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Le surnom qui ridiculise le président coréen

mercredi 26 août 2009, par Arnaud Vojinovic

Lee Myung-Bak, président le plus mal élu de toute l’histoire de la Corée, doit à son peuple le surnom de "2MB", soit 2 mégabytes. Ce qui dans cette société électroniquement avancée n’est pas un compliment.

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Lee Myung-Bak

La Corée côté face : elle honore un de ses plus fameux présidents, Kim Dae Jung nobélisé en 2000 en tant que père de la démocratie coréenne mais aussi pour avoir mené une politique d’ouverture vers la Corée du Nord. La Corée côté pile : Lee Myung-Bak, le président actuel, affairiste notoire et ancien dirigeant de Hyundai Construction à l’époque des contrats juteux sous le Brown Memorandum pendant la guerre du Vietnam et des grands contrats au Moyen Orient, surnage pour ne pas se retrouver enseveli sous les sarcasmes de ces contradicteurs. Et il rame.

Depuis son élection en février 2008 Lee Myung-Bak a pour lui d’être le président le plus raillé de la jeune démocratie coréenne. Avec un indice de satisfaction variant de 38 à 17% au gré des coups d’éclats politiques (le bœuf américain, le Grand Canal, la loi sur la presse etc …). Avec une accusation de prises illégales d’intérêt qui le poursuit, il a le profil du président affairiste comme nous les connaissons dans d’autres pays développés, faisant peu de cas de l’opinion de ses concitoyens.

Le boeuf américain et le déni de démocratie

Il a gagné en notoriété à l’étranger par ses positions intransigeantes sur la levée de l’embargo de l’importation de bœuf américain en Corée et qui a déclenché une forte mobilisation de l’opinion publique. Pendant deux mois (de fin avril à début juin 2008), la population coréenne est descendue en nombre dans la rue au cours de veillées aux chandelles organisées dans 99 villes. Ces manifestations spectaculaires pouvaient durer plus de 72heures. Certaines d’entre-elles ont connu une issue violente. Il ne faut pas se tromper de diagnostic sur la mentalié coréenne : la population manifestait moins pour la levée de l’embargo que contre le déni de démocratie qu’illustrait la décision de Lee Myung-Bak sur ce dossier.

Même s’il est peu soucieux de démocratie (remise en cause des libertés politiques, de culte et de la liberté de la presse), et très attaché aux effets d’annonce, Lee Myung-Bak a joué de malchance. Le cœur de son programme lors de l’élection présidentielle, le Plan 747 ne verra jamais le jour du fait de la crise économique. Le plan fixait des objectifs, déjà à l’époque, inatteignables : 7% de croissance annuelle (le taux était de 4,9%), un PIB de 40 000 dollars (le réel était de 26 522 dollars en 2007), 7e place dans l’économie mondiale (pour une 13e place occupée aujourd’hui).

Lors de sa prise de pouvoir ses choix politiques d’affermir les relations avec les Etats Unis de Bush en libéralisant les marchés et de montrer une certaine fermeté vis à vis de la Corée du Nord ont été résumés par la « Doctrine MB », MB étant les initiales de son prénom Myung Bak.

2 MO de sens politique

Mais c’est une de ses bévues qui lui a valu le surnom qui lui restera : 2 MB. Chirac en son temps avait eu droit au « mulot », Lee Myung-Bak est surnommé maintenant 2MB. Pour une société de l’information avancée, 2 MegaBytes de disque dur nous ramènent à une ère antédiluvienne où les modems n’existaient pas encore, la préhistoire de l’informatique. Ces détracteurs considèrent que s’il était comparé à un ordinateur, sa capacité de stockage ne dépasserait pas deux MegaBytes (soit 2 Mo).

Après avoir supprimé les crédits à la recherche dans le secteur du hightech, il a demandé lors d’une visite au dirigeant d’une usine spécialisée pourquoi il ne fabriquait pas des produits du même niveau que la Nintendo DS ?... Il n’en fallait pas plus pour que l’opinion l’affuble d’un méchant surnom.

En décalage avec la société

En coréen, Lee (이), son nom de famille est un homonyme qui veut dire aussi « 2 ». Avec la « doctrine MB » et la bévue lors de la visite, le surnom fut vite trouvé : 2MB (deux MegaBytes), chassant le précédent (« le bulldozer »). On veut ainsi souligner le décalage entre la société de l’information coréenne et l’archaïsme de son président, le plus mal élu de l’histoire du pays avec 60% de participation.

« 2 MB » et ses impairs à répétition feront t-ils bugger la société coréenne qui elle aussi n’échappe pas à la crise mondiale, et aux mutations de la mondialisation ?


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