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Le coup du lapin lapon

vendredi 18 mai 2012, par Vanessa Postec

Comme Arto Paasilinna, Tuomas Kyrö est Finlandais. Et rend hommage au Lièvre du maître avec ses savoureuses Tribulations d’un lapin en Laponie

Vous aimez le lapin ? Pas celui qui fait de la pub pour Amora, non, le vrai, celui qui joue à saute-talus avec sa queue toute ronde sur son cul tout blanc et qui, quand il croise une tortue, se prend pour un lièvre. Oui ? Parfait, une merveille de livre aux allures d’épopée bucolique ou de fable grinçante –tout dépend par quel bout on l’attrape- lui rend un vibrant hommage. Peut-être moins appuyé que celui qu’il rend à Vatanescu, son héros, ou à Arto Paasilinna, l’incontournable écrivain finlandais. Mais un hommage tout de même.

Tout commence en Roumanie, un de ces pays qu’on aime de tout son cœur, et qu’on quitte de toutes ses forces. Vatanescu comme les autres, pour pouvoir acheter les chaussures de foot à crampons dont rêve son gamin. Pour ça, il est prêt à presque tout, à commencer par suivre Iegor, trafiquant russe et fieffé gredin (ou parfait salopard selon que l’on chérit de préférence la langue ou la vérité), jusqu’aux trottoirs de Helsinki, sensés lui fournir, par l’entremise d’une sébile, son pain quotidien.

« La mélancolie, c’est vouloir être là où est sa place sans forcément savoir où elle se trouve »

Dans la vie, déjà, rien ne se passe comme prévu ; dans les livres c’est encore pire. Et bientôt tout s’accélère : Vatanescu sauve un lapin estropié dans un jardin public, inverse soudainement le rapport de forces avec son employeur, et se retrouve embarqué, pas tout à fait de son plein gré (avoir la mafia russe et la police aux fesses, mais pas de papiers dans les poches change sensiblement la donne) dans un périple en Laponie.

Sur sa route, Vatanescu croisera des hommes et des femmes, d’ici et d’ailleurs, des qui valent la peine de la rencontre, et d’autres que, par respect pour la gente canine, on n’ose même pas jeter aux chiens. Il va travailler aussi, ou plutôt il va essayer puisqu’à l’évidence il n’y a pas d’autre solution : « Je ne parle pas leur langue, comment faire pour m’intégrer ? Ils n’aiment ni la musique, ni les barbecues, ni la gaîté, ni l’inertie. Le travail. Ils aiment le travail. Les Finlandais aiment les travailleurs.  » A moins que la solution ne soit ailleurs et que la politique, pour une fois, et à défaut de sauver le monde, sauve la peau d’un homme et celle de son lapin…

C’est drôle le plus souvent, poétique à l’occasion (« La mélancolie, c’est vouloir être là où est sa place sans forcément savoir où elle se trouve. »), intelligent tout le temps, et méchamment mordant comme il se doit dans un petit traité de globalisation. Les tribulations d’un lapin en Laponie, premier roman traduit en français de l’écrivain, journaliste et dramaturge finlandais Tuomas Kyrö n’est pas exactement un hommage au Lièvre de Vatanen, c’est mieux que cela, une histoire de filiation ou, si l’on préfère, c’est un peu comme si Arto Paasilinna écrivait d’une main et se répondait de l’autre.


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