Influenceurs Le dico Idéathèque Couveuse Panorama

L’université française gangrenée par le copier-coller

mercredi 2 février 2011, par Arnaud Vojinovic

Le phénomène du plagiat devient une véritable industrie chez les thésards et les directeurs de recherche.

JPEG - 18.5 ko
Jean-Noël Darde (© I.Santi)

Plusieurs affaires récentes de plagiats en milieu universitaire semblent démontrer une certaine passivité de la part de l’administration et des syndicats de l’université. Surtout, toutes ces affaires recensées par le site de Jean-Noël Darde, maître de conférences à Paris VIII, Archéologie du « copier-coller soulignent les défaillances du système de jury et de validation : que faire lorsque les travaux d’un plagiaire avéré ont été validés par un titre ? Le dos rond, semble-t-on répondre.

Au fur et à mesure que les affaires éclatent, le phénomène semble n’épargner aucune université. Liste non exhaustive : faculté de médecine d’Angers (plagiat d’un DEA de sociologie et d’une thèse de droit du même auteur pour l’écriture d’une thèse de médecine de santé publique), université de Picardie à Amiens (doctorat annulé d’un enseignant en art plastique qui reste malgré tout en poste), Lille 2 (radiation de l’ordre des avocats d’un doctorant pour sa thèse-plagiat), Nancy 2 (thèse-plagiat soutenue le 10 décembre 2007 avec des emprunts de quatre autres thèses et de nombreuses publications dont Wikipedia), Paris 8 (un étudiant reconnu comme plagiaire obtient les félicitations du jury), Rennes (un directeur de recherche en sociologie a plagié Edgar Morin), et last but not least, l’université de Polynésie française (la présidente de l’université elle-même).

Dans cette bataille d’experts dont les conséquences échappent au commun des mortels, Jean Noël Darde le reconnaît lui-même : « C’est d’abord un problème universitaire. Mais pour que l’institution réagisse, elle doit être au pied du mur. À cet égard, la mise sur la place publique de certains cas particulièrement scandaleux peut faire bouger les choses. »

C’est à l’occasion d’un jury de DEA, que Jean-Noël Darde s’est rendu compte de l’ampleur du phénomène. Le cas le plus exemplaire est celui de cet étudiant en sciences de la communication qui a soutenu un mémoire de DEA, ou plutôt un véritable assemblage de copier-coller à 95%. Bien que Darde ait demandé l’annulation du mémoire en mai 2006, la proposition a été rejetée par les responsables de ce diplôme de Paris VIII, car jugée « trop compliquée » à mettre en œuvre. Moins de trois mois après, l’étudiant obtiendra à l’issue de sa soutenance de thèse en juillet 2006, intitulée « Genèse et actualisation hypermédiatique de schémas d’architecture à partir d’un hypercube », là aussi plagiée à 95%, les félicitations du jury pourtant dûment informé des pratiques peu ragoûtantes du doctorant.

S’estimant calomniés par Jean-Noël Darde, le directeur du mémoire de DEA et directeur de la thèse, Patrick Curran, et le président du jury, Gilles Bernard, ont demandé la protection juridique de Paris VIII afin de pouvoir porter plainte pour diffamation, ce qu’ils n’ont pas encore fait au 2 février 2011.
Coïncidence ? L’administration de Paris VIII a donné la charge à Jean-Noël Darde d’un cours, « Vidéo et hypermedia », qui ne correspond en rien à son champ de compétence. Il est maître de conférences en sciences de l’information et de la communication et comme il le dit lui-même, en vidéo son « expertise se limite à ses films de vacances ». Il a refusé ce cours, et les étudiants attendent...

Cannibalisation et pompage chez les hiérarques de l’université

La hiérarchie universitaire n’est pas exempte non plus de cette délinquance intellectuelle. Ainsi à Rennes, le vice-président de la Commission nationale de l’université en charge de la sociologie (CNU 19), se retrouve lui aussi mêlé à une affaire de plagiat. En effet le professeur Aït Abdelmalek auteur d’un ouvrage sur la pensée complexe d’Edgar Morin, « Edgar Morin, sociologue de la complexité » aux éditions Apogée, a malencontreusement oublié sur une dizaine de pages (84 à 93), de mettre entre des guillemets les propos de Morin tiré du livre « La méthode. 5 L’humanité de l’humanité. L’identité humaine », publié au Seuil, quand il le citait, s’attribuant ainsi le texte du vénérable sociologue. Si Egdar Morin ni voit rien à redire et qu’Aït Abdelmalek ait agi sans penser à mal, la pratique ne peut que surprendre. Monsieur Aït Abdelmalek est directeur de recherche, vice-président du CNU 19, organisme qui a en charge l’évaluation des travaux de recherche, des nominations et des promotions ! De plus expert à l’Agence d’évaluation de la recherche de l’enseignement supérieur (AERES), on pourrait attendre de ce hiérarque un comportement exemplaire.

