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Magnificence d’Erich Von Stroheim

mardi 31 juillet 2012, par Alexandre Mathis

The Great Gabbo, The Crime of Doctor Crespi, The Lady and the Monster , The Mask of Diijon ... Revoir et savourer le jeu d’un acteur étonnement humain qu’un coffret de DVD (Artus Films) ranime

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Lorsqu’il tourne The Great Gabbo, en 1929, sous la direction de James Cruze, la carrière de Stroheim cinéaste (cinéma muet hors des normes) est derrière lui, avec Queen Kelly la même année, et le somptueux La Symphonie nuptiale, film de tous les excès, tourné l’année précédente, dont le spectateur ne verra qu’une version charcutée. Kenneth Anger fera connaître au grand public les plans délirants perdus du film à travers des photos publiées dans Hollywood Babylone.
Eric Von Stroheim aurait réalisé des scènes de The Great Gabbo, qui ne lui sont pas créditées.
D’entrée de jeu, le film surprend par la beauté plastique, encore très proche du cinéma muet, d’une modernité perdue. Longs plans d’ensemble fixes, latéraux, en ouverture, où le spectateur découvre, comme sur une scène de théâtre, Gabbo le ventriloque (Stroheim), Otto, la marionnette, assis sur une chaise d’enfant, puis l’assistante, jouant le rôle de compagne à tout faire, Mary (Betty Compson vue l’année précédente dans Les Damnés de l’océan de Josef Von Sternberg). Gabbo est un personnage taillé sur mesure pour Stroheim. Monocle et balafre sur le front, il renvoit à la plus belle partie du film, le ventriloque et la marionnette en bois, alter ego des sentiments et des émotions qu’il n’exprime pas (noyau d’un scénario écrit par Ben Hecht), aux scènes de spectacle à trois, puis à deux (à celle sublime du restaurant, où la vie est scène de théâtre). Le film bascule dans ces moments du côté de Tod Browning. Otto n’est plus une marionnette, il apparaît comme un personnage à part entière, à qui Mary parle comme à une personne. Gabbo a avec Otto des rapports de complicité, tendres ou conflictuels, il s’adresse à Mary par personne interposée, passant par Otto.
S’il ne fait que voir les plats passer au restaurant, Otto le rend bien à Gabbo, lorsqu’il lui répond : «  j’espère que j’aurais mal à ton estomac. »
Cette partie (à deux ou trois personnages) est un régal pour les amateurs de vrai cinéma, où la part belle revient à l’insolite. Stroheim acteur est magnifique (dans quel film ne le fût-il pas ?), velours (douceur) de la voix, qu’il parle anglais ou français (Les Disparus de Saint-Agil, Macao l’enfer du jeu pour n’en citer que quelques-uns parmi les plus beaux, Portrait d’un assassin avec Maria Montez, Série noire, son dernier film… où il est poignardé par Robert Hossein).

L’impératif du son

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« On ne récolte de la vie que ce que l’on a semé  » (phrase récurrente) sera la grande leçon du film qui multiplie, entrée en scène du cinéma sonore dans les cinémas oblige, les scènes de girls of Broadway (sans le génie ‒ érotique ‒ à venir, quelques années plus tard, de Busby Berkeley). Ce remplissage, de mauvais aloi, dont le film aurait pu se passer, étire l’ensemble à une durée standard qui détonne avec la partie insolite. Interminables, barbantes scènes de music hall où se produit Mary (Gabbo et Otto sont absents), les intentions de la production sont claires, elle entend sortir un film « sonore », alors que la partie la plus riche du film est celle qui est empreinte encore de l’image du cinéma muet. Le schématisme d’un scénario qui réduit l’histoire à une affaire de dépit amoureux et de mégalomanie blessée n’est que plus voyant. La poésie des scènes du ventriloque alterne avec le prosaïsme des danseuses.

Fantasmagorie de l’enfance à travers la marionnette, insolite dans l’approche du regard, insolite ancré dans le quotidien, tendresse du regard sur la cruauté, comment ne pas penser, encore, à Browning.

