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Les brigades de l’adjudant Ménard

Où un maire de Béziers rouleur de mécaniques et grand recruteur de policiers à cheval et à chien voit du méchant linge et des musulmans partout.

vendredi 17 juin 2016

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Un ami prétend volontiers que je râle souvent. Qu’il ne faut pas me pousser beaucoup pour que je grogne. Bien entendu il n’en est rien.
Je passe beaucoup plus de temps à ronger mon frein en silence qu’à râler. N’exagérons point. D’autant que râler ne sert strictement à rien. Je n’ai pas l’impression. C’est au pire un moyen d’expression passager, et puis… Je pourrais donc aussi choisir de ne pas m’exprimer, bien sûr. Mais il n’y a pas véritablement d’intentionnel sous roche, c’est un réflexe.
Un réflexe qui me cramponne et me pousse viscéralement à l’expression.
Tout m’énerve.
Voilà, c’est ainsi : l’embêtant c’est que tout m’énerve.
Subséquemment, prétendre que « tout m’énerve » est excessif, bien entendu. Presque tout m’énerve. Ce qui laisse de la marge. Quand je ne suis pas irrité, au repos, je suis le plus charmant des garçons. Manque de pot, où que je porte mon regard et tende l’oreille il se passe toujours quelque chose qui m’enflamme les évaginations bulbiformes. Et plutôt que laisser pisser, comme dirait et ferait le vulgaire de service, non, il faut que je m’implique et me fasse du mal.
J’ai bien essayé de me soigner, je pense, plus ou moins consciemment, mais malgré mes efforts le mal non seulement ne se résorbe pas mais persiste, voire progresse. Alors… l’âge ? Sauf que l’âge, dit-on, serait plutôt générateur de sagesse, c’est ce que prétend la rengaine, et sagesse aurait tendance à rimer avec coolitude, flegme, apaisement. Impassibilité. Calme. Sang-froid, placidité… Etouffement ? Inhibition ?
Oui mais seulement, aussi, aux alentours, ça n’arrête pas. Ce n’est que ça, dans le tournoiement des tambours de la laverie, tous ces crasseux oripeaux de tristes événements à la pelle, à la benne, à foison. Il n’y a qu’à se baisser. Piocher dans le tas. On le ramasse tous azimuts, le linge sale… Les doigts crochus, les yeux fermés, c’est la pêche à la grenouille, il pleut, il mouille… au petit bonheur la pas-de-chance. Au hasard de la pléthore, tiens :
Béziers pour ne pas la nommer pourrait être probablement une ville charmante. Je n’en sais rien, je le suppute. Ce que j’en sais ne me le laisse pas croire, mais bon, l’espoir demeure. A la tête de cette ville, selon la formule, dégringola un « beau » jour un certain Robert Ménard qui s’en retrouva maire et depuis lors, le bougre, ne cessera avec vigueur de faire montre d’exemplarité en terme de coriace administration urbaine.

Le geste de fer d’une main de fer dans un gant de fer

À coups de décisions globalement inspirées du roulement de mécaniques, la voix haute, le geste de fer d’une main de fer dans un gant de fer, le regard enfiévré par la conviction. Le maire-Ménard dans un premier combat s’en prit au linge qui sèche aux fenêtres, c’était avant de vouloir ficher les élèves des écoles selon leurs noms, prénoms, appartenances religieuses, que sais-je encore dans le style… Le souci premier du maire-Ménard est de faire de sa city une ville propre et sécurisée. La sécurité est sa bataille. Son engagement. A peine assis dans son fauteuil d’édile, il fait le ménage dans la police municipale qu’il rajeunit et reformate à coups de nouveaux éléments. Il innove dans l’équipement armé du paysage : 38 spécial, tasers, caméras embarquées, la panoplie. Brigade équestre. (Pour mieux galoper derrière les voyous dans les ruelles de la ville ? Ou pour la parade ?) Le summum : brigade canine, avec uniforme identifiable, peut-être un logo en forme d’étron sur la casquette, chargée de réprimander les lâcheurs de merdes intempestives, ce n’est pas une plaisanterie, de ficher ( c’est une manie ) les toutous via leur ADN, ce qui permettrait évidemment de coffrer les fautifs après analyse et correspondance identitaire des crottes contrevenantes. Non, nous ne rêvons pas.

Et tandis que le maire-Ménard psalmodie ces mesures sécuritaires, en discours, déclarations, mesures prises, lignes brouillonnes dans son journal local, la voix haute, tandis que, tranquillement depuis des mois et des années, à l’angle de la rue de l’Hortet et de l’avenue Gambetta, des dealers installés mettent leur souk chaque nuit, gueulent, braillent, jouent au foot sur la chaussée, se battent, insultent tous azimuts et ne font pas ramadan. Au vu et au su. Des mois. Peinards. Narguant tranquillos le Maire-Ménard et ses brigades de la mord-moi-le.
Je ne sache pas que la brigade canine soit affectée au prélèvement de leur ADN… On parie ?


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