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La confusion des genres

mardi 30 mars 2010, par Arnaud Vojinovic

L’homosexualité et la transsexualité ne sont pas à proprement parlé des notions tabous en Corée du Sud, pourtant, dans une société fortement marquée par l’hétérosexualité, il est de l’ordre de l’impossible de vivre une sexualité différente au grand jour. Ces hommes et femmes font clairement partie des minorités sexuelles du pays et à ce titre souffrent d’une discrimination aussi bien dans le monde de l’entreprise que dans la société en générale.

Des femmes au corps de rêve

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Mix-Trans Form

L’exposition photo du photographe Yun Jey-yuk, Mix-Trans Form, qui s’est tenue à Séoul du 17 au 28 février dans un club de travestis mettaient en scène Harisu et 16 autres travestis en maillot deux pièces ou pour certains clichés les seins nus ; exposition interdite au moins de 18 ans et déconseillée aux personnes âgées. Il a fallu la renommée internationale de la chanteuse, qu’elle a gagnée en partie suite à son apparition dans un spot publicitaire ventant des protections féminines, de Harisu pour que les médias s’intéressent à l’exposition et donc aux problèmes rencontrés par les transsexuels en Corée. Du fait de la personnalité d’Harisu, l’expo fut vite taxée d"événement commercial dont le but était de faire la promotion du club ; le message politique s’en est trouvé dilué.

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En mai 2007, Harisu se marie avec Micky Jung avec qui elle est depuis deux ans.

Si la publicité a su vite s’emparer de ses icônes au corps de rêve ce n’est pas le cas pour tous et toutes. Le photographe Yun Jey-yuk qui se retrouve ainsi le porte parole de la communauté le temps de l’exposition précise : « Les préjugés et la discrimination interdisent aux transgenres d’être protéger d’un point de vue juridique, occupant des emplois dont personne ne veut dans des situations hors de la légalité. »

En effet les transsexuels sont une communauté fragilisée. Travaillant la plupart du temps dans l’illégalité, touchant des salaires très bas, ils se retrouvent à effectuer les travaux les plus ingrats et ne peuvent faire valoir leur droit. Tant qu’un transgenre n’a pas subit l’opération chirurgicale qui lui fera changer de sexe, il ne pourra pas fournir de papiers d’identité en règle lors de son entretien d’embauche. La chirurgie a un coût non négligeable et sans chirurgie changer de sexe, d’un point de vue juridique, est impossible. Les plus chanceux conquièrent l’espace publique en devenant modèle ou se produisent dans des cabarets.

Une communauté invisible

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Paticipant du Korea Queer Culture Festival

Au pays du matin calme, il n’existe pas de communauté gay véritablement visible. Pourtant l’homosexualité n’est pas un crime. En droit coréen elle ne figure dans aucun texte de loi. Mais l’homosexualité remet en cause les fondements d’une société fortement patriarcale. Elle est par nature un comportement tellement inavouable que la loi n’a jamais eu à y référer, ni un juge à traiter une affaire. Bien que les coming out restent très rares et souvent le fait de stars, il existe des lois protégeant les homosexuels. Séoul accueille depuis une dizaine d’année un festival gay - le Queer Culture Festival - et aussi un festival des films gays.

L’activisme des associations a permis de soutenir le développement des bars gay et surtout de faire retirer de la loi pour la protection de la jeunesse toute mention à l’homosexualité qui un temps (de 2001 à 2003) fut classé dans la catégorie « obscénité et perversité ». L’enjeu était la mise en place d’un filtrage pour les sites internet dans le cadre de la protection de l’enfance. La bataille gagnée d’internet fut, tout en semblant anecdotique, une grande victoire pour les homosexuels. Elle est à l’origine de l’émergence d’une véritable culture gay. Cette cyber-communauté s’est structurée et permet aux gens de se rencontrer et de développer des activités entre ses membres.

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3xFTM est un documentaire. Il est à ce jour le seul film coréen traitant de l’identité transgenre. FTM est l’acronyme de Female To Male qui qualifie les femmes devenant homme.

