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Le monde politique français face à la menace du radicalisme islamique

mercredi 20 juillet 2016, par Christian Harbulot

Un risque majeur : négliger le problème sociologique qu’est l’intégrisme musulman en Europe pour se concentrer uniquement sur la lutte contre la montée des populismes.

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Depuis les attentats de l’année 2015, la France est en proie à un certain nombre d’interrogations qui dépassent largement le cadre de la lutte antiterroriste. Il existe notamment une menace de nature politico-religieuse qui mine les fondements de la société française. L’attentat de Nice, le 14 juillet dernier, relance le débat à gauche comme à droite sur la posture que doit avoir le monde politique à l’égard d’une menace qui a une dimension à la fois géopolitique et sociologique.

Sur le plan géopolitique, le monde occidental doit faire face à l’héritage sinueux et complexe des stratégies impériales de la Grande Bretagne et des Etats-Unis. Premier abcès à crever : la manière dont l’empire britannique a soutenu au Moyen Orient le développement d’un extrémisme religieux symbolisé par les frères musulmans pour limiter les velléités souverainistes des nationalismes arabes. L’enjeu principal de cette manœuvre était le contrôle des ressources pétrolières.
Aux lendemains de la seconde guerre mondiale, les États-Unis ont repris à leur compte cette stratégie pour limiter aussi l’influence soviétique dans les nations émancipées de la tutelle coloniale. Les derniers épisodes de la guerre froide ont relancé cette dynamique lors de la prise en main du régime afghan par l’URSS. Les Etats-Unis se sont alors appuyés sur des mouvances religieuses afghanes et pakistanaises pour déstabiliser les forces soviétiques qui occupaient une partie du territoire afghan. De ce jeu d’apprentis sorciers est issue la mouvance d’Al Qaïda qui s’est retourné ensuite contre le pays qui lui a donné les moyens d’exister.

Les épisodes irakien, libyen puis syrien ont augmenté la taille de l’abcès en amenant les États-Unis et leurs alliés dans la zone à s’allier avec des branches de plus en plus radicales de l’islam politique ainsi qu’avec des pays comme l’Arabie Saoudite et le Qatar, qui devenaient le bras logistique de la diffusion de la pensée jihadiste dans le monde.

Il est de plus en plus difficile de soutenir diplomatiquement et armer des forces jihadistes « modérées » contre le régime de Bachar el-Assad

Le conflit syrien a généré la naissance d’un second abcès : il est de plus en plus difficile de soutenir diplomatiquement et armer des forces jihadistes « modérées » contre le régime de Bachar el-Assad, tout en déclarant lutter contre le terrorisme de nature islamique en France. Ce grand écart est devenu intenable à partir du moment où les attentats de masse en France atteignent le niveau de barbarie du Moyen Orient. Il a fallu attendre la parution sur le site britannique heatstreet.com d’un article de témoignages pour découvrir les tortures pratiquées sur certaines victimes du Bataclan le 13 novembre 2015 à Paris. Les autorités françaises avaient dissimulé cette information.
La dimension sociologique de l’islamisme radical est l’autre versant du problème. Sur cette question, le politique est en train de créer des abcès durables et dangereux. La déqualification des attentats en faits divers ou en actes commis par des malades mentaux est une pratique qui permet de limiter la résonance de l’acte terroriste sur le plan médiatique. L’omission est une arme à double tranchant. Plusieurs attaques commises à l’aide de véhicules ont eu lieu avant l’attentat qui a eu lieu à Nice. A chaque fois les représentants des autorités (appareil préfectoral, procureur de la République) ont temporisé en expliquant qu’ils étaient l’œuvre de déséquilibrés. Cette stratégie est facilitée par le fait que la justice reconnait la dimension terroriste de l’acte si l’enquête établit un lien entre le ou les coupables et une organisation du type Daesh. Une des dernières illustrations en date est l’attaque au couteau commise par un homme d’origine maghrébine sur une mère de famille et ses trois filles dans un centre de vacances VVF dans les Hautes-Alpes. Le procureur de Gap estime que le motif de l’agression est très flou alors que des témoins du drame précisent dans le même temps que l’individu aurait agi parce ses victimes avaient des tenues trop légères. Le motif religieux est-il sous-jacent à ces actes de violence ? La portée sociologique des actes de violence commis contre autrui pour exprimer un refus de respecter le mode de vie de ce pays est une fracture que ne dément pas la lecture des faits d’actualité qui se succèdent presque quotidiennement pour l’instant. Personne ne peut nier l’importance de cette question qui déplace le problème terroriste sur le terrain sociétal. Etant donné le nombre d’abcès à crever, il est inutile d’en fabriquer d’autres. Autrement dit, le fait d’éluder ne résout rien et engendre un climat de méfiance à l’égard de l’information officielle.

