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La guerre mondiale solaire a commencé

dimanche 9 septembre 2012

L’UE lance une enquête sur le dumping des fabricants chinois qui leur ont permis de devenir leaders mondiaux des panneaux solaires. C’est le début d’un capitalisme vert que fustige un essai "Le Soleil en face"

Ecologie. Docteur Zhengrong Shi, vous connaissez ? il est à 48 ans le patron de Suntech, société fondée en 2001 et devenue en une petite décennie, leader mondial des panneaux solaires. Avec trois milliards de dollars de chiffre d’affaires, 22.000 salariés, la multinationale s’impose comme le nouveau géant vert. " Le premier fabricant de panneaux solaires du monde. Et ce n’est qu’un début" promet autant que menace le site européen de Suntech, dans une propagande d’entreprise très greenwashing. Et pourtant, Pékin a pris un coup de chaud ces temps-ci, provoqué par les industriels européens et étatsuniens.

Depuis le 6 septembre, l’Union européenne (premier marché du solaire) a lancé une enquête sur le dumping des fabricants chinois de panneaux solaires (80% de parts de marché). La plainte a été déposée par leurs concurrents européens qui accusent le coup face à l’agressivité des tarifs proposée par la Chine. Le déséquilibre est patent : là où la Chine a exporté pour 17 milliards d’euros de panneaux en 2011, l’Europe était à la peine avec seulement 6 milliards de matériel et de matières premières. D’ici à un an, la Commission recommandera s’il faut ou non augmenter fortement les taxes sur les importations chinoises. Les Etats-Unis sont déjà passés à la riposte, en relevant les taxes.

Le Corps des Mines du CEA-EA a freiné l’industrie indépendante du photovoltaïque

La Chine écrase les prix, c’est une certitude. Mais la concurrence interne à chaque pays s’en mêle. Le Commissariat à l’énergie atomique et, désormais, aux Energies alternatives (CEA-EA) ne serait pas pour rien dans le sérieux coup de frein assené à l’industrie du photovoltaïque indépendante française. Le complexe techno-industriel tient à faire dans ce secteur, comme dans celui du nucléaire, la pluie et le beau temps. C’est la thèse développée par Frédéric Gaillard dans un essai publié en avril dernier, Le Soleil en face (L’Echappée), sous-titré "Rapport sur les calamités de l’industrie solaire et des prétendues énergies alternatives". "Le corps des Mines -disons l’Etat électricien- est par essence centralisateur et anti-démocratique. Il a identifié les technologies solaires comme un enjeu de pouvoir." assure t-il.

L’auteur fait partie du collectif Pièces et Main d’Oeuvre, militants grenoblois fortement inspirés des "luddistes", ces tisserands anglais qui se rebellèrent contre les machines qui industrialisaient et dénaturaient profondément leur savoir-faire et leur éthique. Le ton du livre évoque ceux publiés chez L’Encyclopédie des nuisances et le style, le situ-écologisme d’un René Riesel, on se noie parfois dans le sarcasme, mais l’essai est passionnant dans sa description d’un capitalisme vert naissant.

Dans le mix énergétique promis et une économie décarbonée à faire, le roi-Soleil se trouve au centre. L’énergie solaire concentre toutes les espérances, tous les business-plans et tous les mythes d’une production naturelle et propre. Il faudra y mettre beaucoup de bémols, souligne Frédéric Gaillard. Ecolo, le solaire dans le contexte du capitalisme vert ? "Il s’agit d’un véritable culte après celui de la religion nucléaire" estime en substance l’auteur. Et ce culte produit ses sacrifiés. Les "terres rares", composants essentiels pour des panneaux photovoltaïques bon marché, font l’objet de toutes les convoitises et de tous les coups bas. Des terres cultivables, des steppes et des déserts sont réquisitionnés avec voracité pour y établir des centaines de kilomètres carré de centrales solaires.

La philosophie de sobriété et le rejet d’une tyrannie industrielle et technologique "aux emballements pathologiques et mortifères" défendus par Frédéric Gaillard font partie des options ouvertes. Comme la théorie d’un Jérémy Rifkin pariant que les énergies alternatives conduiront, bien au contraire, à une production décentralisée et même citoyenne de petits producteurs micro-locaux. Ou encore, toujours plus à l’opposé de l’aversion de Pièces et Main d’Oeuvre, d’économistes de l’énergie tels que Jean-Marie Chevalier, Patrice Geoffron, et Michel Derdevet voyant dans ces industries en formation, l’avènement d’une formidable révolution industrielle, technologique et, insistent-ils, politique.


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