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Le TPIY ne cherche pas la paix et châtie Florence Hartmann

mardi 29 mars 2016, par Emmanuel Lemieux

Pourquoi il faut lire ou relire son "Paix et châtiment" (Flammarion)

L’affaire ne fera pas pas long feu. Le temps d’un grand week-end pascal, la journaliste Florence Hartmann s’est retrouvée en prison à la Haye et a été libérée mardi 29 mars en fin d’après-midi. Mais le malaise reste persistant. L’ancienne reporter des affaires balkaniques du Monde, et surtout ex-porte parole de la procureure Carla del Ponte qui alors présidait le Tribunal pénal international de l’ex-Yougoslavie (TPIY) a été arrêtée par la sécurité alors qu’elle assistait au verdict historique condamnant le criminel de guerre Radovan Karadzic à 40 ans de prison. Pourquoi ? Pour son livre, Paix et Châtiment (Flammarion), qui avait déplu souverainement aux juges dudit TPIY en 2008. Florence Hartmann, pour avoir utilisé des documents du TPIY attestant de petits arrangements entre États après les massacres serbes, fut poursuivie et condamnée à 7 000 euros d’amende. À noter que ces mêmes juges n’ont pas exigé de rectificatifs ou l’interdiction du livre incriminé. L’auteur refusant de payer cette amende, la justice a converti la peine en 7 jours de prison, et demandé l’extradition de la Française au ministère des Affaires étrangères qui refusa tout net. Huit ans plus tard, Florence Hartmann assistant au procès Karadzic s’est retrouvée elle même arrêtée comme une criminelle de guerre ! La lanceuse d’alerte a purgé ses sept jours dans les locaux même où les plus grands bourreaux européens du siècle ont été jugés.

Sont incriminées les pages 120-122 de l’ouvrage

Le 27 août 2008, Florence Hartmann était mise en examen par ce même tribunal pour « outrage au tribunal » c’est-à-dire délit d’entrave, " pour avoir délibérément et sciemment divulgué des informations en violant en connaissance de cause une ordonnance d’une Chambre ". Ce qu’on lui reprochait ? La parution de son livre Paix et châtiment (éditions Buybook en Croatie, et Flammarion pour la France) en octobre 2007 et d’un article en janvier 2008, dans lesquels l’ancienne journaliste décrit avec méticulosité les bras de fer diplomatiques autour des criminels de guerre serbes. Bref, elle fut accusée d’avoir livré des informations strictement confidentielles dans le cadre du procès Milosevic, et d’avoir surtout révélé les motivations des juges, lorsque ils décidèrent de restreindre l’accès aux archives.
Sont incriminées les pages 120-122 de l’ouvrage : Florence Hartmann y révèle la soustraction de documents cruciaux par les juges eux-mêmes, soit des archives du Conseil Suprême de défense de la République fédérale de Yougoslavie (Serbie-Monténégro) qui auraient permis d’établir au grand jour la responsabilité de la Serbie dans les meurtres de masse de 8000 personnes commis en Bosnie-Herzégovine.
 Selon la défense de Florence Hartmann, la faiblesse des charges ne justifiaient pas une inculpation. Les fameux documents confidentiels divulgués étaient déjà, depuis 2006, partiellement rendues publiques par le TPIY lui-même.

Mise au placard par la direction du Monde

De son observatoire privilégié, toutes ces années, Florence Hartmann n’avait pas perdu une seconde de cette « bataille palpitante » entre Carla Del Ponte, particulièrement seule, et les responsables politiques d’États finalement récalcitrants, malgré le faux-semblant du transfert de Slobodan Milosevic, de Belgrade, au TPIY à la Haye à partir de juin 2001. Son document est sous-titré « les guerres secrètes de la politique et de la justice internationales ».
L’ouvrage particulièrement bien informé instruit à charge, c’est sa thèse, sur le verrouillage méthodique du TPYI par la France, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis. Florence Hartmann raconte ainsi par le menu, comment les grandes puissances tutélaires ont marqué leur volonté de blocage sur la chute de l’enclave musulmane bosniaque de Srebrenica en juillet 1995 et la question de l’implication directe de Slobodan Milosevic dans la guerre en Bosnie. Décédé en 2006, il aura vu de toute façon son procès siphonné de l’intérieur.

Il est amusant mais rassurant de constater que l’ex-employeur de Florence Hartmann, Le Monde, est monté au créneau pour dénoncer ce cas honteux d’emprisonnement d’une lanceuse d’alerte. Florence Hartmann n’en est pas à son premier coup dur. Correspondante en ex-Yougoslavie pour le journal, l’Elysée et sa propre rédaction de l’époque furent de plus en plus hostiles à ses doutes et ses positions critiques envers le gouvernement Milosevic. Elle se retrouva placardisée au supplément Télévision-radio, avant de quitter rapidement le journal. Quelques années plus tard, Le Monde rapportait fidèlement ses propos de porte-parole de Carla Del Ponte. Aujourd’hui, on peut, on doit lire et relire Paix et châtiment.


Repères :

Dans les archives des Influences :
Florence Hartmann est-elle une criminelle de guerre ? (2009)
http://www.lesinfluences.fr/Florence-Hartmann-est-elle-une.html


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