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Les yo-yo du hurlevent

mercredi 9 novembre 2011, par Arnaud Viviant

"Les solidarités mystérieuses" de Pascal Quignard : « La soupe tombait en partie sur la table »

Tags : Pascal Quignard, Les Solidarités Mystérieuses, Gallimard

Au moins rigole-t-on bien en lisant « Les solidarités mystérieuses », le nouveau roman de Pascal Quignard. De près, l’écriture de ce drame breton fait songer à Marguerite Duras bourrée ou plagiée (à la grande époque) par Burnier & Rambaud. Ou à du Queffelec à marée basse. Dans ce roman choral où tout le monde parle d’une seule et même voix (c’est le plus dur à faire, les voix, disait à peu près Faulkner), l’histoire est simple : il s’agit d’évoquer les liens du sol — et ici de la mer — contre ceux du sang, ces « solidarités mystérieuses » qui s’établissent au-delà des lignages.

Claire (qui parle huit langues et qui était traductrice) fuit. C’est dans sa nature. Elle a divorcé juste après avoir accouché : au bout de dix jours, vroum, elle était déjà partie, en abandonnant sa seconde fille derrière elle. Quand le roman commence, elle retourne dans sa Bretagne natale, près de Dinard, où elle a grandi à l’orphelinat (ses parents sont décédés dans un accident de voiture, où seuls son frère cadet Paul et elle ont survécu). Elle retrouve immédiatement sur le marché sa vieille prof de piano désormais proche de la mort, et Simon, son amour d’enfance, devenu maire du village. Très vite, la vieille dame veut adopter Claire, en faire sa fille. Puis Paul rejoint Claire. Lui tombe amoureux du curé : en bref, Claire couche avec le maire, tandis que Paul couche avec le père (de la paroisse), tout ça pendant que battent les éléments sur la lande. En bref, c’est entre « La pute de la côte normande » du côté de Dinard et les yo-yo de Hurlevent…

En bref, Claire couche avec le maire, tandis que Paul couche avec le père (de la paroisse), tout ça pendant que battent les éléments sur la lande.

Mais le mieux demeure quand même le style. Quignard, bien connu pour ses miscellanées gréco-latines qui lui valurent le Goncourt, se lâche ici dans le prosaïsme : « Le printemps était doux et mou » ; « Dans le hangar, les brancards en l’air, s’effritait une charrette  » ; « Elle mit de côté près de la balance le deuxième sac en papier recyclé qui contenaient les poireaux qui dépassaient » ; la très fortement durassienne « Il pleut lentement sur elle », la splendide « La terre grasse reçoit un peu de lumière qui vient du soleil  » ou encore — notre préférée — « La soupe tombait en partie sur la table » pourraient vite devenir des phrases cultes chez tous ceux que Pascal Quignard a toujours amusé. Nous ?


Repères :

« Les solidarités mystérieuses », de Pascal Quignard, Gallimard, Paris, 251 pages, 18,50 euros. Sortie : septembre 2011.


le 20 décembre 2011 : Les yo-yo du hurlevent

« Dans le hangar, les brancards en l’air,elle mit de côté les poireaux qui dépassaient" je propose.
Très amusante votre critique.


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