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Le Vatican et les aliens

samedi 7 août 2010, par Rémi Sussan

Le Saint-Siège s’est penché lors d’un important colloque sur la possibilité d’une vie extraterrestre et a réfléchi sur la nécessité ou pas de sauver des êtres « préadamiques ».

Quel serait l’impact de la révélation de l’existence d’une vie extraterrestre sur nos cultures, nos modes de pensée ? L’idée peut paraître abstraite tant elle est lointaine. Pourtant, il ne se passe pas un mois sans que ne sorte des labos une trouvaille qui nous amène à considérer cette possibilité. Pas question ici de parler d’ovnis, de civilisations technologiques très avancées, non : restons modestes, contentons nous d’une vie microbienne. La découverte de quelques bactéries d’origine non terrestre suffirait à faire trembler nos fondations culturelles. Ces derniers temps, par exemple, une nouvelle analyse a relancé l’hypothèse de la présence de certaines traces d’activité organique au sein d’une météorite d’origine martienne. L’idée avait déjà été lancée en 1996, mais l’hypothèse avait été rejetée en faveur d’explications plus prosaïques. Un tout nouveau rapport [1], même s’il n’apporte pas la preuve de l’existence d’une vie martienne, vient de rejeter la validité de ces autres explications. Plus récemment encore, un satellite indien aurait découvert des « traces de matière organique sur la lune », une idée folle qui n‘est pas pour autant rejetée par Mike Wargo, le directeur scientifique de la NASA en charge des recherhes sur la Lune : c’est une idée intrigante, et nous serions très intéressés d’en apprendre plus sur leurs résultats [2] ».

Vie sur la lune, Mars ou pas, l’idée commence à faire son chemin, et c’est le moment pour une institution vénérable comme l’Église de se pencher sur le sujet, histoire de ne pas avoir l’air trop surprise au cas où la nouvelle tomberait.
Le Vatican a donc organisé en novembre 2009 une journée d’études de cinq jours sur la vie extraterrestre. Invités, une multitudes de spécialistes de l’astrobiologie, pas forcément tous croyants. Un colloque d’ailleurs plus scientifique que théologique : au menu des sessions, la naissance de la vie, son évolution, et bien sûr les méthodes nécessaires pour la détecter sur d’autres mondes. Peu d’interrogations métaphysiques finalement.

Pourtant, la question est là, et bien là. Peut-être plus pour le christianisme que pour d’autres religions d’ailleurs. Dans l’absolu, en effet, pourquoi Dieu ne pourrait il pas créer autant d’humanités qu’il le désire ? Un argument d’ailleurs employé par Jose Funes, l’astronome du Vatican lui-même lorsqu’il déclare : « Cela ne contredit pas notre foi car nous ne pouvons poser de limites à la liberté créatrice de Dieu. »

Ironie suprême de l’histoire, cet argument de la toute-puissance créatrice de Dieu était celui avancé par Giordano Bruno pour défendre l’idée de l’infinité de l’univers et de la pluralité des mondes, et on sait comment il a fini !
Non, le vrai problème est celui du péché, et celui de la rédemption. Paul Davis, auteur de nombreux livres de physique et d’astrophysique et participant au colloque du Vatican, résume ainsi le dilemme : « Lorsqu’on examine l’histoire du débat chrétien sur le sujet, on constate la présence de deux camps. Il y a ceux qui croient que c’est le destin de l’homme que d’apporter le salut aux aliens, et ceux qui croient aux incarnations multiples. »

Donc, tous les êtres de l’univers descendent d’Adam et Ève, au moins métaphoriquement. Dans le dernier cas, à charge pour le christ de revenir des millions de fois sur chaque planète, racheter ses habitants. Coup dur au dogme de l’unicité de l’incarnation. La première possibilité (imaginer que le Christ ne soit venu qu’une fois, chez nous, sauver l’univers entier) semble difficile à imaginer. Mais pour le père Jose Funes, « Jésus s’est incarné une fois, pour tous. Cette incarnation est un événement unique, non répétable. Je suis donc sûr qu’ils (les extraterrestres) doivent avoir la possibilité, d’une manière ou d’une autre, de bénéficier de la grâce de dieu, comme ça a été le cas pour nous autres humains. [3] » Si toutefois ils ont besoin de cette grâce car il existe en fait une troisième possibilité au débat : nos frères extraterrestres sont des “préadamites”, ils pourraient ne pas être des pécheurs, et ne pas avoir besoin d’être sauvés. »
Voilà un terrain bien glissant, sur lequel l’astronome du Vatican n’hésite pas à patiner lorsqu’il affirme à l’Osservatore Romano : « Si d’autres êtres intelligents existent, il n’est pas sûr qu’ils aient besoin d’être sauvés. »
Pourquoi pas ? C’est un peu l’idée développée par C. S. Lewis dans sa trilogie du « silence de la terre ». Notre planète ne répond plus, parce qu’elle est aux mains d’un archange déchu. Mais ailleurs, tout va bien merci pour eux.

Problème avec cette hypothèse, elle fait de toute la théologie catholique, la chute, l’incarnation, la rédemption, la trinité, tout – un petit évènement régional survenu à la périphérie de la galaxie. Ce qui ne lui garantit guère un avenir radieux, si, comme dans Star Trek, notre Terre rejoint un jour une vaste Fédération des Planètes Unies !



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