Le débat public est-il lui-même de devenir une fenêtre de vulnérabilité de notre système de défense contre la menace du radicalisme islamique. A droite, si certains tombent dans la surenchère et parfois sombrent ponctuellement dans le ridicule à l’image d’Henri Guaino, d’autres pointent du doigt des mesures de bon sens comme la fermeture administrative des mosquées noyautées par courants extrémistes qui diffusent une pensée antirépublicaine. Mais il faudra juger sur pièce. Si la droite revient au pouvoir, elle devra appliquer ce qu’elle dit et trouver une cohérence dans son projet sur la sécurité nationale qu’elle a encore des difficultés à exprimer. A gauche, les propos du député PS, Malek Boutih, ne sont toujours pas pris en compte. Il est un des rares politiques à dénoncer la chasse au vote « immigré » et aux compromissions locales entre des élus et des mouvances islamistes qui prêchent un discours antirépublicain.
Les discours pronostiquant une réaction violente de l’ultra droite ne sont pas non plus dénués de sous entendus électoraux. Certains se réjouiraient d’un attentat contre des musulmans pour consolider le discours De François Hollande comme rempart au populisme et à ses exactions.

L’ « achat » du vote immigré en fermant les lieux sur les pratiques antirépublicaines dans ce qu’il est convenu d’appeler des « zones de non droit » est une attitude suicidaire de la part des élus de gauche

Dans les deux cas de figure, la gauche fait fausse route. L’ « achat » du vote immigré en fermant les lieux sur les pratiques antirépublicaines dans ce qu’il est convenu d’appeler des « zones de non droit » est une attitude suicidaire de la part des élus de gauche qui se laissent aller à ce type de pratiques opportunistes aux conséquences dangereuses pour le maintien de l’ordre public.

La mise en avant de l’ultra droite est aussi une pratique pour le moins malsaine car elle risque de faire naître un sentiment de parti pris dans le traitement des problèmes. La traque des membres de l’ultra droite qui seraient tentés de basculer dans le contre terrorisme est d’autant plus tentante en termes de communication qu’elle permet de diluer les manifestations de dissidence sociétale fomentées par l’islamisme radical, dont la face émergée de l’iceberg est symbolisées par des actes de violence individuels. Il serait intéressant par exemple que le gouvernement rende publique la cartographie des cafés où les femmes n’ont plus le droit d’accès sur le territoire national pour des raisons religieuses. Espérons que le silence pesant des observateurs de la société française sur ce « point de détail » n’aura à l’avenir qu’une valeur purement anecdotique. Dans le cas contraire, il faudra revoir d’urgence l’usage de notre droit de savoir. Mais il n’est pas certain que ce sujet soit une priorité de la ligne éditoriale des medias quelque soit leur tendance politique..

L’ultime abcès aux conséquences incalculables dans la vie politique française serait la dilution de la problématique sociologique de l’islam radical au profit d’une urgence plus prioritaire et de nature européenne : la lutte contre la montée des populismes. Une telle erreur serait non seulement fatale pour le pouvoir actuel mais entraînerait aussi la gauche sur des terrains manipulatoires qui ne correspondent pas à ses valeurs politiques.


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