Poe, l’auteur le plus pillé par le cinéma a été un homme toute sa vie à la recherche d’argent

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The Great Gabbo a antérieurement été édité par Bach Films (Gabbo le ventriloque). Les 3 autres films proposés par Artus Films dans un coffret « Eric Von Stroheim mystérieux » sont plus rares.
Dans The Crime of Doctor Crespi, la clinique du docteur Crespi (Eric Von Stroheim) n’est pas l’endroit indiqué pour se faire soigner.
Il ne s’y passe jamais rien, il n’y a qu’à dormir, déplore avec amusement, au téléphone, la secrétaire qui s’ennuie. André Crespi saisit l’opportunité de l’accident de voiture d’un ancien ami, qui a épousé cinq ans auparavant la femme qu’il aimait, pour assouvir une soif inextinguible de vengeance et de haine. Il lui administre une injection le projetant dans un état de mort apparente, où il demeure conscient. John H. Auer tourne, en 1935, The Crime of Doctor Crespi, s’inspirant du conte d’Edgar Poe, The Premature Burial, qui est étoffé pour en faire un film, comme cela sera fait souvent avec l’écrivain américain, en prenant beaucoup de libertés.
Victime de Crespi, le Dr Ross va revenir de loin. Crespi organise la mort et les funérailles de son ennemi avec une délectation maniaque, un sadisme, qui sont le meilleur du film. Stroheim est dans ces scènes un plaisir visuel à lui seul. Toujours avec la même retenue, la même élégance, la même majesté, même dans les moments de fureur contenue. Une scène d’enterrement d’un bel effet succède à ce défoulement, plans extérieurs divers (forêt, visage de la veuve), image centrée sur l’essentiel, lumière claire, cadrages pouvant rappeler Epstein. Forget and ForgiveForget and Forgive… des mots qui hantent Crespi, avant de mettre son projet à exécution. L’oubli et le pardon, c’est pas la tasse de thé du médecin, préférant les alcools forts. Crespi sèche des verres de gnole dans son cabinet, fume en savourant son forfait. À la différence de The Great Gabbo qui étire les scènes inutiles pour arriver à un film d’1 heure 35, The Crime of Doctor Crespi a le mérite de durer 1h05. Durée normale des séries B réduisant le champ de l’action à un temps sans boursouflures dans le récit. Cette durée d’une heure et quelques… (si les scènes musicales avaient été ramenées au seul besoin, elliptique, de l’action) aurait fait de The Great Gabbo un chef-d’œuvre.

