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"Le monde est une banlieue parisienne ! "

mardi 22 juillet 2014

Aurélien Fouillet, sociologue (L’Empire ludique, Editions François Bourin), chercheur au Centre d’Etudes sur l’Actuel et le Quotidien.

GIF "Berlin, Londres, New York, seraient les villes qui bougent ? Celles où l’on fait la fête ? Celles où la culture contemporaine se fait et se défait ? Et si tout cela n’était qu’une vaste supercherie ? Une énième tentative de destituer Paris, Rome et Istanbul de leur statut de villes éternelles.

Dans « éternelle », on ne voit aujourd’hui que leur muséification. Mais n’oublions pas que le musée est le lieu des muses. C’est-à-dire le lieu dans lequel on retrouve la mémoire passé, présente et à venir du monde. Alors oui ! Peut-être que Paris est une ville musée ! Peu importe, elle est, contrairement à l’ennui berlinois ou à l’hystérie de la perfide London, vivante de sa mémoire. Elle est un territoire dans lequel le monde s’enracine et croît. Elle est carnavalesque et se cache derrière le masque respectueux du musée moribond. Elle est carnavalesque car elle est le lieu des muses « vénales ».

A cela s’ajoute un élément primordial pour pouvoir être considéré comme ville originaire : la muraille, le mur d’enceinte, les fortifications. S’il ne reste qu’un petit morceau des anciennes murailles de Paris, nos ancêtres des années 70, bien qu’ils n’aient pas fait que des belles choses, ont eu la malignité de reconstruire un enclos à Paris. Je veux bien sur parler du Périphérique. Tout comme il y a un seuil aux espaces sacrés, il y a un périphérique qui délimite très précisément ce qui est dedans et ce qui est dehors, ce qui est sacré de ce qui est profane. D’une certaine manière, il y a l’intérieur du périphérique, Paris, et l’extérieur, la banlieue puis la province. New York, Berlin, Londres, sont de fait à l’extérieur du périphérique. Le monde comme banlieue parisienne ! En voilà une preuve irréfutable.

Il est alors d’une évidence toute cartésienne que Berlin, Londres et New York ne sont ce qu’elles sont qu’à partir de Paris, qu’en regard avec Paris.

Si l’on file un peu plus la métaphore de l’espace sacré, on comprend un peu mieux ce qui fait de Paris une origine. L’espace sacré, le sacré, c’est ce à partir de quoi le monde profane est. C’est à partir du sacré que l’on donne sens et place aux choses du monde. Il est alors d’une évidence toute cartésienne que Berlin, Londres et New York ne sont ce qu’elles sont qu’à partir de Paris, qu’en regard avec Paris.
Berlin, au-delà de la tristesse de ses habitants, est une ville de banlieue. Elle est même une banlieue de l’Allemagne finalement. Londres, dans sa volonté d’incarner l’empire de la perfide Albion a tant est si bien intégré sa propre banlieue qu’elle n’a plus de centre. London is the suburb  ! New York est un peu à part.

C’est certainement elle qui est la véritable capitale du XIXe siècle dont parlait Benjamin. New York comme parc d’attraction ! Et il y a Manhattan, une île, une possibilité de centralité et d’enracinement. Un peu comme notre place Dauphine, avec beaucoup moins de charme et d’érotisme. N’oublions pas que la Seine ouvre ses cuisses face à la place Dauphine. Breton y voyait le sexe de Paris. Toutes les villes ne peuvent pas en dire autant et revendiquer la belle image de l’origine du monde.
Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit. Il ne s’agit pas de frontière, de territoire ou de je ne sais quelle autre bêtise. Il s’agit de culture et d’art de vivre.
Parisiens de tous les pays : UNISSEZ VOUS !!! "


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