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La connaissance devient un enjeu stratégique aux Etats-Unis

mardi 14 mai 2013, par Christian Harbulot

Il a fallu plusieurs décennies aux élites de Washington pour prendre la mesure de l’affrontement cognitif avec le bloc de l’Est

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Un rapport sur la stratégie américaine dans l’économie de la connaissance (publié récemment sur le site infoguerre) aborde un des terrains les moins balisés des stratégies de puissance. Ce travail retrace la manière dont les Etats-Unis ont construit un cadre de réflexion qui aboutit à une stratégie de suprématie dans un domaine que la France a dominé à l’époque du siècle des Lumières.
Plus qu’un fil conducteur, ce rapport a le mérite de donner une grille de lecture sur la volonté américaine d’occuper les terrains bien particuliers de l’éducation au sens très large du terme (incluant la recherche et la culture). Contrairement aux apparences qui consistent à tout ramener à une vision commerciale ou purement créative, le point de départ des initiatives américaines est né de la confrontation idéologique avec l’Union soviétique. Il a fallu plusieurs décennies aux élites de Washington pour prendre la mesure de l’affrontement cognitif avec le bloc de l’Est. La lutte contre la pénétration subversive du monde occidental a servi de prétexte par la suite à une ambition géopolitique, économique et culturelle.

L’Histoire de cette conquête du monde reste encore à écrire car elle se fait par étapes sur plusieurs « fronts » différents : la bataille des idées (les débats intellectuels), la bataille du savoir (les défis sur la connaissance scientifique), la bataille commerciale (édition, système éducatif).
La force des Etats-Unis est d’avoir matérialisé ce type d’affrontement en enjeux économiques planétaires. Autrement dit, le financement et la captation de la créativité intérieure et extérieure s’est traduite par un processus de consolidation « des capacités nationales de production et d’échange de savoir à travers la promotion de la recherche, des dépôts de brevets et des liens entreprises-universités ». A partir des années 80, cette dynamique industrielle s’est enrichie d’un réseau régional de clusters issu du dialogue croisé entre les instances fédérales, les grandes universités et des firmes multinationales.

Le deuxième bras de levier est venu du monde capitaliste. A la fin des années 70, la relance des économies européennes et japonaise obligea les Etats-Unis à définir un autre type de légitimité de puissance cognitive en dehors du cadre restrictif de la confrontation idéologique avec l’URSS. C’est la doctrine Clinton de 1993 présentée sous le vocable neutre de National Information Infrastructure program. La manœuvre est habile car elle masque le désir de conquête par le désir de protéger les entreprises américaines de la concurrence déloyale étrangère. Un tel catalyseur de l’innovation technologique dopée par l’investissement privé doit trouver des débouchés hors du marché américain. Il en résulte une convergence d’intérêts entre les objectifs des firmes et les besoins géopolitiques des administrations américaines successives. L’économie de la connaissance est ainsi devenue en moins d’un demi-siècle l’habillage indolore de la matrice du soft power made in USA.


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