Le Chef d’état-major des armées appelle à « libérer la parole militaire »

Le 27 janvier 2018

Le général François Lecointre et Antoine Gallimard présentaient mercredi 17 janvier Le soldat. XXe-XXIe siècle. Les militaires modernes sont priés de penser et d’écrire.

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Le général Lecointre, Chef d’état-major des armées.

« Il faut libérer la parole militaire. Un soldat moderne doit penser et écrire pour avoir une colonne vertébrale ». La pensée sur la couture du pantalon c’est terminé. Le discours tambour battant du général François Lecointre, nouveau Chef d’état-major des armées après l’éviction de Pierre de Villiers par Emmanuel Macron, a produit son petit effet dans l’assemblée mixte d’uniformes et de civils. On vit même un Jean-Dominique Merchet dit Le Pacha, journaliste et blogueur populaire des questions de défense pas blasé, annoté les punchlines de l’intéressé, tandis que la journaliste Valérie Lecasble, porte-parole depuis 2016 du ministère de la Défense, s’arrêta de chuchoter. En comparaison Antoine Gallimard lisant ses notes sembla faire partie des rédacteurs stagiaires du service Com’ d’un général Tapioca.

Le général et l’éditeur présentaient à l’École militaire, mercredi 17 janvier, Le soldat. XXe-XXIe siècle, publié en Folio inédit. Il s’agit d’un recueil d’articles du cercle de réflexions Inflexions (exergue explicite : civils et militaires : pouvoir dire), créé par le militaire en chef himself en 2005 avec le général de corps d’armée (2S) Jérôme Millet, le général d’armée (2S) Bernard Thorette et l’historienne pionnière Line Sourbier-Pinter, dans la grande tradition saint-cyrienne. Depuis, cette revue de l’Armée de terre, dirigée depuis dix ans par Emmanuelle Rioux rédactrice en chef de la revue, et historienne -tout à fait civile- a su rallier des chercheurs en sciences sociales, des psychiatres, des philosophes dans ses rangs très libres. On peut en juger en consultant gratuitement en ligne les publications qui des questions d’autorité à celles sur le soldat augmenté, en passant par la nouvelle qualification de l’ennemi, les étrangers dans les troupes, les post-traumatismes et les questions européennes (en attendant le numéro de février sur la sexualité à l’armée et dans les guerres) témoignent d’un vrai appétit intellectuel omnivore.

Paradoxe délicieux : aucun autre ministère que celui de la « Grande Muette » ne peut se targuer de publier une revue de sciences humaines et sociales s’interrogeant sans tabou et avec ambition sur ses propres missions.

La revue Inflexions est publiée directement sous l’autorité du Chef d’état-major des armées. Le Soldat est le reflet passionnant de cette ambition intellectuelle beaucoup trop mal connue, novatrice et et qui cultive un délicieux paradoxe : quel autre ministère ( Culture, Éducation, Enseignement supérieur en tête mais aussi Justice, Intérieur ou Bercy) peut se targuer de publier en son sein, une telle revue de sciences humaines et sociales qui ne craindrait pas d’examiner sous toutes ses coutures ses propres missions, aspects et défauts ?

La « Grande Muette » ne peut plus l’être dans un monde de grande complexité et à l’avenir opaque. Et ce n’est pas le général Pierre de Villiers rendu à la vie civile qui contredira cet état de fait : au-delà des passes d’armes avec le président de la République, son livre Servir (Fayard) cravache en tête des meilleures ventes.




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