endémique des naissances en Allemagne et souligne le risque de disparition du peuple allemand dans les décennies à venir. Pour légitimer le besoin d’une autre politique (pour éviter le pire), il démine le débat en analysant les défaillances incontestables du système (politique de natalité, politique éducative, politique culturelle).
Au lieu de parler de puissance, il rappelle les périodes longues de l’histoire de l’humanité au cours desquelles des Etats forts et unis ont assuré leur stabilité et le bien être de leur population.

Contrairement à la France qui ne sait plus comment éviter de se déchirer de toute part, l’Allemagne fait le pari de durer

Thilo Sarrazin ne croit pas aux fantasmes. L’Europe est condamnée à être pendant encore très longtemps une mosaïque de nations. C’est à partir de ce constat élémentaire qu’il monte en gamme dans son raisonnement. En 1911, le deuxième Reich était à son apogée et la population allemande se portait bien. Qu’en sera-t-il au début du siècle prochain ? L’auteur avance deux scenarii : le scenario catastrophe sur la désintégration de l’Allemagne et l’autre scenario, celui de la reconquête. Une reconquête non militaire mais nataliste, éducative et culturelle qui oblige la gouvernance allemande à rentrer dans la configuration sociologique d’une nouvelle forme de puissance. Angela Merkel, formée dans le moule communiste de la RDA, a amorcé cette refonte de la matrice allemande, sans tambour ni trompettes.
Contrairement à la France qui ne sait plus comment éviter de se déchirer de toute part, l’Allemagne fait le pari de durer. Plus qu’une ligne de fracture entre un nationalisme renaissant et une absence de stratégie de puissance, il apparaît entre nos deux pays l’esquisse d’un schisme existentiel.


Repères :

- Retrouvez Christian Harbulot sur www.ege.fr


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