Si les choses ont évolué, les préjugés persistent et toute la lourdeur de la société confucianiste pèse sur le monde du travail qui est devenu le véritable révélateur de la discrimination. Dans le cas où l’orientation sexuelle serait connue, le salarié sera poussé fermement vers la sortie. On cache. Et vos collègues s’étonnent que vous ne soyez pas encore marié ou que vous n’évoquiez jamais le fait que vous êtes amoureux. De même un homme non marié est en quelque sorte quelqu’un de suspect et verra donc rapidement sa carrière tournée au ralenti, augmentations et promotions étant de préférence réservés aux gens mariés.

Selon l’association Solidarité Droits de l’Homme pour les LGBT, les banques ne sont pas en reste puisqu’une personne seule devra donner des garanties financières supérieures par rapport à un couple. De même si vous vivez en couple, votre conjoint ne pourra bénéficier de votre couverture sociale ou d’une assurance décès car ce type d’assurance ne couvre que des familles « normales ». Il en est de même pour des avantages qu’une entreprise accorde à des conjoints mariés mais qui n’englobe pas les couples homosexuels.

Vivre dans la peur d’être démasqué sans pour autant être protégé par la loi est le facteur de stress dont se plaignent tous les homosexuels quand ils acceptent, sous des pseudos pour conserver leur anonymat, de témoigner.

Il est difficile de se libérer du carcan d’une société fortement hétérosexuelle où toutes les grandes étapes de la vie d’un individu sont dictées par les relations avec la famille. Impossibilité de vivre en couple et risque de perdre son emploi si votre homosexualité venait à être découverte poussent beaucoup d’entre eux s’ils le peuvent à s’expatrier afin de vivre leur sexualité sans sentir sur eux le poids d’une société qui réprouve et une famille qui ne peut tolérer.

Internet a eu pour avantage de structurer et de rassembler ces individus, les sortant de leur isolement. Mais comme toujours la médaille a un revers car cette facilité accordée par le web a empêché l’éclosion des grands combats qui auraient pu leur assurer de gagner une place dans l’espace publique. Au contraire communauté invisible, elle est donc jugée peu nombreuse et donc négligeable comme malheureusement c’est le cas dans beaucoup d’autres pays en Asie.

Une société qui évolue vite

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Le film Friends ? interdit au moins de 18 ans pour un baiser dans les rues de Séoul.

Au demeurant la société coréenne évolue très vite. Si en juin 2009 Friends ?, le dernier film de Kim Jo [1] Gwang-soo - un réalisateur gay activiste - a été interdit au moins de 18 ans car deux garçons s’embrassent en plein Séoul. A l’inverse Kim Soo-hyun, une scénariste de Drama [2] adulée par le public, vient de donner naissance à une pépite : « La vie est belle » (인생은 아름다워) dont la diffusion a commencé en mars [3].

Kim Soo-hyun est une scénariste de 68 ans très appréciée par les téléspectateurs coréens. Elle excelle dans les sujets touchant la famille et s’intéresse plus particulièrement aux relations que tissent les individus entre eux. « La vie est belle » met en scène une famille recomposée (ce qui en soi est déjà une première) dont le fils ainé de la famille issu du premier mariage est gay. Médecin âgé de 30 ans, le fils gay est un beau parti à marier mais il n’a pas de fiancée ; le premier épisode débute sur sa rupture avec sa petite amie, il lui annonce qu’il est gay. La subtilité de la scénariste Kim Soo-hyun est de jouer sur la famille recomposée et de s’appuyer sur une belle mère qui a des sentiments et éprouve du respect pour ce fils ainé qui n’est pas le sien, la notion du devoir filial en est éclipsée.

C’est la première fois qu’une série TV met en scène un gay dans ce qu’il est et non dans le rôle de la folle de service n’ayant qu’une fonction comique. Le public semble pour l’instant bien recevoir la série. Une première forme de reconnaissance pour une communauté qui n’a pas su remettre en cause les préjugés car elle demeure trop peu visible au sein de la société coréenne.


[1Le nom de famille est en lui même une revendication « progressiste » puisqu’il associe le nom du père et de la mère où normalement seul le nom du père est pris comme patronyme

[2des mini-séries de 16 ou 24 épisodes de 1h30 chacun soit deux mois de diffusion pour une série. Le lundi et le mardi sont réservés aux drama historiques. Le mercredi et le jeudi sont plutôt dévolus à des comédies romantiques.

[3« La vie est belle » est diffusée le week-end. La série est composée de 48 épisodes donc 6 mois de diffusion


le 4 avril 2010 : La confusion des genres

allécheant !


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