Communiquer avec le cerveau d’un mort

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The Lady and the Monster

De fil en aiguille, d’un film l’autre, se tissent les mêmes thèmes au cœur de l’humain. La mort est là, au cœur de l’étrange.
Autre incursion dans le corps médical aux pratiques scientifiques parallèles, crapoteuses envers l’éthique de tout homme au service de la science, à défaut de l’être au service des siens, The Lady and the Monster de George Sherman (1944), film inédit en France dans les cinémas.
Inspiré du roman de Curt Siodmak, Donovan’s Brain (1942, édité en France, en 1949, sous le titre Le Cerveau du nabab, n°5 de la Série blême, couverture verte, chez Gallimard, reparution plus tardive en Série Noire).
Arizona. Le professeur Mueller fait à son domicile, maison lugubre appelée Le Château (premiers plans du film) des expériences sur la longévité de la vie du cerveau après la mort. Un petit singe des plus attendrissants, à la porte de la mort prétend Mueller, donne le la… Il sert de cobaye quand le film débute. L’assistant de Mueller, Cory, fiancé à Janice, protégée de Mueller depuis la mort de son père, se contente de faire des électroencéphalogrammes, « travail » routinier sur lequel Mueller ironise. Tensions entre Cory et Mueller, entre Janice et Mueller. Un accident d’avion est l’occasion inattendue pour le scientifique mégalomane avide de gloire, prêt à tordre le cou à la déontologie la plus élémentaire de la condition humaine.
« Faire vivre, au-delà de la mort, les cerveaux des savants…  ». La première matière grise dont Mueller hérite est le cerveau d’un escroc de la finance, déclaré mort par hémorragie cérébrale par le toubib signant l’acte de décès. Complications lorsque Mueller parle de coma à la famille découvrant des marques de trépanation. Le corps du magnat a été rendu sans le cerveau. Comment communiquer avec le cerveau vivant d’un mort ? Après éventualités diverses, la télépathie est retenue. Vider son esprit pour être disponible… Cory commence par signer de l’écriture dictée par le cerveau de Donovan. Automatisme de conduite. Les opérations frauduleuses et le passé douteux du personnage apparaissent sans que celui qui capte ces ordres secrets ait réellement conscience de leur sens, découvert à mesure que le film s’oriente vers le thriller. Tandis que Cory est de plus en plus sous l’emprise du cerveau de Donovan, la gouvernante du « château » et Janice, tentent, chacune leur tour, de détruire l’objet démoniaque sur lequel veille Mueller, ne dormant, à côté, toujours que d’un œil. Personnage sur mesure, une fois encore, pour Stroheim, qui perd en humanité ce qu’il avait dans The Great Gabbo, il perpétue ici ce qui était esquissé à des fins plus personnelles dans The Crime of Doctor Crespi. Cette histoire monte fatalement au cerveau de Cory, que sa compagne ne reconnaît plus. Il tente de l’étrangler alors qu’elle ne cherche qu’à le préserver de cette emprise… C’est elle, au final, qui aura raison du cerveau, endormi par une overdose de morphine, administrée par la gouvernante, en fracassant le bocal où il était mis en veille, tandis que la vieille femme abat d’un coup de revolver le scientifique possédé dans un labo où tout vole en éclat. Première adaptation de cette histoire écrite par Curt Siodmak, le film est mis en images par John Alton, dont on identifie dès les premières minutes la patine des clairs obscurs aux projections d’ombres ténébreuses, à venir qui marqueront d’une empreinte indélébile des films d’Anthony Mann, John Sturges, Joseph H. Lewis, La Brigade du suicide, Marché de brutes, Il marchait la nuit, Le Mystère de la plage perdue, Association criminelle… Espagnolades au menu dans le cabaret où se rendent Cory et Janice, apportant un moment de détente, pendant l’expérience, au début, avec le singe.

Sous le couperet de la guillotine

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The Mask of Diijon

Pouvoir de l’esprit… sur autrui encore pour The Mask of Diijon (1946) de Lew Landers.
Le film s’ouvre sur le couperet d’une guillotine qui tombe, on découvre une décapitation factice, et se clôt sur une décapitation réelle avec le même objet, actionné par un chat. On est prévenu, il faut savoir se servir de la veuve.
Diijon (Eric Von Stroheim), autre être considéré comme raté, avide de reconnaissance, vit dans l’ombre de ses ambitions. Il endure la blessure quotidienne de cette condition, le jugement des autres. Il n’en faut plus beaucoup pour péter les neurones.
Ce qui distingue Stroheim, même dans la composition des personnages les plus troubles ‒ et les plus étranges, c’est sans doute la profonde humanité, perceptible à tout instant, un sens de l’humain dans le jeu, rarement vu… sinon que chez Lon Chaney. Acteurs hors du commun, ils existent au-delà du jeu, et des personnages qu’ils font vivre, par une étrange fusion, entre réel et représentation. Là où naît l’image.
Diijon, passionné d’occultisme, illusionniste rangé des voitures, qui a le tort de tout interpréter de travers, reprend, malgré lui, son activité de magicien, pour survivre. Hypnose bidon. Numéro exécuté avec sa femme tournant au fiasco. Rejeté comme charlatan, Diijon découvre par hasard des dons cachés en hypnotisant, avec un briquet, un braqueur au comptoir d’un snack où il boit un café. Il enjoint le malfaiteur avec le plus grand calme à lui remettre son arme, et à restituer l’argent dérobé, devant le serveur stupéfait. Premier pas vers ce pouvoir sur l’esprit et sur l’autre, qui laisse Diijon dans un état d’irréalité (très belle scène où il marche dans la rue). The Power of suggestion est le livre de chevet de Diijon. Pouvoir gardé secret, Diijon va l’exercer à sa façon.

