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Les bébés nativement corrects de Chantal Delsol

lundi 22 septembre 2014, par Alain Jugnon

Sous couvert d’une raison anthropologique, Chantal Delsol pratique l’idéologie recuite de la famille la plus bornée

Aux Editions du Cerf, il est des philosophes d’obédience catholique, qui publient des livres de philosophie politique, et qui, avant de frayer, c’est-à-dire de montrer leur anthropologisme, aiguisent leurs bois en les frottant aux arbres de la forêt des idées de droite extrême, au cœur desquelles ils se reproduisent et batifolent en meutes très médiatisées : ce ne sont plus des animaux, non, mais ce sont encore des penseurs français comme la civilisation française en produisait au dix-neuvième siècle, des forts, des droits et des raciaux.

Ainsi Chantal Delsol qui, en publiant son dernier livre, Les pierres d’angle, fait montre d’une belle audace métaphysique lorsqu’elle tente d’expliquer aux Français d’origine étrangère qu’ils n’ont pas à se forcer à faire des enfants ici sachant qu’ils n‘ont pas vocation à faire venir au monde, eux, des êtres humains de culture française : comme elle l’écrit, en bonne « anthropologue » catholique : « Avoir des enfants signifie sauver une culture  », sous-entendu la culture, sans le mariage à l’église et sans l’ordre catholique au pouvoir et dans les mœurs, est en danger, sus au multiculturalisme donc ; autrement dit : pas d’Eglise, pas de bébé.

La philosophe catholique poursuit (et on prend peur pour la survie des bébés musulmans dans une société « juste » religieusement parlant et delsolienne) : « Mais à partir du moment où l’individualisme a été développé au point que chacun donne sens à sa vie pour lui-même et sans critères partagés par son groupe, on ne voit pas pour quelle raison il se donnerait une descendance – puisqu’il n’aura rien à transmettre. Le refus contemporain de transmettre, la honte de dévoiler de l’autorité (« il choisira quand il sera grand »), le manque d’attachement à ses propres principes, tout cela rend à vrai dire la procréation absurde : pourquoi mettre un enfant au monde si ce n’est pour lui transmettre un art de vivre et de penser ? Nous ne sommes pas des animaux submergeant la terre. Nous sommes des êtres de culture et quand on parle de donner la vie, on sous-entend le fait de transmettre une culture. Si celle-ci ne porte pas assez de légitimité, le don de la vie s’effondre en même temps ».
Sous entendu : les musulmans en France, mais aussi les étrangers à la culture dans laquelle ils font des enfants, s’ils font ce qu’ils peuvent (les imbéciles ! comme dirait Bernanos) ne savent pas ce qu’ils veulent quand ils procréent puisqu’ils ne sont pas conscients humainement parlant de décider pour les autres de la continuation d’une civilisation, qu’il ne connaissent pas, qu’ils refusent parfois mais surtout qui n’est pas la leur. Pas de culture française, pas de conscience autonome et libre. Pas d’identité française, pas de liberté humaine. Disons qu’en lieu et place d’une « anthropologie », c’est bien une idéologie française qui est à l’œuvre chez Chantal Delsol.

Pas d’identité française, pas de liberté humaine...

Comme de bien entendu (entre philosophes catholiques le sous-entendu fait office de sous-dogme), Chantal Delsol, suite à ces pages anthopo-théologiques, en vient à évoquer la figure héroïque et très christique du Père de famille selon Charles Péguy. Le problème est que jamais chez Péguy, l’anarchiste et le socialiste, le père de famille ne prend de majuscule, dieu lui-même y perdant de sa majesté pour y gagner toute la matièreté qu’il faut dans un monde sans plus de chrétienté mais chargé d’âmes encore et de noblesse humaine partout. Pour Delsol, le père de famille est en quelque sorte le préfet de Dieu, la garde-chiourme de la loi divine, alors que pour Péguy, et parce qu’il savait que l’avenir est proprement humain, par politique appliquée et selon une mystique matérialisée, le père de famille est un peu comme le sur-humain chez Nietzsche : d’ailleurs il peut être une mère ce père, de plus il est l’homme simple, le premier venu, celui qui sait avant tous les autres (les politiques mis en parlement, les philosophes en odeur de sainteté) que ce n’est pas la culture qui fait son homme mais bien tout homme qui se fait culture, par autonomie de l’esprit et par le jeu libre du corps pris à son œuvre.

Chantal Delsol n’est pas humaniste, et c’est bien dommage pour les bébés musulmans. C’est à chaque fois un petit Prométhée basané que la philosophie catholique veut assassiner.


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