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Les trois rebonds de l’affaire PRISM

mardi 2 juillet 2013, par Christian Harbulot

En révélant certaines facettes du système d’espionnage américain dans le monde, Edward Snowden a permis l’ouverture du débat sur trois fronts essentiels : le front des Etats, le front de la démocratie, le front des entreprises.

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.Le front des Etats. L’affaire PRISM soulève la question de la souveraineté informationnelle des Etats. Lorsqu’Internet a commencé à être utilisé en France au début des années 90, le Secrétariat Général de la Défense National avait préconisé d’éviter son utilisation dans le cadre administratif. Il s’avéra très vite impossible de suivre ce conseil qui reposait déjà à l’époque sur des suspicions légitimes.

En 2013, les captations illégales de l’information sont devenues monnaie courante. Rappelons à ce propos que d’autres Etats ont recours aux mêmes pratiques que les agences de renseignement américaines) mais dans un ordre de grandeur non comparable. Autrement dit, une question se pose : comment garantir les termes de la souveraineté informationnelle d’un Etat ? Depuis l’émergence de la société de l’information, les Etats-Unis tirent profit de l’avantage de contrôler à la fois le contenant c’est-à-dire l’infrastructure du web et une partie du contenu via son expansion par les réseaux sociaux. La question de la souveraineté informationnelle est une problématique qui peut apparaître insoluble. On imagine mal comment la puissance américaine peut se priver d’un tel atout. Il existe cependant une piste de réflexion intéressante qui dissocie les pertes liées à la captation des avantages potentiels tirés de l’usage de l’information. Dans l’exemple du passage de l’éduction nationale au numérique, la maîtrise de la création et de la production des programmes est encore une partie que nous pouvons remporter dans le domaine de l’usage. Encore faut-il que le pouvoir politique et le monde de l’entreprise trouvent un terrain d’entente pour définir des stratégies communes au niveau français et européen.

. Le front des démocraties. La redéfinition de la démocratie dans la société de l’information. C’est une page presque blanche qu’il faut remplir dans un contexte où règne la confusion la plus totale. Les Etats-Unis et leurs firmes numériques ne veulent pas d’une protection des données personnelles au sens où nous l’entendons en Europe et plus particulièrement en France. Le viol du secret de correspondance qui est inhérent à l’affaire PRISM est une remise en cause d’un principe élémentaire de la vie des citoyens dans un cadre démocratique.

Si l’Union Européenne se couche sur ce dossier, il sera inutile de nous parler de démocratie dans la société de l’information

. Le front des entreprises. L’affaire PRISM et ses prolongements ouvrent une brèche majeure par rapport au respect de la libre concurrence dans un univers informationnel poreux. Les entreprises ne peuvent plus appliquer la politique de l’autruche. Il est impossible de sécuriser Internet. La transparence souhaitée par l’Europe et l’arrêt immédiat des activités intrusives américaines ne semblent guère crédibles. En revanche, tout reste possible pour obliger les firmes américaines du numérique à revoir leurs disclaimers en fonction de nos critères de protection des données personnelles. Si l’Union Européenne se couche sur ce dossier, il sera inutile de nous parler de démocratie dans la société de l’information.


Repères :

Retrouvez Christian Harbulot sur www.ege.fr


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