L’éthique rend-elle éthique ?

Le 17 janvier 2011, par Rémi Sussan

Après tout ce serait la moindre des choses : quelqu’un qui passe son temps à étudier ou enseigner l’éthique devrait adopter un comportement plus en accord avec ses valeurs. Le philosophe Eric Schwitzgebel est allé vérifier.

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Le philosophe Eric Schwitzgebel

Eric Schwitzgebel, professeur de philosophie californien, s’est posé la question et ses résultats ont été publiés par la revue Philosophical psychology en 2009. Il a procédé ainsi : partant du principe que rendre à temps ses livres empruntés à la bibliothèque était un des premiers actes moraux fondamentaux, il a analysé les entrées et les sorties des livres spécialisés dans l’éthique (d’un niveau suffisamment avancé pour n’intéresser que les experts du genre) dans diverses bibliothèques américaines. Conclusion : les livres d’éthique sont plus souvent reportés manquants que les ouvrages portant sur d’autres sujets.

Il s’est ensuite demandé comment les professeurs d’éthique répondaient aux emails. Il a d’abord fait circuler un questionnaire parmi ses "cobayes" leur demandant de donner une note de 1 à10 à divers comportements, dont celui de répondre aux emails d’étudiants demandant des renseignements. Dans le même questionnaire, ils ont demandé aux professeurs combien d’entre eux répondaient effectivement à ces courriers électroniques.

83% des sujets ont répondu qu’il n’était pas moral d’ignorer les emails des étudiants, et 90% ont affirmé répondre à entre 90% et 100% des demandes.
Schwitzgebel s’est ensuite fait passer pour un étudiant débutant, et a envoyé un faux courrier à ces professeurs, leur demandant leurs horaires de cours. Là aussi, le taux de réponse a été édifiant : il n’est en rien supérieur à celui obtenu avec des groupes tests de philosophes non éthicistes ou de non philosophes, et très en dessous des réponses données dans le questionnaire.

Après s’être penché sur la grave question du rendu des livres et de la réponse aux emails, Schwitzgebel a poursuivi ses études en cherchant à examiner le comportement des éthicistes pendant la domination du nazisme. Hélas, il n’existe pas de statistiques des philosophes spécialisés dans ce domaine pendant les années 1930. Il s’est donc contenté de se demander, sur les philosophes de profession, combien avaient cédé aux sirènes du nazisme en s’impliquant activement (ce qui n’était pas obligatoire) dans ce mouvement. Après quelques corrections (éliminant de son sondage les enseignants qui ne pouvaient que s’opposer au pouvoir d’Hitler, comme les Juifs), les résultats sont aussi assez déprimants : le taux de professeurs de philosophie ayant embrassé le nazisme dans les années 1930-1940 n’est pas inférieur à celui des autres catégories professionnelles. Mais, petite lueur d’espoir la proportion des philosophes ayant activement résisté serait, elle, légèrement supérieure.



Par Patriciale 19 janvier 2011

Ethic et toc ...
Interessante analyse sur les donneurs de leçons en général ...

C’est bien pour cela que la connection entre le "dire" et le "faire" ne se fait pas.

Il faut étendre cette réflexion ...

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