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La France des Castrolâtres et des Poutinolâtres

dimanche 4 décembre 2016, par Philippe-Joseph Salazar

La castrolâtrie de gauche, version Mélenchon-Royal, a trouvé son écho dans la poutinolâtrie de droite, version Marine-Fillon.

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Deux hommes à poigne de fer et au verbe tranchant se sont invités dans la campagne électorale. Deux dictateurs pur sang. Deux grands Blancs qui détonent dans la diversité générale. Deux conciliabulateurs qui parlent au pape. Deux rusés tenaces qui donnent des extases aux chantres de la Révolution et de Radio-Albanie jadis, et aux affidés de la Manif pour tous et de l’alt-right américaine et de son magazine Radix – pesons le mot puisque désormais on applique le terme de “radicalité” au candidat official des Républicains : la radicalisation a soudain changé de camp.

Eh bien voici donc que deux politiciens à qui on ne la fait pas, qui liquident leurs opposants, croient dur comme fer que l’homme a été créé pour la femme, que les gosses doivent aller à l’école en uniforme, deux puissants chez eux qui ont eu à subir des sanctions américaines, deux hommes d’Etat qui ont osé mettre ou osent tenir en respect l’Oncle Sam, se sont invités dans la campagne électorale française – cette pauvre campagne en manque d’un père, d’un sauveur, d’un tutélaire, d’un modèle.

Il s’agit bien entendu de Fidel Castro et de Vladimir Poutine.

Désormais, les invoquer donne du sens à cette campagne étrange où les mots ne veulent plus rien dire : par exemple, les 15% de votants qui sont socialistes et qui ont voté dans cette primaire de droite sont des menteurs, car ils ont signé un pacte sur l’honneur de penser à droite. Leur parole ne vaut donc plus rien. Il faudrait leur interdire de voter désormais. Voilà pour la populace. Mais cette ruse minable est simplement le signe d’un tire-larigot général qui humilie le suffrage universel. Voici pour nos élites qui font de la politique depuis quarante ans et n’ont jamais travaillé une heure de leur vie mais donnent des leçons de vie à tout le monde : à côté de ces trafiquants populaires minables il y a les trafiquants de luxe – les politiciens et les intellectuels qui se rengorgent en disant « Castro ! » et « Poutine ».
La castrolâtrie de gauche, version Mélenchon-Royal, a trouvé son écho dans la poutinolâtrie de droite, version Marine-Fillon.

Bizarre comment la russolâtrie a passé de gauche à droite.

À droite on lit tous les jours des hommages à l’homme à poigne, à celui qui aurait été baptisé au biberon avant d’aller sucer le lait kagébiste, au brillant stratège géo-politique qui avance ses pions sur l’échiquier du monde. Pas un média de droite qui ne chante la louange du maître du Kremlin non pas « en soi », bien sûr car on est prudent depuis l’encensoir jadis balancé à M. Hitler, mais « pour nous » : c’est un modèle politique.

Bizarre comment la russolâtrie a passé de gauche à droite : un voyageur du Temps qui, en costume polyester 1967, surgirait face à un kiosque à journaux 2017 lirait les titres des mêmes journaux et des mêmes hebdo, et serait stupéfait de voir que la Russie reste un sujet d’adulation ; mais ce n’est plus Brejnev mais Poutine, et baste de L’Humanité il s’agit du Figaro. Le monde à l’envers ? Non le monde sur ses pieds quand, pauvre France, « mère des arts, des armes et des lois », nos politiciens regardent ailleurs au lieu de regarder en nous-mêmes.

Les poutinolâtres comme jadis les soviétolâtres refusent de voir la tyrannie, la force de la peur, et la corruption des âmes que l’URSS naguère et la Russie de nos jours ont érigé en système de domination. Peu importe ce qu’Andropov ou Poutine font à leur peuple : c’est véritablement leurs affaires. Mais que les poutinolâtres veuillent acclimater chez nous, enfants des Glières, de Valmy, de Rocroi, de Saint Jean d’Acre et des Champs Catalauniques, les leçons de ces tyrannies orientales défilant comme des robots au pas de l’oie, voilà qui est insupportable.

Que Poutine s’invite dans les discours de la droite invite quiconque est véritablement de droite, c’est-à-dire fils ou fille des Girondins de 1789, c’est-à-dire républicain, à voter à gauche.

Et justement à gauche on voit les castrolâtres encenser le dernier dictateur blanc d’Amérique du Sud.

À Cuba la musique n’a jamais adouci les mœurs. Allez relire Reinaldo Arenas, hommes et femmes de peu de lettres et de peu de cœur.

On nous rebat les oreilles de ses avancées sociales. Nous savons que ce sont des balivernes. Nous savons que Cuba exporte sa main d’œuvre, docteurs, infirmiers, employés de centre d’appels délocalisés à Fiji et ailleurs. Nous savons que pour avoir le plaisir d’être au soleil quand on vous laisse en liberté, et jouer de la musique cool, des milliers ont péri dans l’ombre glacée des geôles. À Cuba la musique n’a jamais adouci les mœurs. Allez relire Reinaldo Arenas, hommes et femmes de peu de lettres et de peu de cœur.

Et pourtant à gauche on célèbre le bourreau. Et ici, derechef, imaginez un voyageur du Temps, en tenue bleue sombre 1937, se retrouvant sur le trottoir de Paris, devant le même kiosque à Montparnasse : il se raidit, ah quelle douleur, le lider maximo Castro est mort. Heil ! « Führer, lider » ? Même mot. Même idée. Même écrasement. Indigne de nous, successeurs presque illettrés de la Rome des dieux et du droit, et de saint Martin de Tours. Castrisme, phase ultime et paradoxale des fascismes 1930 dont avec le péronisme il est directement issu, y compris le béret, dernier exemple du national-socialisme sud-américain.

Que tirer comme leçon de la poutinolâtrie et de la castrolâtrie ? Que notre discours national est désemparé.

Tout de même, en France, nous avons la Terreur : à quoi bon, dans la surenchère aux fausses références, aller chercher ailleurs.
Que tirer comme leçon de la poutinolâtrie et de la castrolâtrie ? Que notre discours national est désemparé. Que notre capacité à plonger dans notre propre histoire politique, variée, glorieuse, riche par sa violence et sa douceur aussi, pour y faire revivre nos consciences et parler juste, s’est dérobée sous nos pieds. Et que nos politiciens, car aucun ne mérite d’être nommé homme d’Etat, aucun et surtout pas ceux qui ont passé leur vie à « faire de la politique » pour rater la marche encore et encore (aucun nom, par pitié pour ces invalides du pouvoir), sont coupables de perpétuer ce désenchantement en fabriquant un enchantement fallacieux, et de projeter, à coups de discours pompeux et mensongers, des horizons étrangers à ce que nous sommes.

On en vient presque à regretter Robespierre.


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