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Les nouveaux communicants de DSK

lundi 6 juin 2011, par Michael Moreau

Après avoir tenté de gérer la crise de l’affaire Strauss-Kahn , les communicants d’Euro RSCG mis sur la touche ont cédé leur place aux Américains d’Ein Communications.

Quel rôle aujourd’hui pour Euro RSCG dans la crise DSK ? Il est, à vrai dire, quasi inexistant.
Rarement leader politique ne s’était pourtant jusqu’ici lié à une grande agence de communication à dimension internationale, celle-là même qui avait connu ses premières heures de gloires en participant à l’élection de François Mitterrand il y a tout juste 30 ans, et dont la communication de crise est aussi l’un de ses métiers revendiqués.
Pendant des mois, les hommes d’Euro RSCG s’étaient préparés à arracher un rôle central dans la campagne présidentielle de 2012 autour de leur champion, misant une fois encore sur lui, alors qu’ils n’avaient pas été retenus pour orchestrer la communication de Ségolène Royal en 2007. Le travail avec DSK pour tenter de l’installer aux plus hautes fonctions de l’Etat avait démarré tôt : dès 1997, lorsque Dominique Strauss-Kahn fut nommé à Bercy, Stéphane Fouks, aujourd’hui co-président d’Euro RSCG Worlwide, avait sollicité une rencontre. Puis était rapidement parvenu à se placer comme l’un de ses principaux conseillers de l’ombre.
Ces derniers mois, Stéphane Fouks et son équipe se chargeaient de ce qu’ils appelaient « mettre en scène le silence » de DSK autour de ce qui devait être sa probable candidature aux primaires du parti socialiste. Objectif : « faire monter le désir dans l’opinion  » au travers de grandes « séquences de com’  » étudiées au millimètre : petite phrase d’Anne Sinclair dans « Le Point », JT 20 heures de Delahousse sur France 2, documentaire intimiste sur Canal+...
Mais la nuit du 14 mai dernier et l’arrestation de Dominique Strauss-Kahn a donc été le coup de massue qui a écrabouillé espoirs et travail de longue haleine. Au-delà de la stupeur, Euro RSCG a d’abord tenté de joué un rôle dans cette affaire devenue mondiale.

Lionel Jospin et les éléments de langage

Gilles Finchelstein, directeur des études au sein de l’agence et « plume » de DSK, a rencontré Anne Sinclair dès le premier jour de la crise, lorsqu’elle a signé un communiqué de soutien à son mari. Stéphane Fouks mais aussi Ramzi Khiroun, chargé des « affaires sensibles » au sein de l’équipe Euro RSCG enrôlée pour DSK, ont eu des journalistes au téléphone, évoquant même une éventuelle conférence de presse qui n’aura finalement jamais lieu. Ces communicants ont enfin reçu les soutiens politiques de Dominique Strauss-Kahn pour les abreuver d’« éléments de langage » avant leurs réactions télévisées. Ainsi tous ont-ils prononcé les mêmes mots : « Cela ne ressemble pas à l’homme que je connais  ». Ces mêmes mots que Stéphane Fouks avait déjà conseillé à Lionel Jospin, dont il assurait la communication en 2002, lorsque ce dernier avait dû s’expliquer sur France 3 de son dérapage sur un Jacques Chirac « vieilli, usé, fatigué  » : « Cela ne ressemble pas à l’homme que je suis », s’était-il excusé.

Agences de relations publiques et lobbying

Très vite, cette fois, Euro RSCG a pourtant été mis sur la touche. En 2008, lorsque Dominique Strauss-Kahn avait déjà été mis en cause dans une affaire de mœurs au FMI avec une économiste hongroise, l’agence était officiellement chargée de gérer le déminage de crise, avec un contrat en bonne et due forme signé avec Anne Sinclair. Mais aujourd’hui, en 2011, l’affaire est autrement plus grave et s’est déplacée sur le terrain judiciaire. Euro RSCG n’est donc investi d’aucune mission, et a dû, au bout de quelques heures seulement, laisser la barre aux avocats américains de DSK. Ces derniers agissent sur le terrain de la communication, mais ont préféré signé avec des agences de relations publiques et de lobbying américaines, comme Ein Communication, fondée par Marina Ein. Cette consultante connait logiquement mieux la presse américaine, et avait déjà dû gérer le scandale -dit « scandale Chantal Levy » - de la disparition mystérieuse de l’assistante parlementaire d’un élu démocrate en 2001.
Euro RSCG prié donc de ne plus s’immiscer dans ce dossier et d’éviter la moindre « bourde » médiatique qui pourrait faire exploser la stratégie de défense du camp DSK... Ce coup de massue intervient alors même que l’agence commençait à faire l’objet d’une méfiance dans les rangs socialistes. « Trop voyante », jugeaient certains.

EURO RSCG cherche déjà la parade

Après la photo parue dans la presse d’un Dominique Strauss-Kahn pénétrant dans la Porsche de l’un de ses conseillers, Ramzi Khiroun, et de la polémique qui avait suivi, des voix au sein même du camp du leader socialiste lui avaient conseillé de prendre de la distance avec ses conseillers de l’ombre. L’agence devra vraisemblablement se mettre en retrait lors de la campagne présidentielle de 2012. Coup dur, mais elle cherche déjà la parade.

Les socialistes n’en ont sans doute pas encore tout à fait fini avec Euro RSCG, l’agence qui continuera de conseiller -parfois bénévolement- des incarnations possible de la relève, comme Manuel Valls ou Arnaud Montebourg. C’est que l’élaboration de la campagne de 2017 est déjà dans les esprits.


Repères :

Michaël Moreau est le co-auteur avec Aurore Gorius de Les Gourous de la com, trente ans de manipulations politiques et économiques (La Découverte).


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