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Les doudous de la propagande chinoise

dimanche 15 janvier 2012, par Emmanuel Amar

Tags : Chine , Panda

En louant un couple de pandas superstars à la France, Pekin s’offre un beau coup marketing pour faire oublier la gestion déplorable de son environnement

Effervescence ce dimanche à Roissy, tambours, trompettes, officiels : ils arrivent ! Qui ? Chefs d’Etat, stars planétaires ? Que nenni. Les héros de tout ce barnum sont un couple de Pandas géants, prêtés par la Chine au zoo parc de Beauval (Loir-et-Cher).

Un peu de zoologie pour planter le décor. Le Panda géant a été porté à la connaissance du monde occidental en 1869 par Armand David, naturaliste et missionnaire. Bien étrange animal qui fit s’arracher les cheveux des taxonomistes, en témoigne son nom scientifique Ailuropoda melanoleuca, qu’on peut traduire par « pied de chat, noir et blanc ». Le Panda fut d’abord considéré comme un proche parent des ratons-laveurs, avant d’être finalement intégré à la famille des Ursidés. Un ours aberrant, qui par un processus évolutif, est passé d’un régime de carnivore à celui de consommateur exclusif de bambous. Nourriture aussi indigeste que peu énergétique, il doit en ingurgiter 30 à 40 kg par jour pour survivre et maintenir un métabolisme très bas.
Comment expliquer depuis sa découverte l’engouement autour de ce nounours pataud qui passe le plus clair de son temps à somnoler ?

En posant la question au public « comment qualifieriez vous le Panda » ? Il y a de bonnes chances que « mignon » remporte tous les suffrages. Le Panda n’est pas beau, il est mignon. Bouille ronde, grands yeux étonnés, l’animal garde à l’âge adulte des caractères juvéniles – les scientifiques parlent de néoténie – qui suscitent immédiatement la sympathie. Les créateurs du WWF ne s’y sont pas trompés en adoptant le Panda pour logo… Les chinois non plus.
Le Grand Panda ne vit qu’en Chine, son aire de répartition beaucoup plus vaste à l’origine se réduisant actuellement à quelques aires protégées dans le centre du pays. Il n’en reste probablement pas plus de 1500 à l’état sauvage. L’espèce est victime de la destruction et de la fragmentation de son habitat, mais aussi de la floraison, donc de la mort cycliques des bambous qui le privent de son unique nourriture. Elle est probablement aussi en «  fin de course évolutive  ». Le Panda est en sursis et les Chinois l’ont classé Trésor national.

Le Panda est aussi un enjeu diplomatique. Pour symboliser le rapprochement entre le Chine Populaire et la France, Mao Zegong en offrit un couple en 1973, Yen Yen et Li Li, au président Pompidou. Les animaux passés de vie à trépas, plus de Pandas en France depuis l’arrivée ce jour en grande pompe de Yuan Zi et Huan Huan, un couple prêté par la Chine au Zoo parc de Beauval. Après des années de tractations impliquant les plus hautes instances de l’Etat, le couple arrive en France dans un avion spécialement affrété.
Il n’est plus question de don mais de prêt ou plus exactement de location de 10 ans. Le zoo devant reverser une redevance à la Chine pour contribuer soit disant au financement de programmes de protection de la nature. Si le couple manifeste des velléités de reproduction - ce qui n’est pas gagné vu le peu d’entrain de l’animal pour la chose - le ou les rejetons deviendront propriété de la Chine.

Beau coup marketing pour le zoo qui en proposant cette espèce emblématique, s’offre une belle publicité et espère attirer plus de public, ne serait-ce que pour rentabiliser la location des animaux et des investissements réalisés pour les accueillir. Cependant, en cas de mort prématurée d’un ou des deux spécimens, faudra-t-il dédommager le gouvernement chinois en lui prêtant pour 10 ans un de nos trésors nationaux, La Joconde ou Les très riches heures du Duc de Berry ? La question mérite d’être posée.

Le Trésor national Panda cache aussi une politique de développement anarchique

Beau coup de publicité pour la Chine surtout et moyen de s’offrir à peu de frais une virginité écologiste, en faisant oublier la gestion déplorable de son environnement. Oubliée la quasi destruction des forêts chinoises et les menaces de désertification. Oublié le rôle majeur de l’Empire du milieu dans le processus de disparition à court terme, notamment pour les besoins de la pharmacopée traditionnelle d’espèce aussi emblématiques que le Tigre et les Rhinocéros africains ou asiatiques.

Le Trésor national Panda cache aussi une politique de développement anarchique avec comme dommages collatéraux par exemple l’extinction, au début des années 2000 du Baiji (Lipotes vexillifer) une des rares espèces de dauphins d’eau douce, endémique du bassin du Yangzi Jiang.
Avide de matières premières comme le bois et de terres agricoles, l’Empire du milieu étend son emprise sur ses voisins asiatiques et au-delà, en Afrique dans un lent processus de colonisation qui ne dit pas son nom…
Peu de critiques. La Chine fait peur, le business est roi et l’Occident subit le diktat. Yuan Zi et Huan Huan ne sont que des doudous du soft power chinois, des instruments de propagande.


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