« L’hypnotiseur ne doit jamais se servir de ce son à des desseins cruels, sadiques ou malicieux. Un tel homme ne devrait pas exister. »
Au début de sourire qu’esquisse Diijon… on sait d’emblée que cette déontologie lui est étrangère… transgression sans laquelle il n’y aurait pas de film. Tournant au thriller avec poursuite de voitures, coups de feu nocturnes, entre deux numéros de cabaret de bonne tenue ceux-là (espagnolades comme dans The Lady and the Monster, plus inspirées que les ballets des girls of Broadway), la fin entre représentation et réel est orchestrée par le chat présent sur les lieux, dans un style grand guignol imprévu… baiser à la veuve qui aurait pu enchanter Georges Rapin… autre apprenti-artiste du macabre plus connu sous le nom de M. Bill.
The Mask of Diijon est sorti à Paris le 13 mai 1949 sous le titre Le Masque de Dijon.

Pour refermer le rayon pièces détachées / amputations sur une ultime note insolite, Jacques Richard rend un vibrant hommage au cinéma de Tod Browning, plus particulièrement à L’Inconnu, à travers son dernier film, sorti au cinéma en début d’année, L’Orpheline avec en plus un bras en moins. Sortie couleurs au cinéma, le film est revendiqué en noir et blanc par l’auteur. On en reparle lors de la sortie dvd, en noir et blanc, sans doute en deux versions.


Repères :

Coffret Eric Von Stroheim mystérieux. 2 dvd.

Artus Films. Pal. Zone 2. Version originale sous-titres français. Chapitres illustrés. Format 1,33.
22,90 euros. Sortie 3 juillet 2012.


le 12 août 2012 : Magnificence d’Erich Von Stroheim

LE MASQUE DE DIJON au Sélect (8 av. de Clichy)du 20 au 26 juillet 1949. vf. Perman. 14h à 24h. Places 75 à 95 francs.


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Par Francis Mouryle 1er août 2012 : Magnificence d’Erich Von Stroheim

Les deux meilleurs films du coffret sont clairement THE GREAT GABBO et THE MASK OF DIIJON [Le Masque de Dijon. Ce dernier qui ne m’était jusqu’ici connu que par la belle photo de plateau (présentée en bonus sur le DVD Artus films)de Stroheim hypnotisant la vedette féminine, publiée en 1973 p.231 dans LES CLASSIQUES DU CINEMA FANTASTIQUE de Jean-Marie Sabatier.

Je reviens sur les films titre par titre car ils le méritent.

THE GREAT GABBO
Un incunable rare, arrivant dans une belle copie bien restaurée, bien mastérisée mais auquel il ne manquait qu’un peu plus de cruauté, un peu moins de séquences utilitaires sonores de remplissage pour qu’il fût marqué du pur sceau du fantastique. On s’approche absolument de Tod Browning dans l’idée, et dans la réalisation de l’idée à savoir donc dans les grandes scènes de duo ou trio Gabbo, Otto, la maîtresse de Gabbo. Mais on s’en approche effectivement sans y atteindre totalement par la faute d’un scénario trop timide qui ne traite pas encore franchement la possession inversée du ventriloque par sa marionnette, ainsi que le feront AU COEUR DE LA NUIT [Dead of Night) d’Alberto Cavalcanti puis MAGIC (1978) de Richard Attenborough et ainsi que le faisait déjà Browning dans THE UNHOLY THREE en 1925.

LE CRIME DU DOCTEUR CRESPI
présente un simple intérêt historique à cause de sa revendication un peu abusive concernant THE PREMATURE BURIAL d’une part, à cause de la séquence, par moments filmée comme vision subjective, d’enterrement : une de plus à ajouter à celle déjà imaginée par Dreyer en 1930, par Renato Polselli en 1960, par Corman dans son adaptation en scope-couleurs si originale de THE PREMATURE BURIAL [L’Enterré vivant] en 1962 ressorti en DVD zone 2 PAL dans la belle collection Roger Corman de Sidonis.

