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L’école Ferrandi aux petits oignons d’un scandale financier

mardi 11 octobre 2016, par Arnaud Vojinovic

Qualifié de « Harvard de la gastronomie » par Le Monde, l’école Ferrandi se retrouve mêlée à un énorme scandale financier dans lequel sont impliqués la présidence sud-coréenne et les plus grands chaebols du pays.

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Kim Huyng-su (Fondation MIR) et Jean-Paul Vermès (CCI Paris Ile de France) - © Jeon So-hyang du Ministère de la Culture, des Sports et du Tourisme

L’école Ferrandi, fondée en 1920, est une émanation de la Chambre de Commerce de l’Ile-de-France. Elle a pour mission de former aux métiers de bouche. École haute gamme, son conseil d’administration regroupe le gratin de la cuisine française dont les très médiatiques Thierry Marx, Anne-Sophie Pic ou encore Guy Savoie.

En 2013, cette école de renommée internationale se laisse convaincre de mettre à l’honneur la gastronomie coréenne en organisant des démonstrations. Des séries de cours menés par des chefs coréens sont aussi organisés à Paris deux années de suite. Mais à la fin de l’année 2015, MIR, une grosse fondation coréenne qui s’investit dans la promotion de la gastronomie et de la culture, vient frapper à l’école Ferrandi. Le directeur, Bruno de Monte, signe en décembre 2015 un mémorandum d’entente avec MIR, confirmé en avril dernier. L’école Ferrandi va ouvrir une école à Séoul, intitulée Ferrandi-MIR. Pour le coup c’est Jean-Paul Vermès, président de la CCI, qui fait le déplacement à Séoul pour la signature officielle. Côté Corée on jubile, c’est la première fois qu’une gastronomie étrangère, qui plus est française, va intégrer le cursus d’enseignement de l’école. Le président de la fondation MIR , monsieur Kim Hyung-su, se fait lyrique : « Nous allons nous efforcer de former des grands chefs qui porteront l’ADN de la hansik (ndlr : cuisine coréenne) à travers une coopération étroite avec l’école Ferrandi. » Côté Ferrandi, on est aux anges avec ce développement international inattendu et inédit.

Les chaebols pressés de payer

Mais le rêve se transforme vite en cauchemar. Fin septembre en Corée du Sud, les projecteurs se braquent sur les deux fondations. Dirigées par Choi Seo-won, fille de l’ancien mentor de l’actuelle présidente Park Geun-hye et amie proche, les questions se multiplient sur la création et le financement des deux fondations. L’opposition monte au créneau et demande l’ouverture d’une enquête sur le mode de financement : 72 millions de dollars de dons collectés en peu de temps. La fondation MIR aurait ainsi reçu à sa création 5,5 millions d’euros de SK Hynix et Hyundai Motor mais aussi 4,8 millions d’euros de Samsung Electronics, 3,8 millions de LG et 2,4 millions de POSCO. D’octobre à décembre 2015, la fondation MIR a ainsi levé en un temps record, 39 millions d’€. Une lettre datée du 23 novembre 2015 et publiée par le journal Hankyoreh de centre gauche montre clairement qu’il a été fait pression sur les chaebols (grands groupes industriels familiaux à participation croisée) pour qu’ils financent ces deux fondations. Cette lettre apporte des éclaircissements sur la méthode de financement tout en appelant d’autres questions. Ce courrier rendu public, adressé à un des chaebols, fait état d’une deadline de quatre jours pour verser son don mais rappelle aussi les montants que chacun d’entre eux doit verser, des montants déjà négociés. La question est maintenant de savoir quelle a été la contrepartie pour les entreprises ? Y a-t-il eu négociation sur les montants ou inversement, quelles ont été les pressions exercées sur les 18 chaebols pour qu’ils payent ?

Alors que des éclaircissements sont attendus de la part de la Maison bleue (la présidence), donneuse d’ordres, et de la Fédération des industries coréennes qui a été l’exécutante, et que les questions des parlementaires se font de plus en plus pressantes, les deux fondations sont dissoutes le 28 septembre et tous les documents internes détruits. Pour la fondation MIR, la destruction de documents est telle que le 30 septembre, les poubelles du siège social débordent de confettis et papiers lacérés, visibles de tous dans la rue. Même rapidité de destruction documentaire du côté des industries : une note à destination des staffs des chaebols ordonne dans un beau mouvement, de détruire tous fichiers informatiques, emails mais aussi courriers papier en rapport avec les dons faits à ces deux fondations. Si la destruction de preuves est évidente, officiellement la Fédération des industries coréennes indique que l’objectif de la dissolution est de créer une nouvelle fondation qui fera mieux avec des projets plus ambitieux et plus de transparence. Les parlementaires ne l’entendent pas ainsi, voyant dans la dissolution des deux fondations un moyen de cacher à l’Assemblée nationale un nombre conséquent d’activités illégales.

Ces déboires viennent allonger la liste des mariages douteux entre les organisations françaises peu regardantes sur la nature des fonds et de sulfureux Coréens. Au fil des années on relève ainsi le graissage de pattes du Louvre et du Château de Versailles afin d’accueillir une exposition du milliardaire véreux Ahae ou l’orchestre de Radio France confié à la direction du très critiqué Chung Myung-whum, ange à Paris mais démon à Séoul.

En France l’administration de l’école Ferrandi se retranche dans un silence diplomatique : elle n’est pas une responsable de ce désastre, tout cela relève de la cuisine… interne à la Corée du Sud.


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