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Le moine Haemin superstar

mercredi 4 février 2015, par Arnaud Vojinovic

Comment un simple étudiant parti finir ses études aux Etats-Unis devient moine et une star médiatique en Corée du Sud.

Haemin est une véritable star en Corée du Sud. Ce moine bouddhiste s’est fait connaitre alors qu’il était étudiant aux Etats-Unis. En effet, pendant ses études, lassé par le mode de vie et la culture universitaire américaine, il aime se ressourcer au temple bouddhiste à proximité du campus. Y puisant une nouvelle énergie, au final il abandonne son projet initial lié au cinéma et se réoriente sur les Sciences des religions. Diplômé des plus prestigieuses universités américaines, Berkley (Licence), Havard (Master) et Princetown (Doctorat), ce jeune coréen renonce à une brillante carrière pour intégrer les ordres et devenir moine. En Corée du Sud, il dénote et les médias voient en lui matière à enseignement. Pour une société matérialiste telle que la société coréenne où la réussite sociale compte plus que tout, Haemin est vu tel un OVNI et gagne en notoriété.

Devenu professeur en Sciences des religions, il enseigne cette discipline à l’Université de Hampshire (Massachusetts). En fin de journée, « par nostalgie de ma langue maternelle » comme il le précise, il tweet. Ces échanges lui font du bien : « J’écrivais des fragments de pensées quotidiennes sur mon compte Twitter, et les conversations dans ma langue maternelle avec d’autres Coréens me consolaient beaucoup ». En utilisant le coréen pour tweeter, les 140 caractères normatifs de Twitter permettent de faire des messages relativement plus longs comparés au français et ainsi de développer une pensée structurée. Des simples échanges du début avec quelques followers, c’est maintenant 900 000 personnes qui le suivent sur Twitter. Haemin est devenu un véritable phénomène de société en Corée du Sud. Son livre à peine sorti, « Ce que l’on voit en s’arrêtant » qui est une sélection de ses réflexions tweetées, cartonne. Réimprimé 750 fois avec ses 2,8 millions d’exemplaires vendus, il restera seize mois dans la liste des best-sellers.

La traduction française est maintenant disponible. Elle est éditée par Decrescenzo éditeur, spécialisé en littérature coréenne. L’éditeur est à l’origine du webmagazine de littérature coréenne Keulmadang qui se décline depuis l’année dernière en version papier.

Dans ses écrits le moine Haemin appelle à se détacher d’une société matérialiste, de la facilité et du m’as-tu-vu : « La marque la plus luxueuse avec laquelle on puisse s’habiller est la confiance en soi. ». De même il remet en cause la nécessité d’appartenir à un réseau pour réussir : « Ce genre de conversation illustre bien l’importance que porte les Coréens à la filiation et au statut social. Au lieu de s’intéresser à ce que l’autre fait, à ce qu’il voudrait faire à l’avenir, on a tendance à mettre en avant son appartenance à telle ou telle classe de la société. »

Mais son côté coréen reprend vite le dessus et son discours est souvent conservateur en droite ligne d’une société confucéenne hiérarchisée où l’harmonie dans le groupe est plus importante que l’individu. Dont le rapport au travail où les allusions au dévouement et à l’engagement sont nombreuses : « Ce qui compte le plus lorsqu’on choisit un nouveau collègue de travail c’est la passion et le cœur qu’il met à la tâche. ». Certaines métaphores sont risquées quand le châtiment corporel et les brimades sont encore de mise dans certaines institutions : « On ne fouette pas un cheval immobile. On fouette le cheval qui court. Si vous essuyez des reproches de la part de votre supérieur, remerciez le pour cette leçon. Il vous fait des remarques parce que vous travaillez bien. Parce qu’il veut vous encourager. Ainsi vous deviendrez meilleur. »

Il se permet parfois une pique : « Pour savoir ce qu’un politicien fera pour vous, plutôt que d’écouter ce qu’il dit, regardez attentivement. Ce qu’il possède, et comment il a vécu jusqu’à présent. Il sera alors facile de deviner ce qu’il fera pour vous. ». Mais au final ses positions sont jugées par certains comme trop conservatrices.

La partie la plus intéressante de l’ouvrage porte sur la tolérance religieuse. Pour le coup, le moine Haemin montre une grande ouverture aux autres religions, un appel qui va au-delà de la simple tolérance mais pour inciter à comprendre l’identité religieuse de l’autre : « La meilleur façon de surmonter ce problème est de découvrir la religion de l’autre comme nous étudions notre propre religion avec le cœur sincère. (...) Supposons que Jésus, Bouddha et Confucius vivent ensemble. Pourrait-on croire qu’ils se disputent ? Ou bien qu’ils se respectent, s’aiment ? Ce sont les fanatiques qui se servent et détournent les propos des guides spirituels, les religieux n’ont pas de problème entre eux. »

Le moine Haemin est vice-supérieur du temple bouddhiste Bulkwang Zen Center à New York.


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