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Le boom des polices privées et mal-formées

samedi 14 janvier 2012, par Les influences.fr

Politique. Selon une étude du Céreq, la sécurité privée a augmenté de 140% entre 1993 et 2010, mais la formation, elle, n’a pas suivi le rythme


Le Centre d’études et de recherches sur les qualifications (Céreq) vient de rendre publique, une synthèse édifiante sur des rencontres interministérielles, le 5 décembre 2011, concernant "l’offre de certifications dans le champ de la sécurité publique et privée". Une occasion pour offrir un panorama du recrutement et de la formation initiale de ces métiers.

En 1982, 4% des policiers étaient bacheliers, on en compte 63% en 2003

Pour les gardiens de la paix de la police nationale, le baccalauréat comme ticket d’entrée est requis depuis 2005 afin de prétendre au concours. Quatre grades ont été créés : gardien de la paix (soit 65% des effectifs en 2009), brigadier, brigadier-chef et brigadier-major de police. "En fait la loi de 2004 n’a fait qu’entériner les évolutions du niveau de formation constatées à l’entrée dans la profession, puisqu’en 2003, 63% des gardiens avaient le bac, contre 4% en 1982" rappelle le Céreq.

Mais il existe une police à deux vitesses : à côté de cette voie sanctionnée par une formation d’un an en école de police, avec plusieurs stages sur le terrain, s’est développée une seconde filière de recrutement par concours depuis 1997 : dans le cadre du programme Emploi jeunes, des agents contractuels de droit public, les fameux ADS ou adjoints de sécurité. Pour ces recrues de moins de 26 ans, aucun diplôme n’est requis.

Cette "même dualité de recrutement" se retrouve dans la gendarmerie nationale : d’un côté, le concours de gendarme (grade de sous-officier) avec bac obligatoire depuis 2011, ainsi que des concours pour "gendarmes spécialistes" (e-criminalité, trafics d’oeuvres d’art,...), de l’autre, une incorporation de gendarmes adjoints volontaires (16% des effectifs).
Au niveau de la police municipale, même dédoublement des filières avec un diplôme organisé par les CGFPT (Centres de gestion de la fonction publique territoriale), permettant de débuter au grade de "gardien" et une évolution possible vers la catégorie C et le recrutement direct par Monsieur le maire "d’agents de surveillance de la voie publique".

Un recul des effectifs policiers de près de 4% s’observe entre 2003 et 2010

Mais le rapport synthétique du Céreq pointe un dévissage certain des effectifs depuis quelques années. Dans une parfaite improvisation au début des années 1990, le ministère de l’Intérieur n’a pas su anticiper la hausse prévisible des départs en retraite. résultat : une décennie de bricolage. A partir de 1997, il a fallu faire face à cette perte de substance par la création des ADS qui "ont remplacé, puis nettement dépassé en terme d’effectifs, les policiers auxiliaires puisque la police comptait en 2001 près de 15 000 ADS".
Mais la décennie 2000 subit une hémorragie. Selon un rapport de la Cour des comptes en 2011, si les effectifs policiers se mettent à progresser de 2% entre 2003 et 2009, les effectifs des ADS sont dégraissés de façon spectaculaire : "Ils sont moins de 6000 en 2010, soit 9000 de moins qu’en 2011 !" s’exclame le rapport du Céreq. Un recul des effectifs policiers de près de 4% s’observe entre 2003 et 2010.

Cette même politique de recul s’observe dans une gendarmerie nationale, plutôt chamboulée par sa fusion avec la police nationale et qui a du mal à recruter ses GAV (7000 postes et 2500 postes de sous-officiers étaient à pourvoir en 2011).

Quant à la police municipale qui compte, selon le Rapport de la Cour des comptes en 2010, 19 370 agents sur 3500 communes, sans compter 1450 braves gardes-champêtres et 5 180 agents de surveillance de la voie publique, le recrutement a progressé de 35% en huit années. Mais la crise financière et le besoin de spécialisation et de nouvelles missions plus fines de ces agents devraient modifier ce type de police.

Malgré des métiers pénibles, mal payés, on estime qu’ils seront 200 000 salariés relevant de cette sécurité privée d’ici à 2014

En moins de vingt ans, les effectifs des polices privées, eux, ont crû de 140%. Avec un esprit de jungle : "s’agissant d’emplois du secteur marchand, les modalités et les critères de recrutement ont longtemps été laissées à l’appréciation exclusive des entreprises" qui, semble t-il, se sont assises sur la loi de juillet 1983 exigeant d’assurer "l’aptitude professionnelle".
On estime des effectifs de 200 000 salariés relevant de cette sécurité privée d’ici à 2014. Ces professions sont désormais sous la pression d’une obligation de certification.

La nature de ces entreprises est la TPE (très petite entreprise) : 65% d’entre elles emploient moins de 10 salariés, et 86% moins de 50. "Mais la part la plus importante des effectifs est salariée par les grandes entreprises : même si elles ne représentent que 8% des entreprises du secteur, les plus de 100 réalisent 66% du chiffre d’affaires (...), et emploient 57% des effectifs !" Mais le paradoxe n’a pas échappé au Céreq : ce sont les TPE qui épongent un maximum de débutants de ce métier et qui devraient fournir "une partie significative de l’effort d’investissement dans l’accès à la première qualification" On connaît encore assez mal ce monde professionnel, pénible et mal payé, et le recrutement d’une majorité de non diplômés. C’est pourquoi depuis le 10 décembre 2010, a été mis en place une nouvelle Délégation à la sécurité privée (DISP), avec à sa tête, un préfet hors cadre, Jean-Louis Blanchou, l’ancien directeur de la sûreté et du management des risques chez Aéroports de Paris. Ce "vigile des vigiles" en quelque sorte est chargé de contribuer à la professionnalisation de ces métiers de la sécurité privée, et de son assainissement, avant que ces troupes de la sécurité profitable ne deviennent aussi nombreuses que celles des policiers et des gendarmes.


Repères :

Lire l’intégralité du rapport du Céreq :

www.cereq.fr/index.php/articles/Emplois-et-professionalisations-dans-les-metiers-de-la-securite


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