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La connaissance en péril ?

mercredi 11 décembre 2013, par Christian Harbulot

Malgré le gisement cognitif d’Internet, la culture générale des étudiants se dégrade de manière significative. Et voici pourquoi

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France Inter fête ses 50 ans d’existence. Stephane Paoli a consacré son émission 3D du dimanche 8 décembre à cet évènement en invitant des jeunes journalistes et des étudiants à parler de la radio de demain. Dans mes cours d’intelligence économique, il m’arrive de vérifier le pourcentage d’étudiants qui écoute la radio. Le résultat tombe comme un couperet. Cette année, sur mes 63 étudiants de la formation initiale de l’EGE, cinq étudiants seulement écoutaient régulièrement la matinale avant d’intégrer l’EGE. J’ai refait le test auprès de mes étudiants du master SMIB de l’ESSEC et le résultat est proportionnellement le même. Je ne suis pas sûr que ce soient des exceptions qui confirment la règle.

Les courbes d’audience relevées régulièrement ne montrent pas le désintérêt d’une partie du public des nouvelles classes d’âge pour ce type de média. Pour les inciter à reconsidérer leur position, je suis obligé de leur expliquer ce que signifie « travailler l’oreille » par rapport à l’information. Dans les métiers de l’intelligence économique, l’écoute des autres est essentielle. Une partie de l’activité porte sur les affrontements d’ordre polémique qui affectent de plus en plus la vie des entreprises. A titre d’exemple, la radio est un outil très précieux pour entraîner un étudiant à la pratique de la polémique verbale et écrite.

La simplification apparente d’accès à l’information par Google est un des multiples pièges dans lesquels tombent aujourd‘hui les consommateurs des nouvelles technologies.

La formule de Mac Luhan comme quoi le message, c’est le médium, est une nouvelle fois en train de se vérifier : la nouvelle génération se polarise sur l’usage d’Internet. La désaffection s’accroit à l’égard de la presse écrite, de la radio et la télévision mais aussi des bibliothèques et des centres de documentation. Ce changement d’attitude n’est pas sans conséquences. La culture générale des étudiants se dégrade de manière significative. L’immense gisement cognitif auquel Internet leur donne accès, ne compense pas cette baisse tendancielle de l’attrait pour la connaissance. La simplification apparente d’accès à l’information par Google est un des multiples pièges dans lesquels tombent aujourd‘hui les consommateurs des nouvelles technologies.
Contrairement aux apparences, cette tendance culturelle n’est pas inévitable. La pédagogie est un instrument incontournable pour faire comprendre aux étudiants l’utilité des différents médias. Le moyen le plus simple pour habituer (certains diraient contraindre) les étudiants à chercher efficacement la connaissance, est l’exercice individuel ou collectif. Cette gymnastique intellectuelle est le chemin contraire emprunté par les initiateurs de MOOCs. L’enseignant ne se met pas en scène. Il doit être en prise directe avec l’action de recherche et d’analyse pour aboutir à une production de connaissances pertinente.

L’éducation nationale porte une part de responsabilité dans cette dégradation. Si on ne veut pas s’aligner sur le processus d’appauvrissement du modèle éducatif américain, il semble indispensable de donner, dès le lycée, aux jeunes les bases d’une culture générale sur la société de l’information.


Repères :

Retrouvez Christian Harbulot sur www.ege.fr


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