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La fin des anthropologues en kaki

mercredi 17 novembre 2010, par Emmanuel Lemieux

L’armée américaine a renoncé à l’utilisation d’anthropologues en Irak et en Afghanistan. Les chercheurs français accepteraient-ils de travailler avec les soldats français à Kaboul ?

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Objectif : "Anthropologiser les militaires" (Source : La Dépêche)

Cibler la psychologie de l’adversaire et de ses alliés. Comprendre le contexte. Cerner les mentalités. "Culturaliser" les cibles. En catimini à la fin du mois de juin 2010, l’armée américaine a stoppé son expérience d’anthropologues et de médiateurs culturels accompagnant ses troupes sur les théâtres afghan et irakien. Ces "Humain Terrain Team" faisaient partie d’un programme expérimental du Pentagone mis en place dès octobre 2007 dans 6 unités américaines en Irak. L’avenir de ce programme HTS (pour Humain Terrain System) semble scellé. Lancé en 2006, il prévoyait un budget ambitieux de 100 millions de dollars par an. Violemment critiqué par la communauté scientifique américaine quant à son éthique et sa contradiction fondamentale avec la recherche de terrain, le HTS aura également accumulé les bourdes et les bavures. Censés aider à la compréhension interculturelle et faciliter le décryptage des relations tribales, des assistants ont été tués, un a été kidnappé et un autre a tué un civil afghan. Le Congrès a demandé une réévaluation de ce projet.

Recensés en France dès 2008 par l’anthropologue Julien Bonhomme, ces "embedded anthropologist", comme il les nomme dans un article très soigné du site la vie des idées, auront donc fait long feu.
La société BAE Systems était chargée de recruter ces chercheurs en kaki.
_ « Le Human Terrain System est un nouveau programme de l’armée, conçu pour améliorer la capacité des militaires à comprendre l’environnement socioculturel en Irak et en Afghanistan, précisait l’offre d’emploi. La connaissance des populations locales permet aux militaires de planifier et accomplir leur mission plus efficacement et de recourir moins souvent à la force.  » Le financement du Congrès prévoyait des Humain Terrain Team pour les 26 unités sur-place en Irak et en Afghanistan.

"Ethnographic intelligence"

Chaque Human Terrain Team était composée d’un anthropologue, d’un spécialiste de la langue locale, ainsi que de briscards à la retraite, le plus souvent possible d’anciens membres du renseignement. A noter que ces anthropologues embarqués recevaient un entraînement militaire et, une fois sur le terrain, portaient l’uniforme et une arme. Leur mission : une bonne connaissance du "terrain humain", soit du "renseignement ethnographique" (ethnographic intelligence), une alliance du renseignement militaire et de l’ethnographie de terrain. Le principal promoteur du programme s’appelle Montgomery McFate, une anthropologue de Yale. Elle milite elle pour la participation de la discipline à la chose militaire. Spécialiste et auteur d’un manuel de contre-insurrection, elle souhaite "anthropologiser les militaires", et non l’inverse. Cette expérience d’anthropologues embarqués devait participer de la guerre psychologique que connaissent toutes les guerres modernes et qui, de Berlin à Bagdad, en passant par les contre-insurrections en Amérique latine, ont mobilisé psychologues et chercheurs en sciences humaines et sociales auprès des militaires.

"Les Américains se sont toujours appuyés sur les sciences humaines pour faire la guerre. Ainsi, "Le sabre et le chrysanthème" (1946) de l’anthropologue Ruth Benedict, sur la mentalité japonaise et le rôle crucial de l’empereur, a profondément influencé les militaires et le pouvoir politique", rappelle Jean-François Daguzan, maître de recherches à la Fondation pour la recherche stratégique.
Pourrait-il y avoir la même expérience française à Kaboul ? Commentant la fin de l’ expérience HTS, Julien Bonhomme estime "à sa connaissance" que ce type d’expérience où l’on embarque ainsi des fournées de chercheurs en sciences humaines et sociales n’existe pas en France. Même avis de Jean-François Daguzan.

Guerre psychologique à la française

"Le renseignement humain est une spécialité de l’armée française, elle est nécessaire lorsqu’il faut sécuriser une zone, ou tenir un territoire", explicite le maître de recherche. La France est un pays qui a également théorisé la contre-insurrection (counter-insurgency) durant les guerres d’Indochine et surtout d’Algérie, notamment à travers une doctrine de guerre psychologique mise au point par le colonel Charles Lacheroy. Le manuel de ce militaire à la fibre mystique et de ses affidés, intitulé "Instruction provisoire sur l’emploi de l’arme psychologique" ou TTA 117 est promulgué par l’Etat-major le 29 juillet 1957. Las, ses principaux théoriciens ont versé par la suite dans les troupes de l’OAS, et à l’indépendance de l’Algérie, De Gaulle méfiant a préféré que l’on oublie toutes ces théories et le TTA 117. Le souhait américain d’"anthropologiser" ses militaires a un savoir-faire français. "Une bonne partie du savoir anthropologique et culturel sur les pays d’Afrique et du Maghreb d’aujourd’hui a été d’abord constituée par l’armée française durant la colonisation. La plus vieille revue française sur le Maghreb, Maghreb Machreck, a été fondée par un général avant d’être confiée il y a quelques années à des chercheurs civils", souligne Jean-François Daguzan.

En 2010, les chercheurs en SHS français n’hésitent pas à servir leurs expertises aux ONG humanitaires ou aux multinationales.


Repères :

Lire l’article de Julien Bonhomme :
www.laviedesidees.fr/Anthropologues-embarques.html

Sur notre site :
Julien Bonhomme, de la plante Eboga aux voleurs de sexes


Par Pol75le 9 janvier 2011 : La fin des anthropologues en kaki

Hahaha ! Quels bandes de gros barbares incultes ces américains, vraiment des abrutis finis.


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