Laurent Bouvet et Danièle Sallenave, une brouille républicaine

Le 3 juillet 2018, par Emmanuel Lemieux

Dans un essai et un entretien, l’académicienne s’en prend au mouvement Le Printemps républicain qu’elle estime être néoconservateur, l’un de ses fondateurs vient de lui répondre. Le débat vif sur les conceptions de la république et les procès en « identitarisme », ne font que commencer.

Mentalité. Danièle Sallenave, romancière et académicienne, vient de publier un récit-essai, L’églantine et le muguet (Gallimard). Son sujet et sa cible : les néoconservateurs de la république. Le livre est bien plus riche que ne le prétend le prière d’insérer de la romancière immortelle mais le réquisitoire est sans appel : « Aujourd’hui, une frange très combative de néo-conservateurs a choisi de réveiller ces traits négatifs dans une surenchère de laïcité et de nationalisme identitaire. Faisons plutôt le pari généreux d’une république postcoloniale, consciente de ses fautes passées, ouverte aux différences. Une république sociale, placée sous le signe de l’églantine rouge, autrefois fleur du ler mai ouvrier, chassée sous Vichy par le muguet, fleur de la Vierge Marie. »
À cette occasion, Le Monde l’a interviewée dans son édition du 23 juin. Elle y dénonçait « L’ identitarisme, maladie du XXIe siècle ». Son analyse fustige les vrais malades de l’identité, c’est-à-dire ceux qui observeraient l’alliance d’un « républicanisme identitaire » et d’un «  catholicisme pur et dur », ciblant dans une sorte de croisade, les populations musulmanes qui menaceraient la préservation d’une identité française fantasmée.

Ces propos ont eu le don d’agacer les sympathisants du Printemps républicain.
Laurent Bouvet, cofondateur du Printemps républicain, et professeur de science politique à l’université Versailles-Saint-Quentin, vient de répondre à Danièle Sallenave dans une tribune du même quotidien, intitulée « Non, le Printemps républicain n’est pas identitaire ».

Selon Danièle Sallenave, les pires « identitaristes » sont « le républicanisme identitaire » allié au « catholicisme pur et dur », compagnons objectifs d’une croisade anti-musulmans.

Les erreurs d’interprétation de Danièle Sallenave selon Bouvet : l’amalgame entre républicains universalistes et catholiques traditionnels ; un aveuglement idéologique d’une certaine gauche sur le républicanisme, estimant que les fondamentaux de nation et de laïcité constitueraient un poison mortel du vivre-ensemble ; l’esquive cognitive de la réalité du terrorisme islamiste et de 250 morts en France depuis 2015 ; enfin, « une lecture partielle et partiale de l’évolution intellectuelle française de ces quarante dernières années ». Sur ce dernier point, Danièle Sallenave fait de l’antitotalitarisme pluriel des années 1970-1980, le terreau fondateur du républicanisme identitaire. En conclusion, Laurent Bouvet renvoie à son tour Danièle Sallenave à un rôle de « précieuse auxiliaire de l’identitarisme contemporain qu’elle prétend vouloir combattre ».
La querelle fait suite à une autre mini-polémique qu’a suscitée il y a quelques semaines, l’affaire Maryam Pougetoux, du nom de cette étudiante de Paris-Sorbonne qui s’exhiba avec son hidjab en tant que présidente de l’Unef (bastion étudiant jusqu’alors d’une laïcité militante). Un tweet sarcastique de Laurent Bouvet suscita le tollé, mais aussi, une fois n’est pas coutume, le ralliement à son analyse, de Julien Dray et de l’éditorialiste Laurent Joffrin.
Alors que la pensée républicaine se recherche, comme l’atteste la récente création du think tank L’Aurore, cette nouvelle dispute vient rappeler la ligne de fracture entre progressistes aux identités... brouillées.




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