Bien d’autres mauvaises pratiques sont repérées dans l’université. Affaire très spectaculaire que celle de Louise Peltzer. Cette directrice de l’université de Polynésie française s’est appropriée, selon ses détracteurs, de nombreux passages d’un ouvrage, L’Atlas linguistique de la Polynésie, à paraître prochainement aux éditions de Gruyter Mouton, et sur lequel collaborait activement un chercheur spécialiste des langues océaniennes, Jean-Michel Charpentier. Or le chercheur du CNRS s’est rendu compte que Louise Peltzer tentait non seulement de s’approprier la propriété intellectuelle de l’ouvrage collectif mais de plus, avait plagié l’un de ses propres textes, à savoir une présentation de l’ouvrage qui était aussi une ébauche de l’introduction. L’universitaire argue de sa bonne foi. Pourtant, ses détracteurs ont découvert qu’elle était l’auteur d’un autre plagiat, encore plus spectaculaire, celui d’un ouvrage d’Umberto Eco, «  La Recherche de la langue parfaite dans la culture européenne » publié en 1993. L’affaire s’envenime en septembre 2010 suite à un mail anonyme envoyé à des journalistes. Un « Collectif pour la défense de la déontologie de la recherche à l’UPF » se forme et interpelle le ministère de la Recherche. Le collectif a envoyé à Louise Peltzer le 17 janvier dernier une lettre ouverte dont deux signataires sont des stars de l’université, Claude Hagège, le linguiste, ancien professeur au Collège de France, et Maurice Godelier, spécialiste des sociétés océaniennes, lui demandant de s’expliquer sur son travail scientifique.

Une incapacité à se remettre en cause

La difficulté réside dans le fait que si une thèse dont une partie est plagiée est tout de même validée par un jury, le titre ne peut qu’être difficilement remis en cause. En effet la validation entraîne le discrédit en série du plagiaire, mais également du directeur de la thèse ainsi que le jury qui l’a évalué, bref, tout le système.
Or, aujourd’hui, l’université française est incapable de se remettre en cause pour se protéger des indélicats et de cette délinquance intellectuelle en augmentation constante. Le ministère dans le cas de Louise Peltzer écarte l’éventualité d’une commission de discipline, laissant éventuellement à un quelconque plaignant de réclamer réparation auprès des tribunaux. Jean Noël Darde précise : « Ce qui est inquiétant dans ces affaires, ce sont finalement moins les plagiaires eux-mêmes que la facilité d’un système permettant de valider un plagiat. »

Le problème est tel à ce jour que deux professeurs de droits, Geneviève Koubi et Gilles Guglielmi ont mis en place au sein du CERSA (Laboratoire de recherche de Pantheon Assas) un séminaire au cours de 2010/2011 pour travailler sur le sujet : « Le plagiat de la recherche ». Ils ont réuni autour d’eux des universitaires frondeurs comme Jean-Noël Darde, Hélène Maurel-Indart (actuellement en procès contre Bernard Edelman spécialiste du droit intellectuel mais qui a eu l’indélicatesse d’emprunter 5 pages de son ouvrage à une thèse de Laurent Pfister) ou encore la Suisse Michelle Bergadaà. Les cinq séances du séminaire donneront matière à un colloque international sur le sujet en octobre 2011.


Repères :

A lire sur notre site :


le 2 juin 2012 : L’université française gangrenée par le copier-coller

Ci-dessous une déclaration sur l’honneur de non-plagiat, dans une université anglo-saxonne, utilisée pour tout devoir remis en contrôle continu et pour les thèses. Sanction : annulation de l’unité de valeur ou du diplôme, et possibilité de suspension ou de renvoi définitif.

Plagiarism Declaration
1. I know that plagiarism is wrong. Plagiarism is to use another’s work and pretend that it is one’s
own.
2. I have used the Oxford convention for citation and referencing. Each contribution to, and
quotation in this essay from the work(s) of other people has been acknowledged through
citation cited and referenced.
3. This essay is my own work.
4. I have not allowed, and will not allow, anyone to copy my work with the intention of passing it
off as his or her own work.
5. I have done the word processing and formatting of this assignment myself.
6. I have used a spell and grammar check with a UK language setting before submitting the essay.
7. I have double-checked all proper names and references.


Répondre a ce message
le 4 février 2011 : L’université française gangrenée par le copier-coller

La pratique anglo-saxonne est, dès le 3e année souvent, de faire signer aux étudiants une déclaration formelle de non plagiat pour tout travail effectué chez soi. Sous peine de renvoi ou d’annulation du crédit. Ou pire (plainte à la police pour violation des droits de la propriété intellectuelle). Dispositif accompagné de règles souvent très strictes s sur "à qui appartient" un travail d’étudiant, pour éviter le "pompage horizontal").
Cela dit comme les commerciaux qui nous gouvernent sont persuadés que les règles du monde de la finance, le "monde réel", doivent s’appliquer à l’intelligence (nommément le "retour sur investissement"), je trouve tout à fait normal que le vol, l’espionnage, le plagiat, sans quoi il n’y aurait ni de Recherche ni d’Innovation, soient étendus à l’éducation - et qu’on laisse la justice agir quand on se fait prendre.

- tion

Répondre a ce message
Poster un nouveau commentaire
Disponible en librairie ou sur notre boutique

Boutique
Nous ! | | CGU | Archives | Administration
Copyright © 2009 - 2016 Cicero| Tous droits réservés
La reproduction totale ou partielle sans permission est interdite.