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La bande dessinée mérite un (vrai) Débat

mercredi 7 juin 2017, par Emmanuel Lemieux

Le Débat n°195, Le sacre de la bande dessinée, mai-août 2017, Paris, Gallimard, 208 p., 20 €.

Culture. « Le sacre de la bande dessinée » titre la revue Le Débat pour son numéro estival et qui du coup la consacre elle-aussi. Piloté et influencé par Benoît Mouchart (directeur éditorial de Casterman, red-chef de la revue Pandora,biographe d’Hergé et EP Jacobs, et directeur artistique durant une décennie du Festival international de bande dessinée d’Angoulême ), ce numéro comporte un casting de contributeurs prestigieux, mais ce n’est pas leur faire injure, tellement convenus, si ce n’est ressassés par les médias paresseux tout le long de l’année, y compris les bisextiles : Pierre Assouline, Pascal Ory, Jean-Pierre Mercier, Thierry Groensteen [1] ou encore Benoît Peeters. D’où le sentiment général d’un travail collectif amidonné et vernis par une institutionnalisation inutile évacuant justement tout débat. Une forme de sécurisation intellectuelle, au cas où le lectorat habituel de la revue paniquerait devant quelques amas de bulles. Édifiant de cette démarche : un billet de Jean-Marie Le Clézio, Nobel de littérature, nourri entre autres aux Farces de monsieur Lambique ou encore à la série Cori, qui résonne comme l’autorisation de lire de la bande dessinée. On a connu un Marcel Gauchet beaucoup plus libre et iconoclaste dans ses choix éditoriaux.

Une forme de sécurisation intellectuelle, au cas où le lectorat habituel de la revue paniquerait devant quelques amas de bulles, verrouille le débat.

Certes la sociologue Nathalie Heinrich et le journaliste et professeur d’histoire de l’art contemporain Philippe Dagen ouvrent le bal avec des angles un peu neufs et inventifs : « l’artification » de la bande dessinée pour la première, les échanges (ou les illusions entretenues) entre ledit neuvième art et l’art contemporain pour le second. Mais rapidement le sérail referme le couvercle. Notamment avec un article scandaleux signé Benoit Mouchart qui tient plus de l’info-com que de l’analyse distanciée sur le Salon de la BD d’Angoulême, où il ne serait question de s’appesantir sur ses crises et ses dérives.
Fabrice Piault, red-chef de Livres Hebdo , est une fois de plus sollicité pour dresser le panorama de la vente de bandes dessinées. Un petit geste rebelle : cette fois ce n’est pas Bilal qui incarne le bédéaste artiste à travers une interview obligatoire, mais Tardi qui fait du Tardi. La sempiternelle tintinophilie mobilise les concepts de naphtaline du philosophe Jean-Luc Marion et de l’écrivain Rémi Brague.

De ce corpus de textes empesés, émergent malgré tout de belles fulgurances. Le spécialiste du Japon, Jean-Marie Bouissou, fait un point utile sur le manga et son impact culturel en France. On savait Hubert Védrine, amateur, et il aime bien. Cécile Gonçalves se montre persuasive dans ses emballements également. Tout comme le jeune écrivain, philosophe et dessinateur Tristan Garcia qui a écrit un beau texte, entreprenant une réflexion sur « cet art des images et des âges ».
Les années soixante du siècle dernier qui virent Alain Resnais, Edgar Morin et Francis Lacassin créer l’association des amis de la bande dessinée nous paraissent en comparaison, intellectuellement bien plus riches, foisonnantes et tohu-bohuantes. Tout comme nous paraît excitante la perspective de relance par le critique Vincent Bernière de la mythologique revue Les Cahiers de la bande dessinée en septembre prochain.


[1L’historien de la BD a fêté ses 60 ans par un don de ses archives précieuses à la bibliothèque de la Cité internationale de la bande dessinée (Oubapo, Töpffer, Chris Ware).


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