THE LADY AND THE MONSTER
[titre belge d’exploitation : La Femme et le monstre / inédit en France au cinéma]
a été renié par Curt Siodmak.
Je ne résiste pas au plaisir de citer l’extrait de son entretien avec Stéphane Bourgoin paru dans un numéro de la revue Polar, éditions Rivages, Paris 1995 :
"... J’ai vendu la première version à Herbert [J.] Yates, de Republic [Pictures] pour 1.900 $. Il m’a appelé un jour pour me dire que j’étais fou : un savant comme celui de mon roman ne vit pas dans une maison, mais dans un château ! Alors il a construit ce maudit château et von Stroheim put y errer comme une chauve-souris. Yates plaça sa patineuse de petite amie, Vera Ralston, et intitula le film THE LADY AND THE MONSTER. Là-dessus, je laissais tout tomber, puisque je devais, au départ, également réaliser le film, et que je n’ai jamais vu, ou voulu voir cette adaptation..."
Siodmak est plus élogieux concernant la seconde version postérieure intitulée THE BRAIN, et pour la troisième HAUSER’S MEMORY.
Rien à sauver à mon avis à part la photo de John Alton moins à l’aise ici que chez Joseph H. Lewis ou que chez Antony Mann.

THE MASK OF DIIJON [Le Masque de Dijon]
est aussi bon et bien construit que cet autre classique du cinéma fantastique signé Landers, son plus ancien THE RAVEN (1935)se revendiquant du poème de Poe, avec Bela Lugosi et Boris Karloff. Simplement, en dépit de Stroheim, THE MASK OF DIIJON est moins frénétique, moins délirant sur le plan du scénario comme sur le plan de la mise en scène, que THE RAVEN. Mais il demeure un bon film fantastique, authentiquement et régulièrement surréaliste. Notons que le titre d’exploitation français d’époque est un contresens, voire un non-sens par lui-même, que les Surréalistes ont dû apprécier en connaisseurs. Landers a également réalisé un RETURN OF THE VAMPIRE (1943) que Sabatier estimait, après vision, proche de THE RAVEN. A quand une réédition qui serait aujourd’hui une redécouverte puisque ce troisième titre est invisible en France depuis longtemps ?

Comme d’habitude, travail exemplaire de documentation rassemblé par Artus : l’exemple de ce qu’il faut faire.

- Sur Stroheim, Browning, Siodmak, Landers

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    Par Francis Mouryle 1er août 2012 : Précisions variées à propos d’Erich Von Stroheim

    Je complète ma référence à THE UNHOLY THREE - relativement à THE GREAT GABBO supra - en précisant qu’il s’agit de LE CLUB DES TROIS (1925) de Tod Browning avec Lon Chaney dans le rôle du professeur Echo.

    THE BRAIN que j’ai cité est connu aussi comme DONOVAN’S BRAIN (ce second titre étant homonyme parfait du titre du roman de Curt Siodmak,donc) réalisé par Felix Feist, apparemment inédit au cinéma en France. HAUSER’S MEMORY, la troisième version adaptée du roman de Curt Siodmak, avec David McCallum qui y était excellent selon Siodmak lui-même, a été présentée à une Convention parisienne du cinéma fantastique (celle de 1972 ou de 1973 si ma mémoire est bonne ? Je me souviens en avoir lu un compte-rendu par le défunt Pierre Girès dans un ECRAN FANTASTIQUE hors-série de 1973 "Spécial festivals fantastiques" qui était vendu avec des lunettes rouge et vertes permettant de contempler quelques pages en relief incluse dans le magazine) mais je ne suis pas certain que ce film ait été exploité en France par la suite. Ce qui en somme aboutirait à ce paradoxe que l’un des best-sellers de la littérature américaine de SF + série noire / série blème du XXe siècle aurait connu trois adaptations cinématographiques toutes demeurées inédites au cinéma en France alors que le livre y fut traduit et édité dans deux collections prestigieuses. "Habent sua fata libelli..." comme dit l’autre.

    Sur Stroheim acteur, je suis d’accord avec Mathis concernant l’ambivalence dialectique (profondément browningienne) entre réel et imaginaire qui marque aussi bien les jeux de Chaney que de Stroheim.
    D’ailleurs, j’en veux pour preuve un fait souvent oublié lorsqu’on parle de l’un ou de l’autre, qu’on évoque leurs filmographies respectives : la collaboration d’Eric von Stroheim au scénario de THE DEVIL DOLL [Les Poupées du diable] (USA 1936) de Tod Browning.

