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La France et l’Allemagne dans tout leur Etat

mardi 5 février 2013, par Christian Harbulot

L’amitié franco-allemande ? Derrière les poignées de mains, une forte contradiction

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Le cinquantenaire des amitiés franco-allemandes est devenu un non évènement. Après de multiples tentatives pour rapprocher les deux pays (traité, concertations gouvernementales régulières, création d’une brigade franco-allemande, échanges scolaires durant plusieurs décennies, politique de jumelages) la relation s’est progressivement réduite à des rencontres de sherpas. Derrière les poignées de main, se profilent des contradictions dont la récurrence pourrait être inquiétante. L’Allemagne reconstruit sa puissance continentale à l’abri d’une image pacifiste pendant que la France légitime l’utilité de son ancrage au continent africain. Les voies des deux pays ne semblent converger ponctuellement que lors des réunions de conciliation européenne à Bruxelles. Mais le doute demeure sur le reste, en particulier si l’Europe s’enlise.

Si la polémique suscitée par Emmanuel Todd lors d’une récente émission télévisée est restée très marginale, le refus de Berlin d’envoyer des troupes épauler l’armée française dans son intervention au Mali n’est pas passé inaperçu. L’ambigüité de la relation entre les deux pays se manifeste aussi dans des dossiers secondaires qui n’en demeurent pas moins symboliques.

La France et l’Allemagne ont, pour des raisons différentes, à surmonter un déficit de puissance que l’Union Européenne ne comble pas

Le 27 décembre 2012, le quotidien Les Echos fait état du blocage, par le gouvernement allemand, de la livraison de châssis Mercedes aux industriels de l’armement français Nexter et Lohr. Ces châssis sont nécessaires à l’assemblage de 350 blindés à destination de l’Arabie-Saoudite (plusieurs centaines de millions d’EUR). Que s’est-il passé pour que l’Allemagne fasse soudainement valoir son droit de véto sur ces deux contrats ? La raison invoquée par les autorités allemandes est de ne pas vouloir participer à la fourniture d’armes à un pays non démocratique. Le doute demeure quant au bienfondé de cette raison, surtout lorsque l’on sait que l’Allemagne est en pleine tourmente médiatique quant à la vente de 270 exemplaires de son char Léopard 2 A7+ (conçu aussi pour le combat asymétrique, de type guerre civile/répression d’insurrections) à… l’Arabie Saoudite. L’Allemagne a fourni dans le passé des armes à des pays dont le caractère démocratique est loin de faire l’unanimité (Lybie, Egypte, Algérie).

Force est de constater que, contrairement à ce que plaide régulièrement le politologue Bertrand Badie, les dynamiques de puissance n’ont pas été effacées des tablettes de l’Histoire. La fragilisation économique du monde occidental fait renaître des interrogations évacuées à la suite de l’engouement pour le mythe du village planétaire. La France et l’Allemagne ont, pour des raisons différentes, à surmonter un déficit de puissance que l’Union Européenne ne comble pas, compte tenu de ses limites objectives. C’est de cette incertitude que s’ouvre aujourd’hui des deux côtés du Rhin une marge de manœuvre de real politik qui n’a rien de postmoderne.


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