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La bosse des maths contre les mandarins

lundi 1er novembre 2010

Selon Terra Nova, les excellentes performances des mathématiciens français s’expliquent, en partie, parce que leur système de recrutement échappe au clientélisme universitaire.

Pourquoi des Médailles Fields et autres couronnements internationaux de prestige pour les mathématiciens français ? Parce qu’ils ne sont pas englués dans le système U. "Les mœurs universitaires sont loin d’être au dessus de tout soupçon ; mandarinat traditionnel et un certain syndicalisme dévoyé se sont très bien entendus depuis 50 ans pour cautionner des formes de népotisme, notamment le recrutement local (c’est-à-dire le recrutement ou la promotion de personnes issus du même laboratoire) . En mathématiques, les pratiques sont radicalement autres. Le recrutement local est très rare. Le mérite scientifique est, peu ou prou, l’argument principal. "

Dans une note publiée sur le site de l’association Terra Nova, un professeur de mathématiques, Martin Andler, explique ainsi en partie les performances des mathématiciens français. Gageons que si un think tank proche de l’UMP avait tenu les mêmes arguments, la réception de l’analyse n’aurait pas été la même... Résultat remarquable de ce système qui favorise échanges et novations : des professeurs d’université recrutés peuvent être âgés de 30, 35 ans, et se trouvent disséminés un peu partout dans les universités françaises. Même porosité pour les enseignants-chercheurs étrangers souvent de grande qualité.

Echec des maths dans l’enseignement secondaire

Bien d’autres facteurs ont créé un système propice aux mathématiciens en France. D’une part, la répartition des chercheurs de premier plan n’est pas hyper-concentrée à quelques centres de premier plan. "Ainsi, les invités français au Congrès international 2010 proviennent de 15 laboratoires différents, qui ne seraient pas tous dans une liste réduite de « laboratoires d’excellence ». Il y a en France des dizaines de centres de mathématiques qui ne dépareraient pas dans des bonnes ou très bonnes universités américaines. Limiter le soutien à la recherche à un petit nombre de laboratoires d’excellence serait néfaste.", explique l’auteur de la note. " D’ailleurs, avec l’appui unanime de la communauté mathématique, la direction scientifique du CNRS pour les mathématiques avait, il y a trois ans, refusé de se plier au mot d’ordre venu d’en haut d’exclure du CNRS 50% des unités mixtes CNRS-Universités."
Mieux, la tradition et la transmission se trouvent ainsi assurées, grâce à des chercheurs de pointe.

Reste que cette démocratisation paradoxalement n’est pas à l’oeuvre dans l’enseignement secondaire. L’échec scolaire est très important en la matière, et la formation des bons élèves en quantité insuffisante.
"Quant à nos tout meilleurs lycéens, ils sont loin du meilleur niveau international" souligne Martin Andler. " Le rattrapage se fait plus tard. C’est dans les classes préparatoires que les futurs mathématiciens se mettent au niveau en mathématiques, pour être ensuite formés à la recherche dans les ENS, à Polytechnique et dans les universités, grâce à une coopération exemplaire entre les différents acteurs."

Autre singularité : les facteurs du succès des mathématiques semblent ne pas être transposables aux autres disciplines. "Parce que leur caractère expérimental impose des modes d’organisation plus complexes." avance l’expert de Terra Nova.

Quels effets ont produit les réformes de la recherche et de l’enseignement supérieur depuis 2006 sur les succès des mathématiciens français ? Pour l’instant, elles n’ont pas vraiment boosté la discipline.


Repères :

Pour en savoir plus :

www.tnova.fr/note/math-matiques-fran-aises-les-le-ons-dun-succ-s


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