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Le numérique menace d’extinction des dizaines de langues nationales

samedi 19 janvier 2013

Une étude internationale alerte sur l’invisibilité et la perte d’influence de dizaines de langues, notamment européennes, exclues du développement des outils numériques

GIF Politique. Irlandais, Islandais, Lettons, Lituaniens, Maltais... Si vous êtes locuteurs de ces seules langues, vous allez être de plus en plus invisibles dans le développement des outils numériques, et de fait, de plus en plus incompréhensibles dans le monde réel mondialisé. Concrètement, ces langues se trouvent exclues des correcteurs orthographiques et grammaticaux, des assistants personnels interactifs, des systèmes de dialogue par téléphone, des outils de traduction automatique, des moteurs de recherche sur le Web, des synthétiseurs vocaux des GPS. Paradoxe : ces 5 langues nationales sont beaucoup moins équipées et visibles que des langues régionales telles que le catalan, le basque et le breton. Sans aucun soutien ni investissement dans ce développement, ces langues se trouvent menacées d’ "extinction numérique" selon les termes forts d’une étude menée par 200 experts du réseau d’excellence européen Meta-Net (soutenu par la Commission européenne) qui veille lui à l’élaboration d’une stratégie commune en faveur du multilinguisme. Crédo : " le multilinguisme a un coût important, qui fait que progressivement les langues disparaissent au profit des langues majoritaires. Sur les quelques 6500 langues qui existent sur la planète, il est estimé que la moitié auront disparu à la fin de ce siècle. De nombreuses langues européennes ont déjà disparu, ou ont failli disparaître et n’ont été sauvées que grâce à une volonté politique."

" Sur les quelques 6500 langues qui existent sur la planète, il est estimé que la moitié auront disparu à la fin de ce siècle "

Le paradoxe s’est installé avec l’essor de technologies numériques de la langue. Facilitant la production et la consultation de contenus, elles constituent un formidable creuset des connaissances. Mais les chercheurs de Meta-Net ont fait leurs comptes : Wikipedia existe dans 300 langues, Facebook dans 80, et Twitter dans une vingtaine. Google Translate permet la traduction d’une soixantaine de langues -dont une vingtaine de supports vocaux. D’autres systèmes de traduction vocale existent tels que Apple Siri (4 langues)et Jibbigo (une dizaine). En apparence, un foisonnement de technologie pour tour de Babel, mais par rapport à la diversité linguistique, seulement une soixantaine de langues effectivement parlées dans le monde en 2013, soit 1%.

Un autre écueil plus politique celui-là retient l’attention des recherches de Meta-Net : "Mais, peut-on accepter que, dans le meilleur des cas, ces technologies nous soient fournies par des entreprises américaines au prix d’une gratuité qui pourrait un jour nous coûter très cher du fait de la perte de notre indépendance et de notre souveraineté ?" Si le jeu en vaut la chandelle géopolitique, il n’est pas si facile à mettre en place même si tout le monde semble d’accord sur les faiblesses constatées.

" Aucun grand groupe industriel ne mettra le multilinguisme au premier rang de ses priorités, mais chacun de ces secteurs en a besoin à divers titres, et c’est la somme de ces petites priorités qui est, elle, très importante, et fait du multilinguisme une priorité majeure "

Ainsi sur les 23 langues officielles (nationales et régionales) de l’Union européenne, le développement du numérique handicape l’influence du français, de l’allemand, de l’espagnol et du néerlandais.Leur soutien technologique est considéré comme "moyen" par l’étude. Dans le Livre Blanc consacré à la langue française, les rédacteurs de Meta-Net remarquent que l’importance des écarts technologiques entre l’anglais et une langue française qui concerne pourtant 220 millions de locuteurs dans le monde et plus de 100 millions d’apprenants tient au fait d’un manque d’investissements nationaux sur le long terme. La faiblesse française de son tissu industriel et l’absence des grandes entreprises sur le sujet de la langue fabriquent cet handicap de la diffusion du français dans les outils numériques, estime le réseau Meta-Net. " Aucun grand groupe industriel ne mettra le multilinguisme au premier rang de ses priorités, que ce soit dans les secteurs de l’automobile, de l’aéronautique, des télécommunications, de l’électronique grand public, de l’informatique, du médical ou de l’audiovisuel. Mais chacun de ces secteurs en a besoin à divers titres, et c’est la somme de ces petites priorités qui est, elle, très importante, et fait du multilinguisme une priorité majeure. Mais qui va la calculer ?" Ce qui est vrai pour un seul pays de l’union européenne l’est encore plus pour l’Union elle-même qui n’a aucune démarche coordonnée, regrette encore l’étude.
Il faudrait trouver un mot commun à toutes ces langues : "volonté politique" par exemple.


Repères :

- Télécharger gratuitement les Livres blancs, notamment "La langue française à l’ère du numérique", Sld de Joseph Mariani, Patrick Paroubek, Gil Francopoulo, Aurélien Max, François Ivon et Pierre Zweigenbaum, Springer-Meta-Net.
www.meta-net.eu


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