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L’orgueil : en avoir ou pas

vendredi 23 novembre 2012, par Vanessa Postec

Quand Pierre Assouline écrit sur un journaliste qui espionne un espion, cela donne un roman vrai, vraiment bien ficelé.

Littérature. Georges Pâques, Normalien et haut-fonctionnaire français, fils d’artisans qui voulait ressembler à la grenouille qui voulait ressembler au bœuf et qui, in fine, fut condamné en 1963 pour espionnage au profit de l’URSS : ou comment faire d’un traître pour de vrai un héros de roman pour de bon. En enquêtant, dear Watson, en enquêtant. C’est là la tache que s’est assignée Pierre Assouline, ou son narrateur-journaliste, ce qui revient peut-être au même mais dont on se fiche bien, entre deux délibérations du Goncourt, la tenue de son blog et une foultitude d’activités dont l’énumération serait aussi fastidieuse qu’hors de propos.

Précisons d’emblée qu’Une question d’orgueil n’est pas une biographie –même si son auteur est par ailleurs un épatant biographe-, ou alors une biographie en creux, ou deux plutôt, celles de l’espion et de celui qui le traque. « N’empêche que, seul cette nuit sur le trottoir de ce square faiblement éclairé, alors que Paris entre dans sa nuit, j’espionne l’espion. Pas de quoi être fier.  » Autrement dit, Pierre Assouline ne s’intéresse pas vraiment aux « qui », « quoi », « où », non, son dada c’est le « comment ». A la rigueur le « pourquoi ». Comment un homme, et comment celui-ci en particulier a pu virer traître à son pays, lui le patriote ? Comment Georges Pâques, aux sympathies pas vraiment communistes a-t-il pu renseigner, des années durant, en pleine Guerre Froide, l’ennemi désigné ?

« Ce soir, j’ai l’esprit si barbouillé que j’en confondrais Spinoza et Hispano-Suiza. »

Ce n’était pas pour l’argent : il n’en a, à cette occasion, que bien peu gagné. A l’évidence pas plus pour des idées, des convictions, de celles qui vous font entrer en guerre ou braver les convenances : Georges Pâques était croyant, très ; bon père de famille ; joyeux compagnon pour ses condisciples de Normale ; littéraire ; plutôt bonhomme ; pas vraiment pro-américain. Et cela s’arrête là. Pas d’idéal, ou alors auto-centré. Donc ? Donc la réponse est dans le titre. La moins évidente mais la plus simple.

Que ceux qui ne goûtent pas les livres d’Histoire, et à peine plus les histoires d’espions, se rassurent : les romans vrais comme se plaisent à les appeler nos alliés trahis, font le plus souvent des livres de bonne compagnie. Ils seront en outre fort bien entourés, Pierre Assouline convoquant sans qu’apparemment ils s’y opposent Pascal, Giraudoux, Tsetaïeva, Wilde, Cartier-Bresson ou Michelet, le temps d’un aphorisme, d’une citation ou d’un emprunt. Même si certaines formules, parmi les meilleures, sont encore de lui : « Ce soir, j’ai l’esprit si barbouillé que j’en confondrais Spinoza et Hispano-Suiza.  » Quelques êtres chagrins, peut-être, s’étonneront de l’étrange collusion, sur la couverture, du titre de Pierre Assouline –de l’Académie Goncourt- et de celui de son roman, Une question d’orgueil. Bienheureusement, nous ne sommes pas de ceux-là.


Repères :

Une question d’orgueil, de Pierre Assouline, Ed. Gallimard (Paris), 272 p., 18,90€. Parution : 11 octobre 2012


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