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L’Île des mâles déplait à la justice marocaine

mardi 9 août 2016

Deux mois de prison avec sursis pour le romancier Aziz Benhaddouch qui évoque le sujet délicat de trafic de papiers bidons par des travailleurs marocains en France dans les années cinquante.

Culture. Une sorte de Clochermerle romanesque à la sauce marocaine : des notables et leurs familles ont cru se reconnaître dans le roman L’Île des mâles. Son auteur, Aziz Benhaddouch, est un placide enseignant de philosophie, formé à la sociologie à Rabat et amateur de pêche selon ses prises postées sur sa page FaceBook. Depuis la parution de son roman, il a quitté Taznakht, une petite ville dans la région de Drâa Tafilale. Il s’est s’est vu infliger le 2 août 2016, une peine de 2 mois de prison avec sursis pour "diffamation" prononcée par le tribunal de première instance de Ouarzazate, selon l’excellent newsmagazine Tel Quel.
Benhadouch a été astreint également à une amende de 1000 dirhams ainsi que 20 000 dirhams de dommages et intérêts au profit des plaignants, deux membres d’une même famille. Commentaire de l’intéressé : " Je ne fais que revenir sur une réalité et mon but n’est pas de nuire à qui que ce soit. Or certains s’estiment directement visés et veulent me faire taire. Demain, au nom de cette règle, on peut tout interdire au Maroc".

Dans les années cinquante, des ouvriers marocains migrant en France se procuraient des papiers bidons, et notamment des certificats de naissance d’enfants imaginaires pour obtenir plus d’aides sociales.

Quel est le crime fondamental de cette fiction qui peut se lire comme une fable malicieuse où sont abordés des sujets comme le patriarcat, la transmission du savoir, l’éducation religieuse ou sexuelle ? Le sous-texte dans lequel se sont apparemment reconnus les plaignants. L’auteur aborde la question des "enfants fantômes". Dans les années cinquante, des ouvriers marocains migrant en France se procuraient des papiers bidons, et notamment des certificats de naissance d’enfants imaginaires, afin de percevoir plus d’aides sociales. Ce qui généra un business très lucratif pour certaines familles de la région. Une première plainte avait été rejeté par un juge en 2015. Deux plaignants ont insisté contre ce livre écrit en 2004 et seulement publié en 2014.

Pour sa défense, le romancier qui depuis réside à Agadir et va faire appel, insiste sur l’aspect totalement romanesque de son texte : " Ils estiment toujours qu’ils sont visés par mon roman alors qu’à l’époque où je l’ai écrit je ne les connaissais pas du tout, l’histoire est fictionnelle, l’espace où se déroule les faits est non identifié et tous les personnages sont inspirés de la littérature".
Visiblement, la littérature a rattrapé la réalité et la haine gênée de quelques lecteurs de choix.
L’auteur a été condamné mais le le livre lui est toujours lisible, si on le trouve : Aziz Benhadouch l’avait finalement édité à compte d’auteur et l’ouvrage est diffusé artisanalement.


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