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Lire Laure

mercredi 30 janvier 2013, par Emmanuel Lemieux

Découvrir complètement la vie de Colette Peignot alias Laure, plus connue mais injustement comme compagne de Georges Bataille

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Culture. Laure ? La lit-on encore ? En 1938, s’éteignait une jeune femme de feu. Colette Peignot dite Laure (1903-1938) a vécu une liberté en auto-combustion permanente avant que la maladie ne la réduise en cendres. Longtemps, elle a été connue de façon condescendante comme simple épouse-amulette de Georges Bataille, ou accroche-coeur de Michel Leiris. Pour Leiris justement, elle lui apparaissait comme "une émeraude médiévale alliant à son incandescence un peu chatte une suavité vaguement paroissiale de bâton d’angélique. " "Pour nous, le personnage relevait de la mythologie surréaliste" expliquera des décennies plus tard Maurice Nadeau. Les éditions Les Cahiers lui rendent justice d’une influence souterraine et d’une autonomie bien plus intéressante que cette postérité d’ombre, et engagent un long travail de défrichage bio et bibliographique la concernant. Sa vie aura été nettement plus dense, riche, dangereuse que celles des deux messieurs réunis.
Une femme qui se sera créée et recréée.

"Archange ou putain
je veux bien
Tous les rôles
me sont prêtés
La vie jamais reconnue
"

Issue d’une famille d’ industriels, bourgeois et conservateurs,elle passe vite à autre chose, après qu’un abbé précepteur ne se soit allé à quelques attouchements. "Je vous salue ! Marie, merde, Dieu." Elle ne rejette pas vraiment la foi, mais plus certainement sa famille et les normes sociales qui vont avec. Elle jure, à dix-sept ans, qu’elle vivra désormais selon sa conscience. Survit à un suicide au revolver. Mille vies. Dans le tourbillon parisien avec Crevel, Aragon, Picasso, Bunuel. En Corse. A Berlin avec un médecin, allemand sado-maso. L’apprentissage du russe et puis, un voyage en Russie même où elle devient la maîtresse d’un grand écrivain, Boris Pilniak, puis vit dans un village perdu de moujiks et se vaccine du communisme. Rentre à Paris dans le Cercle du Communisme Démocratique fondé par un précurseur de l’anti-stalinisme, Boris Souvarine, et vit avec lui jusqu’en 1934. Ecrit sous le pseudonyme de Laure Araxe dans La critique sociale, revue anti-stalinienne qu’elle finance. Pratique la rencontre libre. Prend les hommes comme ils viennent. Entre en tumulte d’intimité avec Georges Bataille. S’accouple d’amitié avec Michel Leiris. Plonge dans l’expérience de la revue et de la société Acéphale théorisée par Bataille : la communication, le sacré, l’écriture sous le sceau du secret absolu.
Son neveu Jérôme Peignot qui l’appelle sa "Mère diagonale" et la déterre de passion depuis des années : " Pour moi Laure a été plus un maître à vivre qu’un maître à penser." Et dans un autre texte : "Mieux la connaître, c’est brûler du feu qui la dévora." 1939, Laure, en délicate santé toute son existence, voit sa vie affamer par la tuberculose. Elle meurt au bord de la guerre.

" Pour moi Laure a été plus un maître à vivre qu’un maître à penser." (Jerôme Peignot)

Même si, inévitable dans ce genre d’exercice collectif, tous les textes sont loin d’être à la hauteur du personnage, le travail éditorial de Jean-Sébastien Gallaire mérite le détour, lui qui a su agréger dans ce premier numéro, une iconographie de qualité, une variété d’angles biographiques et de facettes analytiques, sans oublier un DVD de huit textes lus des Ecrits de Laure sur des musiques de Jean-Marc Foussat.
"La simple vie
que je cherche encore
Elle gît
tout au fond de moi
leur pêché a tué
toute pureté
"

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Repères :

- Cahiers Laure (Volume 1), SLD Jean-Sébastien Gallaire, Editions Les Cahiers ( 263 pages, 35 euros ;
Commande électronique sur
www.editionslescahiers.fr


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