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Le petit livre qui tue les primaires socialistes

lundi 19 septembre 2011, par Emmanuel Lemieux

L’étude de Rémi Lefebvre estime que les primaires organisées par le PS favorisent bien au contraire ce qu’elles étaient censées combattre : dictature des sondages et personnalisation.

Les presque 5 millions de téléspectateurs qui ont suivi jusqu’au bout, le premier débat fleuve et un peu gris des candidats aux primaires socialistes sur France 2, jeudi 15 septembre 2011, se sont-ils fourvoyés dans un méchant trompe l’oeil du PS ? A savoir, le sacre de "la personnalisation du débat public", de " la présidentialisation du système politique" sans oublier "la domination des logiques d’opinion". Là où nombre d’observateurs ont salué une revitalisation du débat public, Rémi Lefebvre, professeur de sciences politiques à Lille II, déjà co-auteur du remarquable La société des socialistes (Le Croquant, 2006) et qui signe Les Primaires socialistes (Raisons d’agir), se situe à contre-courant de cette opinion. A ses yeux, la procédure des primaires prévues pour le 9 et 16 octobre consomme "la fin du parti militant", et scande une fois de plus le désenchantement pour ce type d’organisation politique.

Le chercheur l’assure et le démontre avec des arguments forts et passionnément discutables : ce type de vote ne règlera pas une seule seconde les problèmes de fond, puisqu’il s’agit bien d’un symptôme de plus d’une dérive médiatico-sondagière de la présidentielle, élections cardinales et structurante de la vie politique française que d’une solution. En effet, ceux qui saluent dans les primaires un remède de cheval pour réanimer une quelconque vie militante en seront pour leurs frais. "Les primaires consacrent cette personnalisation mortifère du débat public, égratigne le politiste. Le "fait présidentiel", jugé intangible, est avalisé par les socialistes comme l’horizon indépassable de la démocratie, à l’instar de l’économie de marché. Les primaires participent ainsi de leur acceptation résignée de l’ordre établi, qu’il soit socioéconomique ou institutionnel."

Désormais le PS fait sous-traiter son énergie intellectuelle par les médias et les positions à prendre par les sondages et l’opinion.

Rémi Lefebvre déroule et éclaire la logique de ceux qui ont conçu et plaidé pour ces primaires : en premier lieu cette génération d’élus quinquas du PS qui n’ont jamais eu accès au pouvoir (notamment les emblématiques Arnaud Montebourg et Manuel Valls), le think tank Terra Nova et son animateur principal Olivier Ferrand, sans oublier une presse dite de gauche en recherche de légitimité et d’influence auprès de son lectorat. La présidentielle de 2007 avait déjà posé les termes du contournement du parti, avec une Ségolène Royal qui s’était appuyée sur les sondages d’opinion, l’écume médiatique et la prise à témoin extérieur au PS pour s’imposer.

Cinq ans plus tard, dressant le constat d’un PS à l’évolution préoccupante quant à "l’assèchement de l’action militante" et à la ligne politique illisible, Rémi Lefebvre estime que ce parti fait sous-traiter son énergie intellectuelle par les médias et les positions à prendre par les sondages et l’opinion. Cette forme de délégation à la Ponce Pilate a été nourrie par les socialistes eux-mêmes, qui, durant toute la première décennie post-Mitterrand, se sont "de plus en plus repliés sur leurs jeux internes et leurs enjeux propres", négligeant toujours plus leur ancrage social. Bilan : Le militant PS est désormais formaté comme un simple J.O d’un scrutin qui ne lui appartient plus, et sa fonction rabattue à simple soutien de son candidat d’écurie. La primaire rend définitivement obsolète la "fonction idéologique et programmatique" à l’oeuvre dans un parti. Mais une chose est certaine : les primaires nourrissent un vrai suspense. Ignorant combien et quel type d’électeur ira voter le 9 octobre, bien malin qui peut prévoir quel sera le pilote de l’avion et de quel type d’avion il s’agira, et ce, en dépit des péroraisons médiatiques, des prophéties sondagières et de l’acte de décès signé par Rémi Lefebvre.


Repères :

Les primaires socialistes, la fin du parti militant, de Rémi Lefebvre, Raisons d’agir, Paris, 172 pages, 8 euros. Sortie : août 2011.

www.raisonsdagir-editions.org


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