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"Les Anges de New York" ont du plomb dans l’aile

jeudi 3 mai 2012, par Vanessa Postec

Un mauvais R.J. Ellory, mais un bon roman noir

Frank Parrish est un cliché. Frank Parrish est alcoolique sélectif (un Bushmills sinon rien, pour doper son sang d’Irlandais) ; flic au NYPD tendance obsessionnel, actuellement en proie à une enquête des affaires internes après la mort de son coéquipier et habituellement en délicatesse avec sa hiérarchie et la procédure ; divorcé, et père de deux grands enfants avec qui il entretient des relations distantes –ou conflictuelles, selon le point de vue que l’on adopte.

Rajoutez une prostituée sympa et un père policier d’élite véreux juste ce qu’il convient pour ne pas être aussi reluisant que ses décorations, et le cliché Parrish vire à la caricature de flic de série noire. Ça ne donne pas très envie, n’est-ce pas ? Et bien, c’est un tort, car Les Anges de New York, nouvel opus de R.J. Ellory, écrivain anglais qui écrit des romans américains (Vendetta, Les Anonymes), c’est comme une affiche de campagne : ce n’est pas forcément la meilleure image qui propose le meilleur programme.
Alors on laisse tomber les premières impressions, et on se laisse faire. Pour la formidable scène d’ouverture du roman qui mériterait la caméra. Pour le style d’Ellory qui a quand même une autre gueule que celui des pisseurs de thriller. Pour l’atmosphère, le quotidien pas vraiment glamour et étudié façon entomologiste des flics new yorkais. Pour l’histoire dans l’histoire dans l’Histoire : celle du père de Frank, assassiné voici quelques lunes et qui demeure une figure légendaire des « Anges de New York », cette unité d’élite chargée dans les années 1980 de nettoyer Manhattan de la pègre… et corrompue jusqu’à l’os.

« Il ne serait plus capable de se regarder en face. Et vu qu’il vivait seul, il ne lui resterait pas grand monde à regarder. »

Pour la personnalité si profondément humaine et désespérée du cliché (« Frank Parrish aurait aimé croire en Dieu, mais il estimait que la foi devait être mutuelle. Elle devait être réciproque. Et il savait, avec une absolue certitude, que Dieu ne croyait pas en lui. ») qu’on l’adopterait volontiers pour le week-end, histoire de se booster la fibre maternelle.
Pour l’enquête, enfin, sur laquelle Parrish travaille, une sordide histoire de meurtres d’adolescentes, et qu’il a décidé de mener jusque à son terme sans se soucier des conséquences. Parce que les règles, parfois, sont faites pour être contournées. Et, tout simplement, parce que s’il n’allait pas jusqu’au bout, «  il ne serait plus capable de se regarder en face. Et vu qu’il vivait seul, il ne lui resterait pas grand monde à regarder. »

Verdict ? Plus conventionnel, plus téléphoné, plus bavard, plus artificiel aussi –ah ! les entretiens avec la psy, grossier prétexte à évoquer la « figure du père »-, que le formidable Seul le silence qui a fait connaître l’écrivain en France, Les Anges de New York est un mauvais Ellory, et un bon roman noir. En politique comme en littérature, tout est question de perspective.


Repères :

Les Anges de New York de R.J. Ellory, Traduit de l’anglais par Fabrice Pointeau, Ed. Sonatine (Paris), 500 p., 22 €. Parution : 15 mars 2012.
www.sonatine-editions.fr


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