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L’Eglise hors-sol

jeudi 25 octobre 2012, par Clémence Lapopie

Cinquante ans après Vatican II, une intellectuelle catholique examine les réformes nécessaires pour en finir avec une Curie "prétentieuse et querelleuse"

Religion. A l’approche du cinquantenaire de Vatican II, les catholiques découragés par leur Eglise, en froid avec une pratique hiérarchisée et immobiliste, liront ce livre avec soulagement, et les autres avec quelque profit : tous y trouveront matière à une réflexion argumentée, un engagement clair en faveur de Vatican III, et l’espérance d’un nouveau souffle de l’Esprit Saint. Christine Pedotti, bonne connaisseuse de Vatican II auquel elle a consacré un autre livre, réaffirme le noyau actif de la foi chrétienne, son kérygme irréductible, dans le même temps qu’elle examine sans complaisance les impasses de l’Eglise catholique et souligne l’urgence d’approfondir la réflexion novatrice du dernier concile.

Loin de l’optimisme de façade officiel, le livre commence par dépeindre la crise actuelle du catholicisme dans ses aspects multiples. Elle ne se limite pas aux statistiques, à la chute de la fréquentation des églises, au recul des baptêmes dans les pays de la vieille Europe, que l’explosion du catholicisme dans le Sud serait censée compenser (en vertu de quelle cynique arithmétique, d’ailleurs ?). Non, elle analyse plus largement la crise de confiance et la crise de crédibilité que l’Eglise traverse. La perte de la confiance concerne le soupçon qui s’attache désormais à la hiérarchie catholique, ses prêtres, ses évêques et même le pape. La crise de la crédibilité, elle, affecte la doctrine, le dogme, le contenu même du message.

La structure très hiérarchisée, qui veut que le pape décide et que les fidèles obéissent, requiert une confiance sans faille, que les scandales sexuels, mais surtout l’attitude hypocrite du clergé à son plus haut niveau a définitivement entamée ; mais le mal est plus étendu encore : le déficit démocratique est devenu patent depuis que Vatican II, qui a fait une large place aux laÏcs, a oublié de les élever à la moindre dignité. Or le retour en arrière est impossible : l’ouverture de Benoit XVI aux traditionalistes ne concerne qu’une petite minorité, et même si certains tablent sur le décès des générations favorables à Vatican II pour tenter une restauration, cet étrange calcul est rendu caduque par l ’hémorragie des fidèles plus jeunes.

L’examen de la crédibilité du dogme, lui, est ensuite l’occasion de rappeler sa fragilité réelle. N’a-t-on pas cru jadis que la terre était plate ou que les maladies punissaient les péchés, n’a-t-on pas aussi affirmé que les nouveaux-nés morts sans baptême allaient en enfer ? Non seulement les progrès des sciences nous ont appris que la terre est ronde, mais la théologie elle-même a dû renoncer aux limbes faute de fidèles pour y croire. Or les sciences n’ont jamais été si rapides à produire de nouvelles connaissances, et ni la liberté des consciences si prompte à déceler les manquements à la vraisemblance ou à la charité chrétienne. Les usages de l’Eglise sont largement imprégnés de ceux des époques dans lesquelles ils s’enracinaient. Et aujourd’hui, combien de fidèles croient encore qu’une femme ne saurait être prêtre ou cardinal, qu’un divorcé remarié est adultère, ou qu’un prêtre n’a pas à fonder de famille ? L’Eglise elle-même, par la voix de Jospeh Ratzinger, fait chez Christine Pedotti la part des éléments contingents du dogme, qui sont appelés à changer.

La convocation d’un nouveau concile, s’il acceptait d’affronter ouvertement ces questions, donnerait de grands espoirs aux croyants soucieux de transmettre à leurs enfants une tradition sans cela vouée à l’obsolescence. Christine Pedotti examine les conditions matérielles d’un si gigantesque rassemblement et plaide pour un processus échelonné qui confèrerait enfin, loin des rigidités et des immobilismes d’une Curie « prétentieuse et querelleuse  » (Paul VI), une vigueur salvatrice aux concertations régionales. Benoit XVI, âgé, ne semble pas en mesure de lancer ce grand chantier ; et pourtant, conclut l’auteur, « nul ne pourra intimer le silence aux enfants de l’Eglise car : ’S’ils se taisent, les pierres elles-mêmes crieront.’ » (Luc, 19,40)


Repères :

Faut-il faire Vatican III ?, de Christine Pedotti, éditions Tallandier ( Paris), 214 pages, 16,90 euros. Sortie : octobre 2012.


Par Pr Stéphane Feyele 12 février 2013 : L’Eglise hors-sol

Les Chrétiens auraient peut-être intérêt, à cette occasion, à lire Le Message Retrouvé de Louis Cattiaux, publié la première fois dans les années 50 et reçu officiellement en cadeau par trois papes successifs. Il existe en français, anglais, italien, portugais, allemand, catalan et espagnol. Il est dédié aux peuples noirs.
De nombreuses réflexions de ce livre profond les aideraient sans nul doute.


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