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Les arrêts du coeur de Michel Berger

lundi 4 juin 2012, par Arnaud Viviant

Comment Yves Bigot a écrit la biographie d’un chanteur en apparence falot dans un vrai champ de mines

Yves Bigot marche sur des œufs, prend des précautions oratoires, affirme qu’il n’appartient à « aucun clan  ». Qui eût cru qu’écrire la biographie du falot et frêle Michel Berger, c’était entrer dans un champ de mines ? On a beau ne pas être fan de l’auteur de « Mademoiselle Chang  », voire même faire un rejet aussi déraisonnable que complet de l’opéra rock « Starmania » (tout en ayant, il est vrai, une certaine empathie pour la France Gall 80’s en salopette accouplée à Berger) c’est ce qui rend ce livre absolument passionnant.

Il y a pour commencer l’extraordinaire histoire du père de Michel Berger, Jean Hamburger, qui en elle-même vaut roman. Triple académicien (de sciences, de médecine, et de l’Académie française), néphrologue de renommée mondiale, inventeur du rein artificiel, il est un jour opéré pour un voile au poumon. Les chirurgiens le croient foutu, mais insuffisamment anesthésié, le voilà qui se met à diriger sa propre opération ! Quand il sort du bloc opératoire, il ne se souvient pas d’être marié, et ne reconnaît pas ses enfants. Comme l’écrit Yves Bigot, « Amnésie partielle ou opportuniste, accident cérébral ciblé ou simulacre, on ne le saura jamais  ». Toujours est-il que le professeur ne retournera jamais dans le giron familial, que sa femme lui écrira chaque lundi pendant près de cinquante ans une lettre lui donnant des nouvelles de ses trois enfants, à quoi il ne répondra jamais, mais dont on découvrira à sa mort qu’ils avaient toutes lues et relues. Plus de père, mais une mère pianiste, concertiste qui l’oblige à prendre des cours (de son propre aveu, Berger jouera toujours mal du piano, mais avec une main gauche étrange — il ne saura par ailleurs jamais lire la musique). Et premiers enregistrements à l’époque « Salut les copains » yéyé dont il est le « petit chose ». Mais à 19 ans, il arrête pour passer sa maîtrise de philo (sujet : « Esthétique de la pop » avec une étude comparative des deux derniers albums de Jimi Hendrix !) avant de devenir directeur artistique et enregistrer son premier LP, « Puzzle  » à 24 ans. Puis ce sera la rencontre avec Véronique Sanson.

Pour reprendre les termes sartriens, on pourrait parler entre Véronique Sanson et Michel Berger d’un amour transcendant, et entre Michel Berger et France Gall d’un amour contingent.

Ici commence une histoire d’amour qui n’en finira jamais, et qui pourrit encore, vingt ans après la mort de Michel Berger, les relations entre France Gall et Véronique Sanson. Le cœur du livre de Yves Bigot, c’est le cœur de Michel Berger. On nage en plein romantisme, celui-là même de ses chansons. Pour reprendre les termes sartriens, on pourrait parler entre Véronique Sanson et Michel Berger d’un amour transcendant, et entre Michel Berger et France Gall d’un amour contingent. Véronique et lui sont issus d’un même milieu huppé (elle est, pour sa part, la fille d’un député gaulliste). Tous les deux sont auteur, compositeur, interprète, leur instrument étant le piano, et tous deux chantent avec ce même célèbre vibrato qui fera que, lorsqu’il produira son premier album, « Amoureuse  », les mauvaises langues parleront de la chèvre et de son berger. Leurs amours effectives ne dureront que deux ans, avant que Véronique ne descende «  acheter des cigarettes » (lui ne fume pas) pour rejoindre sans un mot l’Américain Stephen Stills (de Crosby, Stills, Nash & Young) avec lequel elle aura un enfant. Mais, toujours, par chansons interposées, ils continuent de se parler. Il enregistre « Seras-tu là ?  », chanson à laquelle Sanson répond par une autre, intitulée « Je serai là  ». S’agit-il alors d’un adultère virtuel ? Là encore, le biographe marche sur des œufs.
Dans des pages relativement virtuoses, Yves Bigot essaie sur cette question de prendre de la hauteur, sans se situer une fois encore dans un camp ou dans l’autre : « Il est facile de s’imaginer que Michel, comme Véronique, ont eu intérêt à ne pas cautériser cette blessure fondatrice, mais, au contraire, à l’entretenir, la nourrir, pour l’invoquer à intervalles réguliers, la convoquer, suivant l’axiome de Musset qui voudrait que "les plus désespérés sont les chants les plus beaux" ». Pourtant, en ce qui nous concerne, et pour rassurer France, si jamais elle en avait besoin, leurs sanglots ne sont certainement que ceux de la mémoire. En rien n’était-elle menacée dans sa vie, dans sa relation, dans son amour. Seulement, peut-être, dans les fantasmes de son mari, mais personne au monde n’a de prise là-dessus, nulle part, jamais, ni ne devrait en avoir  ».

En dépit de ces phrases diplomatiques, le journaliste Yves Bigot (actuellement directeur des programmes de RTL) accumule des éléments tout à la fois splendides et sordides sur cet étrange « ménage à trois » que formèrent Gall, Sanson et Berger. Toutefois, apprend-on dans le livre, c’est une troisième femme qui allait coiffer les deux précédentes au poteau. Elle s’appelle Béatrice Grimm, et serait la descendante d’un des deux fameux frères conteurs. Alors que son ménage avec France Gall battait de l’aile depuis plusieurs années, Michel Berger s’apprêtait à refaire sa vie avec elle à Los Angeles, quand il est mort, il y a exactement vingt ans, le 22 août 1992, sur un court de tennis à Ramatuelle. D’un arrêt du cœur, justement.


Repères :

« Quelque chose en nous de Michel Berger », d’Yves Bigot, éditions Don Quichotte, Paris, 320 pages, 19,99 euros. Sortie : mai 2012


Par S.le 11 octobre 2014 : Les arrêts du coeur de Michel Berger

C’est quoi ce torchon ?


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Par gabrielle 22 août 2013 : Les arrêts du coeur de Michel Berger

Faut être con pour dire tout ça... Faut rien connaitre à la poésie, à la musique, Michel Berger c’est " message personnel, Diego, Cezanne peint, ce soir je ne dors pas, quelques mots d’amour, si maman si, quelque chose de Tenessee, le paradis blanc................) faut être absolument inculte et primaire et abruti pour dire que c’est de la merde... Faut être un vrai con..


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    Par Francinele 14 décembre 2013 : Les arrêts du coeur de Michel Berger

    Les goûts et les couleurs ça ne se discutent pas certains aiment d’autres non.
    Alors cessez d’insulter les autres qui aiment pas de con.

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le 12 novembre 2012 : Les arrêts du coeur de Michel Berger

oui un romantisme dépressif qui mériterait bien un film, mais c’est peut être déjà fait ?


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le 1er novembre 2012 : Les arrêts du coeur de Michel Berger

quelle omelette... niveau Ici Paris


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le 1er novembre 2012 : Les arrêts du coeur de Michel Berger

Tout le monde meurt d’un arrêt du coeur.


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le 1er novembre 2012 : Les arrêts du coeur de Michel Berger

Nicole Berger, oui !
Michel Berger... culture du pauvre !


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le 1er novembre 2012 : Les arrêts du coeur de Michel Berger

PASSIONNANT !


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