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L’emploi en 2013 des intellos précaires

samedi 6 juillet 2013, par Audrey Minart

Des artistes et des journalistes free lance sur la corde raide, pas toujours bien payés, à l’avenir flou : certains y voient l’enfer du précariat quand d’autres cultivent leur liberté individuelle, indique une étude du sociologue Olivier Pilmis

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Social. Analyser et évaluer les particularités du quotidien professionnel souvent précaire des artistes et des journalistes pigistes (rémunérés à l’article), tel a été l’objectif premier de la thèse du sociologue Olivier Pilmis, qui vient de publier un ouvrage sur cette question.

Dans un contexte économique de plus en plus marqué par le développement des formes particulières d’emploi, cette recherche a le mérite de mettre un coup de projecteur sur des milieux où le CDI est une denrée rare. Comment s’organisent alors ces « marchés » spécifiques de l’emploi ? Comment ces professionnels interprètent-ils leur situation, tout particulièrement marquée par l’imprévisibilité et l’incertitude ? Si certains d’entre eux ne forment qu’une infime goutte dans l’océan de l’emploi dit « précaire », les cas des journalistes pigistes et comédiens peuvent en de multiples points sembler comparables. En effet, dans ces « carrières par projets » caractérisées par la discontinuité, les logiques de marché prédominent. Un marché « sans cesse recomposé, au gré des affiliations provisoires des uns et des autres  », où «  les acquis précédents » peuvent être effacés d’un coup d’éponge et où la libre concurrence fait rage.

Le sociologue insiste sur la diversité des situations et des vécus : l’incertitude pour son emploi ne conduit pas nécessairement à une situation de précarité

Si certains n’y lisent que le résultat, fâcheux, d’une précarisation globale de l’emploi « contre laquelle la régulation dite "fordiste"’ avait permis de se prémunir  », d’autres pourraient y voir «  l’occasion de soustraire les carrières individuelles au carcan organisationnel, et un signe avant-coureur de l’aliénation salariale  ». Un certain nombre de professionnels se réjouissent donc de la liberté avec laquelle ils peuvent exercer leur métier, quand d’autres paient très cher leurs « illusions perdues » et finissent par abandonner la partie. Le sociologue insiste sur la diversité des situations et des vécus : l’incertitude dans l’emploi ne conduit pas nécessairement à une situation de précarité.

Par ailleurs, si le salariat est le moyen légal de rémunération dans ces milieux, le travail concret entre davantage dans une logique marchande selon laquelle les biens échangés sont «  fortement personnalisés »… Les comédiens comme les pigistes sont donc finalement peu «  substituables ». On se consolera comme on peut.


Repères :

« L’intermittence au travail. Une sociologie des marchés de la pige et de l’art dramatique », Olivier Pilmis, Collection Etudes sociologiques, Economica, (Paris), 26 euros. Publication : 15 mai 2013.


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