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La démission de l’Union Européenne sur le numérique

mercredi 29 janvier 2014, par Christian Harbulot

Comment l’Europe laisse le champ libre à ses concurrents et déserte un secteur stratégique

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Une fois de plus, j’ai envie de donner la parole à des étudiants. Il s’agit de professionnels (cf. note 1) d’une formation continue de l’EGE qui ont finalisé une étude sur la France et l’économie numérique. La Commission européenne a confirmé, lors de la conférence ICT qui s’est tenue début novembre 2013 à Vilnius, l’abandon de son soutien à la préservation numérique dans le domaine de l’héritage culturel, en tant que discipline autonome. Cette position aura probablement pour conséquence de fragiliser une stratégie de développement cohérente qui commençait à émerger dans ce domaine au niveau européen.

Dans ce contexte, la Commission laisse le champ libre à ses concurrents, Etats-Unis en tête, mais également Chine et Inde, pour occuper le terrain vacant. Cependant, elle transfère également, par cette décision, aux Etats membres la responsabilité et la liberté d’agir sur ce domaine stratégique. Ainsi la France, qui dispose d’atouts particulièrement forts dans ce domaine comme nous l’avons vu, devrait se montrer audacieuse pour proposer une offre de préservation numérique innovante, aussi bien d’un point de vue technique qu’économique.

La France dans le piège du concept de "dématérialisation"

Afin de reconquérir une position économique de premier ordre dans le numérique, la France pourrait envisager une stratégie combinant la préservation numérique aux offres de Cloud souverain. Par ce biais, la France disposerait d’une offre différenciée à même d’intéresser et de fidéliser des clients au-delà des frontières nationales.
Mais au-delà des aspects techniques et marketing de l’offre, la réussite d’une telle stratégie implique que la France se fasse à l’idée d’être dans une guerre économique et accepte d’utiliser l’ensemble de ses moyens publics et privés, afin de saisir sa chance et chaque opportunité pour imposer son modèle alternatif du numérique.
Le modèle économique français du numérique ne doit pas, par ailleurs, se laisser leurrer par le concept de « dématérialisation ».

En effet, ce terme, qui correspond au terme anglais « paperless », est un outil efficace pour influencer les décisionnels français dans leurs choix stratégiques de gestion de l’information. Il sous-tend une apparente absence de coût, une pérennité infinie, et une neutralité de forme, toutes propriétés qui sont fausses dans la réalité du transfert vers des supports numériques bien matériels, condamnés à un rafraîchissement et à une migration perpétuels, dans un monde numérique voué à l’obsolescence programmée, à l’opposé de l’idéal présenté. L’enjeu majeur pour la France dans le numérique consiste à se libérer des règles qui lui ont été imposés artificiellement et à « proposer des solutions intuitives centrées sur les usages plus que sur les technologies » (cf. note 2).


Repères :

1- Erwan Bizien, Jérôme Burri, Jean-Philippe Eglinger, Olivier Peugnet, Sonia Séfi, "Réussir le passage d’une société française de la mémoire à une société du savoir et de l’innovation", Ecole de Guerre Economique, novembre 2013.
2- Ministère de l’économie, des finances et de l’industrie, Technologies clés 2015, mars 2011, p. 70.

Retrouvez Christian Harbulot sur www.ege.fr


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