    En France, Stroheim est curieusement assimilé à un réaliste ou à un acteur de répertoire théâtral monolithique à cause de LA GRANDE ILLUSION, de MACAO, L’ENFER DU JEU [*] : ce coffret Artus Films consacré à un Stroheim acteur de cinéma fantastique a le grand mérite de prouver que son réalisme fut sous-tendu d’une vision authentiquement démiurgique, démoniaque au sens romantique allemand puis expressionniste allemand. Comme Sabatier l’avait déjà vu, son réalisme se situait davantage du côté de Goya et de Bosch que du côté de Jean Renoir ! Du coup, on demande aussi à découvrir son rôle dans la tardive version de ALRAUNE [La Mandragore]d’Arthur Maria Rabenalt, d’après Hans Heinz Ewers. il faudrait d’ailleurs songer à un coffret ALRAUNE / MANDRAGORE tant il y a eu de versions de cette nouvelle d’Ewers.

    NOTE
    [*] Où Stroheim utilise un magnifique pistolet semi + full-automatique allemand Mauser C96 "Artillerie" 9mm Parabellum à canon rallongé et crosse amovible qu’on reverra des dizaines d’années plus tard non plus à Macao mais à Londres aux mains d’Oliver Reed dans l’excellent THE SITTING TARGET [La Cible hurlante] de Douglas Hickox.

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      Alexandre Mathis,  le 2 août 2012 : Précisions variées à propos d’Erich Von Stroheim

      Oui, encore que cette remarque, sur la théâtralité, concernant le jeu de Stroheim, qui pourrait aller au film de Renoir, ne va pas à "Macao l’enfer du jeu", véritable chef-d’oeuvre (s’il faut retenir un film de Delannoy c’est celui-là) où le jeu de Balin, Hayakawa, Stroheim, est d’une finesse rare. Lorsqu’elle demande : vous collectionnez aussi les femmes, dans la cabine, ils murmurent plus qu’ils ne parlent... tout au long du film. Lorsque Robert Hossein le poignarde dans "Série noire" de Pierre Foucaud, il susurre... encore un "pourquoi"... il est à la limite du non joué au niveau du dialogue, idem dans "Les Disparus de Saint-Agil", "Moi, je fais peur aux enfants ?"... Aucune déclamation, jamais. Gabin est un des rares à parler aussi avec douceur, à cette époque. Depuis... on ne voit plus ça !
      Pour ce qui est du film de A.M. Rabenalt, "La Mandragore", on est davantage dans le "classique"...

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        Par Francis Mouryle 2 août 2012 : Précisions variées à propos d’Erich Von Stroheim

        En revoyant hier THE RAVEN [Le Corbeau] (USA 1935)signé Louis Friedlander - alors que THE MASK OF DIIJON sera signé de son pseudonyme "Lew Landers", ce qui mérite d’être noté - je me disais que Bela Lugosi à qui Artus a consacré un magnifique coffret (contenant notamment le génial WHITE ZOMBIE (Les Morts-vivants] (USA 1932)de Victor Halperin et le très rare et savoureux VOODOO MAN (inédit en France au cinéma](USA 1944) de William Beaudine, je me disais qu’on pouvait placer Lugosi du côté de Chaney, sinon du côté de Stroheim, concernant leur réelle présence.

        Je n’ai pas revu MACAO L’ENFER DU JEU depuis que Brion l’avait programmé au Cinéma de Minuit, donc il y a très longtemps. Mais je me souviens que le film m’avait plu dans l’ensemble. Il faut dire que tout ce qui concerne l’Asie - qu’il s’agisse de la période coloniale ou non - me plaît d’une manière inconditionnelle, en règle générale. Le film avait un aspect Sternbergien évident, en tout cas.

        Concernant la voix douce de Stroheim, rarement entendue depuis au cinéma... eh bien il me semble qu’il y a un cinéaste chez qui les acteurs parlent comme ça, doucement : c’est Jacques Tourneur, bien sûr...

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    Alexandre Mathis,  le 1er août 2012 : Magnificence d’Erich Von Stroheim

    The Crime of Doctor Crespi / Premature Burial

    .... et par la très belle scène d’enterrement (d’Helga Line) forêt dénudée hivernale autour - en noir et blanc, vitrage du cercueil, du "Manoir de la terreur" de Martin Herbert (Alberto di Martino), abusivement (encore) revendiqué d’après E. Poe.

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