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La guerre contre le bling-bling n’est pas finie

mercredi 5 septembre 2012, par Emmanuel Lemieux

Quand les sociologues de la bourgeoisie française, Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon, réfléchissent sur « L’Argent sans foi ni loi » et les riches du 21e siècle (Textuel)

Société. « L’argent s’est comme émancipé du corps social. Le cas extrême, ce sont ces machines qui passent, en quelques microsecondes, des ordres sur les marchés, sans qu’aucun humain n’interagisse. L’argent est devenu véritablement asocial, alors que sa seule fonction devait être sociale. On peut parler d’argent fou  », estime les sociologues Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon, dans un petit livre d’entretiens.

Couple de chercheurs iconiques du quinquennat précédent, auteurs d’un monument anti-bling-bling « Le Président des riches », (qui leur a fait gagner beaucoup d’argent ?), ils réfléchissent à voix haute sur le fric, sa fonction, son symbolisme et ses nouveaux usages. Régis Meyran, leur mièvre interlocuteur, anthropologue et collaborateur à Sciences Humaines, ne cherche pas une seule seconde la contradiction ou la distance, on est entre soi, ce qui en fait aussi, après tout, une agréable lecture de club. Avec quelques saillies intéressantes.
La finance virtuelle et les nouveaux riches génèrent selon eux une nouvelle anthropologie des usages de l’argent. « C’est la multidimensionnalité des formes » de richesse qui a transfiguré le capitaliste d’hier. Les riches, détaille Monique Pinçon-Charlot, « possèdent non seulement de l’argent, mais ils le transfigurent par la culture, les réseaux sociaux et la richesse symbolique qui va jusqu’à façonner leurs corps en corps de classe. » Les chiffres statistiques de l’INSEE sur les hauts revenus indiquent qu’en 2007, le 1 % le plus aisé de la population capte 5,5 % des revenus d’activité, mais 32 % des revenus du patrimoine et 48 % des revenus des revenus de la planète financière – soit essentiellement ceux des stock-options et des actions. Les sociologues des riches rappellent également que si les capitaux sont massivement mondialisés, les riches, eux, sont très nationaux.

Hollande et la social-démocratie ne sont pas adaptés à la profonde crise financière et sociale

A leurs yeux, ce n’est certainement pas le nouveau Président de la république qui domptera la machine infernale. Michel Pinçon doute de l’adaptabilité de la social-démocratie de François Hollande en ces temps de crise profonde : « Elle n’est en tout cas plus adaptée à cette phase spéculative et aventureuse d’accumulation inégale et intense de richesses de moins en moins partagées, source de rupture des solidarités dans les classes populaires.  »
Une vraie colère sourd tout le long des entretiens aimables. Si les Pinçon, sociologues bankables du Gotha de Neuilly-sur-Seine et de la haute bourgeoisie, emploient le terme de « riches » expliquent-ils, « c’est pour une raison tactique et politiquement assumée : au lieu de parler de la bourgeoisie fortunée ou de la noblesse fortunée, nous disons « les riches » pour répondre par le cynisme au cynisme actuel des plus favorisés. Nous sommes dans une véritable guerre de classes. L’argent en est l’arme principale, utilisée par les dominants pour asseoir leur domination à l’échelle de la planète. Au nom d’une mondialisation qui est devenue le prétexte d’une spéculation universelle qui ne connaît plus de limites.  »


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